Le chantier naval Merré, une belle entreprise, bien vendue, pour être bien développée

 |   |  789  mots
André Merré, François Martin, Moun Bourji et Alain Merré.DR
André Merré, François Martin, Moun Bourji et Alain Merré.DR
Après avoir bravé le houleux marché de la construction navale, à Nort-sur-Erdre, le chantier Merré (Société des Etablissements Merré) vient de changer de main. Il est repris par le groupe BMA (Forminox), spécialisée dans la chaudronnerie industrielle qui cherchait à développer un produit en propre.

Petits fils du fondateur, André et Alain Merré, la soixantaine bien tassée, posent sac à terre. Faute de repreneur potentiel dans le giron familial, les deux frères, nés dans le chantier créé au bord de l'Erdre, viennent de céder la barre de l'entreprise à un duo de jeunes entrepreneurs, dirigeants de la société Forminox, spécialisée dans la chaudronnerie industrielle et le cintrage de tubes, à Vertou en Loire Atlantique. « Ce ne sont pas proprement dit des gens du sérail, mais outre leurs compétences, leur capacité d'adaptation et leur réseau, nous avons retrouvé en eux la copie de notre système de fonctionnement », justifie André Merré, l'ainé, particulièrement attentif à la pérennité d'une entreprise et d'une équipe où, et avec qui, il a passé sa vie. Un peu moins d'une dizaine de repreneurs potentiels se serait intéressée au dossier de reprise de ce chantier dont la réputation a traversé les décennies.

18 mois de commandes pour 45 salariés

Né en 1921 pour réparer les gabares en bois naviguant sur le canal de Nantes à Brest, le chantier s'est très vite orienté vers la construction bois, puis vers l'acier. Il est passé du fluvial au maritime. Passant d'une niche à l'autre au gré d'habiles diversifications. « On s'est battu, on a pris des claques et on a relevé des défis », résume André. La grosse remise en question date des années quatre-vingt-dix lorsque Bruxelles prône les sorties de flotte et bloque les constructions de chalutiers. « A l'époque, la construction de ce type de navire représentait 60% de notre activité », se souvient André Merré. Diversification encore, au point de construire des navires à passagers pour... la Suisse, des barges de dragages, des bateaux pousseurs, de servitude jusqu'à dernièrement la construction d'un bac amphidrome, le Lola, commandé par le Conseil Général de Loire-Atlantique pour relier les rives de la Loire entre Couéron et le Pellerin. Taillé pour construire des navires de 12 à 75 mètres, le chantier (45 personnes) réalise un chiffre d'affaires de 11 millions et dispose d'un plan de charge lui offrant une visibilité à dix-huit mois. Une belle affaire, en somme.

Un important potentiel à l'exportation

D'autant que « toutes les cartes n'ont pas été exploitées », estime André Merré. « Faute de compétences linguistiques et des réseaux adéquats, nous ne nous sommes jamais aventurés sur les marchés étrangers.» Ce sera l'une des missions des nouveaux patrons du chantier, Moun Bourjij, Pdg et François Martin, Dg, ex-dirigeants de la société nazairienne Acmat, spécialisée dans la fabrication de véhicules tout terrain industriels et militaires, repreneur en 2009 de la société Forminox, sous-traitant industriel pour les secteurs du transport, du pétrole, de l'agroalimentaire, du nucléaire, du médical... En deux ans, les deux hommes font bondir le chiffre d'affaires de 25% par an. « Notre stratégie reposait sur trois axes ; l'accroissement de la rentabilité, la reconquête commerciale, et la définition d'un produit propre. A condition de trouver la bonne idée, ce dernier point constituait une voie longue et coûteuse. D'où notre décision d'identifier une entreprise dotée de son produit propre et offrant des synergies possibles avec Forminox. Or, sur un bateau, on cintre des tubes pour les canalisations, les bastingages, etc », explique François Martin.

Objectif Afrique et Moyen Orient

Cette synergie devrait limiter le recours à la sous-traitance. Tout en capitalisant sur le savoir-faire et les services développés par le chantier, les nouveaux dirigeants entendent capitaliser sur leur connaissance des marchés publics, poursuivre et renforcer la politique de niches, notamment sur les barges de grandes dimensions, les navires à passagers, sur des engins techniques comme des barges ostréicoles à chenilles devenant flottantes à marée montante ou un système de dragage breveté, etc, et même des navires de très grandes tailles dépassant les quatre-vingt-mètres. « Nos réseaux antérieurs vont aussi nous permettre de prendre position sur des marchés à l'étranger comme en Afrique et au Moyen-Orient», indique François Martin, notamment à Mayotte, où le Conseil général étudie la construction de bacs.
En reprenant le chantier Merré via le holding BMA (Forminox), Moun Bourjij et François Martin détiennent également une participation dans une société nazairienne, spécialisée dans le découpage et soudage de tôles, co-réalisatrice des deux bacs amphidromes commandés par le Conseil général de Loire-Atlantique dont le sistership du Lola sera mis à l'eau en février 2013. Une participation non négligeable qui offre au chantier nantais une ouverture sur la mer. A 5 ans, le chantier Merré, qui conserve son nom, vise un C.A de 15 à 20 millions.
 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 13/06/2012 à 13:35 :
Va falloir que l'écluse Saint Félix s'agrandisse ....

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :