Les Nantais de la Savonnerie de l'Atlantique veulent se faire mousser

Frédéric Thual, à Nantes

Frédéric Thual, à Nantes
"Alors?... deux cafés longs sucrés, un long non sucré, et deux courts sucrés..." Si c'est encore lui qui descend au distributeur et sert le café à ses hôtes, Yvan Cavelier, ex-responsable des achats et de l'export de la savonnerie Bernard, à Nantes, devenu président de la SDA Savonnerie de l'Atlantique, un jour de 2006, se plaît dans son nouvel habit. "J'aurais du commencer plus tôt. Franchement, c'est pas mal d'être patron!"
Avec lui, Pascal Marchal et Patrick Dailly, deux ex de la savonnerie Bernard, placée en cessation de paiement en 2005, ont repris les choses en main, avec le concours d'un ex-industriel nantais et d'une société de capital risque parisienne, à hauteur de 20% chacun. "Pour éviter de voir disparaître un pan du patrimoine industriel et du savoir-faire nantais", dit-il défendant aujourd'hui ce coup de main local en matière de fabrication du savon de... Marseille, et cela, alors que deux entités phocéennes défendent l'idée d'une IGPIA (indication géographique des produits industriels et artisanaux), créée par la Loi Hamon en mars 2014 . "Une c.......!", s'emporte Yvan Cavelier. "Comment peut-on imaginer privatiser une formule chimique alors que l'on fait du savon de Marseille depuis 1830 à Nantes?", s'insurge le patron de la Savonnerie de l'Atlantique, qui revendique "une saponification de A à Z à partir d'huiles de palme ou de coprah contrairement à d'autres producteurs français qui font venir la base-savon d'Asie et se contentent de la parfumer!"
Dernière savonnerie industrielle en France, implantée en 1947, à Rezé près de Nantes sur les bords de la Loire, la Savonnerie de l'Atlantique a, l'an dernier, produit 8.000 tonnes de savon (essentiellement du savon de Marseille) dont 6.500 tonnes de bases-savon sous forme de "nouilles" vendues à L'Oréal, L'Occitane, Fragonard, Yves Rocher ou Roger Gallet, qui impose, lui, une technique de fabrication ancestrale au chaudron. Pas nécessairement la plus écologique...
Si l'image des grands de la cosmétique lui profite à l'étranger, c'est surtout la grande distribution (Auchan, Carrefour, Système U, Leader Price....) qui a permis en l'entreprise nantaise, recentrée sur le savon, de sortir de l'ornière.
Les produits sous-marques distributeurs représentent 55% des ventes. "Les GMS nous ont aussi amené sur les marchés internationaux", reconnait Yvan Cavelier. A travers une quarantaine de pays, au Maghreb, en Afrique, aux Etats-Unis, en Europe et en Asie, l'entreprise réalise 32% de son chiffre d'affaire à l'export.
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Avec 200 références en portefeuille, l'entreprise, repartie quasiment de zéro avec vingt-deux salariés et quatre produits il y a dix ans, a depuis réembauché pour atteindre un effectif de 47 personnes. En croissance de 15% par an, elle a réalisé un chiffre d'affaires de 11,3 millions l'an dernier et dégage, assure-t-on, un résultat positif chaque année. "Nous avons toujours une cinquantaine de projets de R&D en cours sur des savons déshydratés, de nouvelles formulations, etc", résume Pascal Marchal, directeur de la qualité et du développement. L'équipe R&D compte a elle seule quatre personnes.
La savonnerie a progressivement lancé ses propres produits sous les marques La Cigale, créée à la demande des marchés export, Superclair sur le secteur des savons de ménage, La Cigale bio, fabriquée à partir d'huile bio de Colombie et plus récemment, un savon liquide, à connotation bretonne Kened Breizh, et reconditionne une partie de ses invendus qu'elle cède à l'Unicef ou aux Restos du coeur ou sous forme de don pour des associations Ciblées (Solidar'mômes, Petites sœurs des pauvres...). Les marques propres assurent 15% à 25% des ventes, les produits semi-finis 15% et la sous-traitance pour les marques (hors distributeurs) 55%. "Sans minorer les MDD, nous voulons développer nos marques propres sur certaines zones export ciblées", précise Yvan Cavelier.
A l'étroit sur son site historique de Rezé de 4500 m² coincé entre la Loire et les Nouvelles Cliniques Nantaises, la Savonnerie de l'Atlantique a investi plus de 2,2 millions euros pour acquérir et aménager une unité de stockage et de conditionnement à trente kilomètres de là, sur la zone d'activité de Viais à Pont-Saint-Martin. Un espace de 3600 m² sur un terrain d'un hectare laissé vacant par le dépôt de bilan d'une jeune entreprise. Pour améliorer sa productivité et son développement, la savonnerie va y transférer progressivement trois lignes de conditionnement. Des bureaux, de quais logistiques et un espace de préparation de commandes ont été implantés pour optimiser le stockage et satisfaire aux exigences IFS/DPH.
Après deux années de réflexion, l'entreprise nantaise vient d'investir 120.000 € pour s'équiper d'un nouvel ERP, destiné à remplacer le système existant devenu inadaptée et obsolète. « Lors de la reprise de l'entreprise, la question s'est posée quant à l'outil ERP existant qui avait été choisi alors pour la taille d'un grand groupe. Il n'était plus adapté à notre taille, vieillissant, et ne bénéficiait d'aucune maintenance», explique Tony Pineau, en charge du projet d'ERP.
L'outil déployé par Sylob, spécialiste des ERP dédiés aux PME industrielles, va lui permettre de disposer d'une base de données unique accessible à l'ensemble des services (commercial, achats, production, finance, qualité, R&D, RH) pour piloter l'activité, suivre la valorisation des stocks, les différents prix de revient, etc.
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