Ces industriels normands qui innovent pour servir la lutte contre le Covid-19

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(Crédits : Reuters)
NORMANDIE. Dans une région, où plus d'un salarié sur cinq gagne encore son pain en usine, une partie de l'appareil productif s'est mis en mouvement pour aider à combattre l'épidémie, au prix souvent de prouesses techniques et organisationnelles. Une belle démonstration de solidarité et d'agilité.

Maison Berger : du parfum d'intérieur au gel hydro-alcoolique

Sur le tapis roulant automatisé, les flacons de recharge de la vénérable lampe à catalyse ont conservé le même aspect mais ils ont changé de contenu. Contrainte à l'inactivité, l'usine historique de la Maison Berger (à Bourgtheroulde dans l'Eure) a converti deux de ses quatre lignes de fabrication pour pouvoir produire du gel hydro-alcoolique. Facile à dire, moins aisé à mettre en pratique. Question de coût d'abord. En trois semaines, les grandes majors du pétrole « ont multiplié par trois le prix de l 'alcool isopropylique, cet antiseptique qui entre dans la fabrication du gel, par effet d'aubaine », peste son PDG Olivier Silllion. Question d'approvisionnement aussi. « Un seul ingrédient était commun avec celui de nos parfums d'intérieur. Pour les trois autres, les services achats et R&D se sont démenés ». A raison de 60.000 flacons par jour, le site devrait en produire près d'un million d'ici fin avril. Ensuite, qui sait si cette nouvelle activité étrennée dans l'urgence ne sera pas pérennisée. « Ma conviction est que la demande mondiale restera à un niveau beaucoup plus élevé qu'il ne l'était », pronostique le dirigeant.

Les écouvillons manquent pour tester à grande échelle, Lemoine prend l'initiative

L'alerte lancée dès la fin mars par les biologistes français sur le risque de pénurie d'écouvillons rhino-pharyngés ne pouvait pas laisser indifférent le numéro deux mondial du coton-tige. Il n'aura fallu qu'une semaine (nuits comprises) au groupe familial Lemoine pour mettre au point, de toutes pièces, une ligne dédiée à la fabrication de ces bâtonnets de quinze centimètres indispensables à la réalisation des tests de dépistage du Covid 19. Mise en relation avec les autorités sanitaires par l'intermédiaire du METI*, l'entreprise a pu faire valider une première série par le service de biologie des armées et n'attend plus que le feu vert, imminent, de l'AP-HP pour appuyer sur le bouton marche. A pleine capacité, son usine de Caligny (Orne) pourra produire jusqu'à 1,5 million d'écouvillons par semaine, devenant au passage le seul établissement français à maitriser cette spécialité. « C'est le résultat d'une belle chaîne humaine qui a su construire des ponts improbables entre des secteurs qui ne seraient jamais rencontrés en d'autres circonstances », commente sa présidente, Jeanne Lemoine. Une jolie formule pour ce qu'il convient d'appeler un tour de force.

*Mouvement des Entreprises de Taille Intermédiaire

Overspeed robotise un ballon insufflateur

Régulièrement utilisés par les secouristes sur des théâtres d'opération, les ballons insufflateurs constituent une alternative aux respirateurs en cas d'urgence vitale. Connu de longue date par le milieu médical, ce matériel de réanimation relativement sommaire présente un inconvénient ; il requiert une pression manuelle et par conséquent la présence constante d'un soignant D'où l'idée d'un bureau d'études rouennais spécialisé en électronique de le robotiser. Pour y parvenir, Overspeed s'est appuyé sur un projet proposé en opensource par le MIT. « Nous avons reprogrammé un logiciel et des cartes électroniques initialement vouées à du contrôle d'accès dans une logique d'innovation frugale », détaille sa dirigeante Annie Grenier. Un premier démonstrateur, usiné en huit jours par les entreprises dieppoises Gault Industries et Technomap, est actuellement éprouvé par le laboratoire hospitalier rouennais qui a élaboré le cahier des charges. « Si le concept est validé, le ballon pourra être utilisé en cas d'afflux de patients dans les hôpitaux français mais il pourrait aussi s'imposer comme une solution de recours dans des pays étrangers qui ont difficilement accès à du matériel sophistiqué », souligne Annie Grenier.

Les tricots Saint James accélèrent dans la fabrication de masques

Oubliée pour un temps la marinière qui lui vaut sa réputation. Devançant l'appel de l'interprofession du textile, l'entreprise Tricots Saint James été parmi les premières à se lancer dans la fabrication de masques, à peine quelques jours après l'annonce du confinement. Cousu main à partir des rouleaux de son célèbre tissu à rayures, son premier modèle a été homologué dès le 25 mars par la Direction Générale de l'Armement pour « ses performances en filtration et perméabilité à l'air » et reconnu efficace pour un usage non sanitaire. Plus d'un millier de pièces sortent aujourd'hui quotidiennement de l'atelier situé à quelques kilomètres du Mont Saint Michel grâce à la bonne volonté d'une vingtaine de ses salariés. Alors que l'usage du masque semble appelé à se généraliser, l'entreprise s'apprête à passer la surmultipliée à la faveur de l'utilisation de la technologie du tricotage 3D. D'ici quelques jours, elle devrait être en mesure de fabriquer de 5.000 exemplaires par jour.

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Commentaires
a écrit le 12/04/2020 à 17:18 :
Le covid19 aura un impact sur les scénarios du développement des entreprises et économique en général.
Actuellement il est difficile à formaliser,il dépendra beaucoup de la durée de la pandémie et des dégâts sociaux et économiques.
Mais on voit déjà des entreprises solidaires avec le pays, d'autres qui font des efforts d'adaptation, il ne faut pas tout attendre de l'Etat , la croyance en un Etat qui dirige tout, fait tout, c'est le plus court chemin à une dictature d'une nomenklatura , à la création d'une caste dirigeante.

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