Avis de gros temps au-dessus des ports de la Seine

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Valérie Pecresse et Hervé Morin, vendredi dans l'hémicycle de l'hôtel de Région à Rouen.
Valérie Pecresse et Hervé Morin, vendredi dans l'hémicycle de l'hôtel de Région à Rouen. (Crédits : DR)
Cela tangue dans les régions à la veille de la création de l’établissement public qui chapeautera les ports de Paris, de Rouen et du Havre, à compter du 1er juin. Valérie Pécresse et Hervé Morin ont réuni, vendredi, les représentants des industriels et des acteurs portuaires privés de l’axe Seine. Tous ont expliqué vouloir peser davantage dans la gouvernance d’Haropa. « Nous ne nous contenterons pas de strapontins », ont-ils prévenu d’une seule voix.

La composition du conseil de surveillance d'Haropa, telle qu'arrêtée par le gouvernement, fait des vagues. Non contents d'avoir écrit il y a quelques jours au  Conseil d'Etat pour l'alerter « sur les problèmes majeurs que pose la gouvernance», Valérie Pécresse et Hervé Morin ont sorti la grosse artillerie vendredi à Rouen. Ils ont rassemblé dans l'hémicycle de l'hôtel de Région un parterre nourri d'industriels et d'acteurs portuaires, tous d'accord pour dénoncer l'approche jacobine de l'administration centrale, accusée par Hervé Morin d'avoir « procédé à sa petite cuisine à l'issue d'un simulacre de concertation ».

A l'origine de la fronde, la ventilation des sièges au sein de l'instance de pilotage du futur établissement public des grands ports de la Seine. Les Régions, qui se voient allouer un siège chacune contre trois pour les agglomérations et neuf pour l'Etat, s'estiment lésées dans le schéma prévu par Matignon.

« Il y a un rapport de un à dix entre ce que nous investissons dans les ports et ce que dépensent les métropoles », peste le président de la Normandie pour qui « il serait cohérent que les Régions disposent de la représentation la plus importante au sein du bloc local ».

Les Régions ne sont pas des tiroirs caisse

A l'appui de cette demande, l'intéressé rappelle que les collectivités normande et francilienne ont injecté près de 200 millions dans les ports ces dernières années et qu'elles sont sollicitées pour au moins 120 autres millions au titre des prochains contrats de plan. Un détail que Jean Castex n'avait d'ailleurs pas omis lorsqu'il a promis, lors d'un déplacement au Havre, un « grand plan d'investissement » au bénéfice d'Haropa. « Le premier ministre a confondu allègrement l'argent de l'Etat et le nôtre » ironise Hervé Morin.

Même tonalité du côté de la région capitale. Le gouvernement cantonne les Régions dans le rôle de « tiroir caisse », s'insurge Valérie Pécresse. « On nous octroie des strapontins mais quand il faut construire une écluse à Méricourt, qui vient-on chercher ? Nous » tance t-elle. Pour la patronne de l'Île-de-France, les ambitions des deux Régions autour du développement économique de l'axe Seine justifient qu'elles occupent une place centrale dans la définition de la stratégie d'Haropa. « Qui mieux que nous peut coordonner les initiatives autour d'un futur corridor hydrogène ? » interroge t-elle tout haut.

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Tir groupé

Les deux élus ne sont pas les seuls à ruer dans les brancards, comme on a pu le constater de visu vendredi. Mécontents également, les acteurs portuaires du secteur privé veulent, a minima, disposer au conseil de surveillance de trois sièges promis par le gouvernement à des « personnalités qualifiées ». A défaut, ils redoutent d'être relégués sur le banc de touche.

« Quand on investit des montants élevés comme nous le faisons, on est en droit et en capacité de co-animer. Ce n'est pas un caprice de notre part » souligne Christian Boulocher, président de la Fédération Seine Port Union.

Michel Segain, président de l'UMEP (Union Maritime et Portuaire) est encore plus vindicatif. « Nous devons siéger dans le cœur du réacteur pas dans des instances consultatives sinon nos ports seront définitivement rétrogradés en seconde division au profit d'Anvers ».

Nouveaux venus dans ce « vieux » débat sur le pilotage des ports, les industriels commencent également à faire entendre leur voix. « Ils doivent avoir une place dans Haropa au même titre que les régions qui sont des acteurs majeurs dans cet écosystème » insiste Régis Saadi, directeur des affaires publiques d'Air Liquide France et président de l'UIC Normandie. A ses côtés, le patron de la raffinerie normande d'Exxon acquiesce vigoureusement. Directeur de l'usine havraise de Chevron et membre du Conseil de développement du port, Olivier Clavaud ne dit pas autre chose. « Une gouvernance qui ne fait pas appel à tous les talents va dans le mur. Nous avons besoin de coordonner nos efforts sinon les entreprises iront investir ailleurs ». Un avertissement sans frais.

