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RégionsRégion Sud - Marseille

Comment Marseille réinvente son avenir avec sa Métropole

Photo de Les correspondants de La Tribune

Laurence Bottero, à Marseille

Publié le 08 octobre 2015 à 06:30 - Mis à jour le 12 octobre 2015 à 11:33

Le Quotidien Numérique

16 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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[ #SmartCityMed ] C'est l'histoire de 111 villages en passe de devenir au 1er janvier prochain une ambitieuse métropole autour de Marseille. Déterminée à montrer le meilleur d'elle-même, la ville est en train d'écrire un nouveau chapitre. À coups de chantiers et de projets audacieux, elle se rêve en capitale méditerranéenne.

On dit souvent que l'on évalue le dynamisme d'une ville au nombre de grues qui pointent vers le ciel. Si l'on s'en tient à cette unité de mesure, Marseille figure parmi les territoires particulièrement en forme. Et cela ne date pas de 2015. Car depuis trois ans, la cité phocéenne n'a de cesse de mettre les bouchées doubles pour combler son appétit de « combattante ». On la dit mal en point, malmenée, mal-aimée. Il suffit pourtant de parcourir la façade maritime ou le coeur de ville pour se rendre compte que loin d'être une belle endormie, Marseille bouge, se transforme, investit et affiche son ambition : être l'une des métropoles capitales de la Méditerranée.

Le déclic, c'est Marseille Provence 2013 qui le provoque. Lorsque le choix de la cité phocéenne comme capitale européenne de la culture est annoncé, rares sont ceux persuadés du succès de l'opération. Et pourtant, à l'issue de la manifestation, c'est un tout autre visage que la deuxième ville de France offre. Entre-temps, le monde économique s'est mobilisé, 207 entreprises exactement - de toutes tailles - mettant littéralement la main à la poche pour participer à hauteur de 18 % aux 91 millions d'euros de budget destiné à l'événement. Un événement qui va notamment coïncider avec la naissance - enfin, après dix ans de rebondissements divers - le 7 juin 2013 de l'un des bâtiments aujourd'hui emblématiques de Marseille : le MucEM. Un Musée des civilisations de l'Europe et de Méditerranée, dessiné par le truculent et passionné architecte varois Rudy Ricciotti, et dont l'enveloppe dentelée, reconnaissable entre mille, habille désormais la façade maritime.

C'est là aussi, à peine plus loin, que se dresse dignement une dame de fer et de verre de 145 mètres de hauteur : la tour CMA CGM, à nulle autre pareille avec sa silhouette courbée, ses 33 étages et ses 15 ascenseurs. Elle est depuis 2010 le symbole du renouveau urbain de Marseille, puisque située sur cette façade maritime où se cristallisent tous les projets.

Car c'est aussi ici que s'élèvera en 2018 un autre immeuble de grande hauteur (IGH), une tour tout aussi vertigineuse avec ses 135 mètres de haut, ses 31 niveaux pour 39 560 m2 de surface, principalement destinés à usage de bureaux. La Marseillaise, tel est son nom, complète sur la zone des Quais d'Arenc, le Balthazar, une tour horizontale de 9 000 m2 dessinée par Roland Carta.

Les voûtes et les docks, deux nouveautés majeures

Les Quais d'Arenc, ce n'est pas qu'un point géographique sur la carte, c'est aussi un projet mené de main de maître par le groupe de promotion immobilière Constructa. Un projet global de 90.000 m2 et quatre bâtiments qui, outre La Marseillaise et Balthazar, comprennent deux autres constructions, la Tour H99 et Horizon. Au total, ce sont 50.000 m2 de bureaux, 2.500 m2 de restaurant interentreprises pour un investissement global de 450 millions d'euros.

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Et ce n'est pas fini ! Car la rentrée voit se bousculer, dans les agendas, l'inauguration de deux autres projets majeurs : les Voûtes de la Major et les Docks. Le premier visait à redonner vie aux arcades situées sous la cathédrale de la Major qui, avec son style néobyzantin un peu particulier, ne peut que se faire remarquer, trônant entre le Vieux-Port et la Joliette. Portées par la Caisse d'épargne Provence-Alpes-Corse qui a investi 27 millions d'euros, par le promoteur LC2l, par les entreprises Girard et Dumez, et dessinées par les architectes Jean-Baptiste Pietri et José Pasqua, elles signent aussi le renouveau de Marseille, mais davantage commercial, celui-ci. Sept mille trois cents mètres carrés de surface commerciale, trois ans de travaux et des enseignes telles Habitat ou Fragonard qui ont pris possession des lieux, résument le projet inauguré officiellement mi-septembre et qui peut, déjà, se targuer d'avoir été distingué par un Grand Prix 2014 du Geste d'Or, label indépendant qui salue la rénovation d'un patrimoine classé. Dans quelques jours, c'est un autre projet - de titan, tant par sa surface que par ses promesses - qui lui emboîtera le pas : le rez-de-chaussée des Docks, l'autre « bébé » de Marc Pietri, l'infatigable patron du promoteur Constructa, devrait en effet se dévoiler début octobre. Les Docks, c'est une rénovation entamée en 2013 et qui promet de ne surtout pas faire comme les autres offres commerciales en proposant un vrai « lifestyle center ».

L'un des nombreux atriums des Docks.

Un lieu qu'autochtones et visiteurs pourront se réapproprier, parce qu'il sera un vrai lieu de vie, avec son marché, ses « corners », ses boutiques - au nombre de 80 - ses charcutier, boucher, écailler, rôtisseur... qui animeront le lieu pour des halles vivantes où l'on pourra venir s'alimenter et grignoter sur place. Un lieu bon enfant et bien pensé qui vient compléter et non s'opposer aux Terrasses du Port. Développé par la foncière Hammerson, il cumule 266 000 m2 de surface de plancher dont 61 000 m2 de commerces, 190 boutiques et un investissement colossal de 466 millions d'euros. Uniqlo y a installé sa première boutique en province et le bilan, douze mois après la coupure de ruban officiel, fait état de 12 millions de visiteurs, soit plus que les 8 millions attendus pour un chiffre d'affaires de 280 millions d'euros. L'ensemble peut lui aussi se targuer d'avoir été récompensé, par rien de moins qu'un « best retail urban project » au Mapic 2014.

La deuxième métropole de France, capitale du Sud

Cette liste de projets étant loin d'être exhaustive, cela signifie donc que Marseille change et que surtout elle est perçue bien autrement par les investisseurs. Car comment ignorer celle qui, au 1er janvier prochain, va devenir si ce n'est la première métropole de France, tout au moins la seconde après le Grand Paris, bien qu'en termes de surface, elle occupe effectivement la première place. Le « Grand Marseille » s'élève même comme un phare sur l'axe afro-méditerranéen, devenant un passage obligé pour les flux, quels qu'ils soient. Idéalement situé, Aix-Marseille Provence Métropole va peser sur le développement économique de tout le Bassin méditerranéen, mais aussi sur l'expansion hexagonale. Elle prend en effet une taille considérable, qui la fait passer de six intercommunalités existantes à un périmètre englobant quelque 92 communes, de Bercereuil à Aix en passant par Cuges-les-Pins, Gignac ou Vitrolles. Son très large territoire, va ainsi constituer cette fameuse métropole, tant désirée des uns mais tant crainte ou rejetée des autres.

Parce qu'on est ici en Provence et que les projets comme le reste se vivent avec passion et avec le coeur, et que donc il n'y a pas de demi-mesure, il faudra savoir la gouverner avec tact cette métropole aux caractères si multiples. Malgré les inquiétudes relatives au risque d'une hégémonie de la ville-centre, le maire de Marseille semble bien placé pour en prendre la première présidence, même s'il n'a pas encore, officiellement, déclaré sa candidature.

Il aura fort à faire avec sa principale opposante, Maryse Joissains, la maire d'Aix-en-Provence, ville réputée pour son art de vivre et sa richesse. Également présidente de la communauté du pays d'Aix, cette dernière, vent debout contre ce futur territoire, n'a jamais caché son mécontentement, déplorant que le projet se soit fait, dit-elle, de manière imposée. Il y a aussi ces maires qui, pour certains, redoutent l'hégémonie marseillaise. Ah, l'Histoire ! Difficile d'aller contre les remparts qui se sont parfois dressés au fil du temps. Mais dans les faits, dans la réalité économique, tout ce territoire travaille déjà ensemble. C'est « le boulot » de l'agence de développement économique, Provence Promotion, qui « vend » tout un territoire et pas Aix ou Marseille. Et puis ce sont surtout les chefs d'entreprise qui tous les jours, créent les liens.

Ainsi, Aix-en-Provence est complémentaire de Marignane et, comme le dit Maryse Joissains, «nous n'avons pas attendu une loi scélérate imposant la Métropole pour vivre notre territoire au sens large. Le Pays d'Aix n'est pas une île et plusieurs de nos initiatives ou de nos projets intègrent bien sûr cette réalité. »

Il faut dire que la taille métropolitaine est celle qu'il faut pour rester compétitif, attractif, pour jouer un rôle, central et de premier plan sur l'échiquier euroméditerranéen. L'économiste Christian Saint-Étienne, sollicité par la Chambre de commerce et d'industrie Marseille-Provence pour donner son avis sur la question, ne dit pas autre chose. L'idée est bien de rendre visibles tous les atouts que la métropole présente, notamment celui d'être une porte d'entrée sur l'Afrique et l'Asie, un territoire aux multiples filières entraînantes, de l'aéronautique à la microélectronique en passant par la santé, le numérique et les services. Et c'est sans doute celui-ci, le plus grand chantier que Marseille doit engager et réussir. Concrètement, actuellement, trois équipes pluridisciplinaires, retenues après consultation - composées d'architectes, d'urbanistes, d'économistes, de sociologues, d'écologues, de philosophes, de spécialistes des transports - travaillent, pensent, réfléchissent sur ce que devrait être, idéalement, la future métropole.

« Nous sommes dans le futur engagé »

Cette consultation urbaine et territoriale n'est pas sortie d'un chapeau, elle est le fruit d'un long travail mené depuis trois ans par la Mission interministérielle que pilote le préfet Laurent Théry, avec quelque 1 500 acteurs de la société civile. Christian Devillers, David Mangin et Finn Geipel, les mandataires des trois groupements choisis par un jury de personnalités et parmi les neuf équipes candidates au printemps dernier, oeuvrent ensemble pour « donner des visions, des méthodes, des process d'action et de projets opérationnels », dit Marie Baduel, directrice de la consultation urbaine et territoriale.

«Ce sont des personnes qui ne sont pas dans l'utopie mais qui proposent des solutions accrochées au territoire ».

Car oui, tout ce petit monde travaille ensemble « échange, mutualise, tout simplement parce que les équipes ne sont pas en compétition », se déplace sur le territoire, empruntant pour cela uniquement les transports en commun, rencontre les érudits, les citoyens, les élus...

«Ce n'est pas un acte isolé de l'État,souligne Marie Baduel.Nous sommes dans le futur engagé. »

Cette Métropole est tout de même regardée avec les yeux de Chimène par les entrepreneurs. Marc Pietri, le PDG de Constructa estime qu'il « ne faut pas laisser s'échapper l'état d'esprit de Marseille Provence 2013 ».

Parmi les plus fervents défenseurs, Alain Lacroix, président de la Caisse d'Épargne Provence-Alpes-Corse mais aussi et surtout du club Top 20, qui rassemble les 40 entreprises les plus emblématiques du territoire, considère que «ceux qui refusent la Métropole sont les mêmes qui refusaient le passage du train lors de sa création, au motif que cela faisait de la fumée.La Métropole est une évidence, il faut dépasser les querelles. Il faut avoir le sens de l'Histoire. Lorsque l'on parle d'économie, on parle de taille. Et la taille, c'est la puissance, la visibilité, l'attractivité. La taille, c'est important pour une visibilité dans un monde qui ne s'arrête pas aux frontières du pays. C'est à nous qui avons la chance d'exercer des responsabilités de regarder plus loin que la pointe de nos clochers. »

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Laurence Bottero, à Marseille

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