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Commentaires
a écrit le 27/04/2021 à 15:03 :
La guerre n'est pas une activité écologique et encore moins sociable. Les épargnants, qui fournissent le gros des fonds dont disposent les organismes qui investissent ne sont plus les idiots utiles du passé. Ils exigent de savoir à quoi est utilisé leur argent, ce qui est plutôt responsable de leur part. Ils ne voudraient pas financer des entreprises qui font bosser des esclaves, des enfants, des prisonniers politiques ou qui polluent les sites de production pour 2 siècles. Donc financer des fabricants d'arme... c'est niet pour pratiquement tout le monde. D'où le développement des fonds éthiques et les banques qui veulent garder leurs clients les plus intéressants (ceux qui ont une épargne importante et de longue durée), suivent le mouvement et font ce qu'elles peuvent pour éviter un "bad buzz" si elles étaient prises à financer du matériel de guerre.
a écrit le 27/04/2021 à 13:34 :
ce que les francais perçoivent est l'annexion par le ville de paris
de toute la vallée de la seine
avec des ideologies incompatibles notamment la region Normandie
prive de liberté d'entreprendre sous la dictature parisienne
qui soule tout les francais
la solution est que paris se fasse tout petit
et laisse les regions tranquil
a écrit le 27/04/2021 à 10:02 :
On pouvait penser qu'un président jeune hors des partis allait et selon ses discours d'ailleurs abandonner cette maladie française du pouvoir outrancier de l'état dans l'économie. Mais le cerveau d'un énarque est incompatible avec une économie libérale au point de tout vouloir réglementer comme jamais même en 1981 l'état n'avait été aussi loin hors nationalisations . En fait il y a une certaine comptabilité en économie entre M. Mélenchon et M. Macron les deux étant pour un pays sous la coupe de l'état. M. Macron est certainement un admirateur de M. Maduro, Castro et dans un certains sens avec nombre de ses ministres tout aussi étatistes un admirateur de l'ancien soviet suprême ou même à ce jour du parti communiste chinois. V a t il aller encore plus loin et trouver dans le président nord coréen une certaine idée du tout contrôler jusqu'à peut -être exiger de nous demander de vivre selon ses directives. Sous l'ère de M. Macron, de ses conseillers et des pâles ministres notre pays est devenue une autocratie nous pouvons encore critiquer mais cette liberté est elle en danger???? Un peu plus chaque jour je me rends compte combien j'ai été floué en 2017 par un discours de campagne qui ne donnait pas une perspective d'autocratie au contraire. Oui 2022 va être un vrai problème pour mettre un bulletin dans l'urne ou pas.
a écrit le 27/04/2021 à 9:24 :
Le pouvoir ne se partage pas.
a écrit le 26/04/2021 à 16:07 :
Encore un bidule. Chaque jour, le pays et son industrie plonge, et le gouv créé des machins technocratiques en pensant que le problème est là. Vous voulez relancer les ports, le fret, relancez l'industrie. Et l'industrialisation, cela ne se décrète pas au journal officiel, c'est le fruit du travail. Que le Gouv se mette à créer les conditions favorables à l'industrie plutot que de la détruire tous les jours et de créer des bidules administratifs pour analyser la destruction.
Réponse de le 26/04/2021 à 19:28 :
@ pouletcru ;

Avec la création du canal de la région Nord qui démarre , peut être faudra t' il revoir la gestion du trafic maritime . Une sorte de dispatching façon aérien ou autoroutier et par conséquent certain rond de cuir sont sur le siège éjectable....D'où les bouffées de chaleur ?
a écrit le 26/04/2021 à 13:10 :
Encore une cascade de salaires redondants pour changer !
a écrit le 26/04/2021 à 10:26 :
Le tangage concerne t-il les impératifs d'aménagements du territoire dans l’intérêt de la Nation ou les juteux postes de responsable, mais pas coupable faut pas déconner avec ça. Il serait pourtant sage de mettre un terme au cumul des juteuses indemnités de nos élus.
a écrit le 26/04/2021 à 8:22 :
Ha l'obtention des "sièges", ça c'est vachement important hein, vous avez tellement de mal à tenir debout. C'est comme hier j'ai entendu un élu LR, dont nous n'arrivons plus du tout à distinguer des LREM qui face à la catastrophe psychologique qui frappe nos jeunes proposait de créer une "grande institution" qui permettrait de "réfléchir et organis", bref encore des emplois administratifs, encore des places à offrir aux copains. Pas 'embouacher des psys par contre hein, seulement des gens inutiles et couteux. C'est le déclin.

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