Souriau fait le pari de connecteurs propres

Détenu par l'américain Esterline, le sarthois Souriau, spécialiste de la connectique en conditions extrêmes recrute cent personnes pour accompagner son développement sur le marché de l'aéronautique, anticiper les mises au normes liées à la réglementation Reach et promouvoir la vente de connecteurs en ligne pour toucher des applications industrielles.

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Souriau a été à l'initiative de la création du consortium de la connectique européenne CMG (Connecting Manufacturing Group) en 2014 pour défendre les intérêts de la filière face aux contraintes imposées par la réglementation européenne Reach.
Souriau a été à l'initiative de la création du consortium de la connectique européenne CMG (Connecting Manufacturing Group) en 2014 pour défendre les intérêts de la filière face aux contraintes imposées par la réglementation européenne Reach. (Crédits : Reuters)

Si le monde de la connectique industrielle a quasiment entièrement basculé vers l'Asie, l'évolution des modes de distribution vers le web et les contraintes environnementales imposées par la règlementation européenne Reach à l'horizon 2017 pourraient rebattre les cartes du marché de la fourniture de composants. C'est, en tout cas, le pari fait par, Souriau, spécialiste de la connectique en environnements sévères; des matériels soumis à des aléas de température (+100°) et d'humidité importants, utilisés par l'aéronautique, la défense, le spatial, l'énergie, les transports et l'industrie. Acquis en 2011 par l'américain Esterline, le sarthois est devenu un pilier du Pôle ECT (Esterline Connection Technologies). Avec 3100 employés, ECT annonce un chiffre d'affaires annuel 770 millions de dollars.  Souriau y a contribué pour 216 millions d'euros en 2014.

Capitaliser sur le savoir-faire français

Sur les deux sites de productions de la Ferté-Bernard et à Champagné, l'entité sarthoise vient de décider de porter son effectif de 700 à 800 personnes pour accompagner son développement dans l'aéronautique et se renforcer sur les marchés de l'industrie (automobile, ferroviaire, générale...), assurant respectivement 60% et 40% de l'activité du groupe. Ce plan de recrutement va permettre de transformer les contrats temporaires en CDI et d'embaucher du personnel de production, de R&D, pour le marketing et la logistique. "Sur un marché fortement concurrentiel où le coût de la main d'œuvre n'est pas foncièrement différenciant, nous capitalisons sur le savoir-faire français, l'innovation, l'amélioration des process et l'anticipation des mises aux normes voulues par la réglementation européenne Reach à l'horizon 2017", expliquent  Emmanuel Delsart, Vice Président "Sales & Marketing" et Thierry Quillet, directeur des opérations, d'ECT.

Vers des solutions alternatives plus propres

En moyenne, 5 à 6 millions d'euros  par an sont investis sur chaque site pour moderniser l'outil industriel et doper la R&D. Si depuis une quinzaine d'années, le groupe américain déploie des organisations industrielles inspirées des modèles Keizen, Lean ou QRQC (Quick Reponse Quality control) dont la qualité de services et la réactivité ont été récemment saluer par des prix décernés par Airbus et Safran, l'adaptation à la réglementation Reach et l'interdiction de certains produits comme le chrome 6 impose, par exemple, de revoir les méthodes de traitements de surface. Le groupe va devoir de référencer de nouvelles matières premières, prototyper de nouvelles technologies à base de composites ou de fibres optiques, valider de nouveaux process de fabrication et qualifier de nouveaux produits tout en accélérant les cadences dans un contexte de baisse de coûts pour la "supply chain". L'assemblage a déjà été délocalisé en Inde et à Tanger.

En investissant plus de deux millions d'euros et en recrutant trois chimistes pour mettre en œuvre des solutions alternatives plus écologiques, ECT espère se différencier, gagner en visibilité et combler son déficit de communication face aux concurrents que sont Radiall, Ty Connectivity et autres Amphenol Connectors. L'enjeu est de taille sur un marché où ont fait leur apparition des connecteurs en composite pour l'A350 et le boeing 787, dans le sillage desquels se profile l'avion "tout électrique".

Une aventure industrielle

Il est loin le temps où Paul Souriau, en 1917, lance sa petite entreprise de bobinage automobile avec 20 personnes sur 500 m². Quinze ans plus tard, la société évolue vers la connectique embarquée pour accompagner le développement du secteur automobile. Dès 1934, il met un pied dans le marché l'aéronautique. Lorsqu'il décide, en 1961, de venir s'installer à la Ferté-Bernard au gré de la politique de décentralisation industrielle, Paul Souriau est déjà à la tête de trois entreprises (Souriau, Burndy Engennering Company et Juputier) qui délocaliseront une partie de l'activité de production à York (GB) et d'assemblage en République Dominicaine dans les années 70/80. Le trio d'entreprises devient une division de Framatome en 1998. Au début des années 2000, Anne Lauvergeon souhaite se désengager de l'activité connectique, et cède ce pôle à l'équipe dirigeante et à AXA Private Equity. Il passera dans les mains de l'américain PA&E en 2007 avant de rejoindre Esterline en 2011. "Une belle aventure industrielle", remarque Emmanuel Delsart.

Une logistique pointue

Présent dans l'aéronautique, la défense et le spatial, l'équipementier américain (13.000 personnes) affiche un chiffre d'affaires de 2 milliards de dollars, en croissance de 5% à 6%. L'activité est réalisée pour moitié sur le territoire américain. Avec l'acquisition de l'américain Sunbank, spécialisé dans les raccords, en 2013, le pôle ECT doit devenir un leader mondial des connecteurs dans les environnements sévères.  D'où les plans de recrutement, d'investissement et de communication lancé en France où ECT produit chaque année 15 à 18 millions de connecteurs par an. "C'est 70.000 produits livrés chaque jour avec un taux de satisfaction de 97%", se félicite Thierry Quillet, à la tête des unités sarthoises, relayées par une unité logistique au Maroc intégrée à la supply chain pour accroître  la dynamique des livraisons directes. "On veut offrir une expertise logistique internationale pour nous différencier", poursuit-il. Une performance primée neuf fois au cours des dix dernières années par Airbus. Jusqu'ici plutôt discret dans sa communication,  ECT entend bien valoriser ces récompenses et ses innovations environnementales pour affirmer ses différences.

Des méthodes proches du e-commerce

Plusieurs actions de marketing et de communication sont programmées à travers le monde lors de  séminaires ou de salons professionnels, mais aussi à travers la refonte de son site web, jusque là dépourvu de version française. Plus qu'un simple lifting, ce prochain portail devrait être enrichi d'outils de vente en ligne. "Le monde de la connectique bascule dans la vente avec des méthodes proches du e-commerce", reconnaissent les dirigeants d'ECT, dont le savoir-faire acquis dans l'aéronautique veut être plus largement déployé dans l'industrie du sport automobile, des machines outils, des équipementiers des réseaux 3G/4G. Des secteurs où il faut pouvoir toucher des PME très fragmentées et où le savoir-faire de Souriau dans le sur-mesure pourrait être mis en valeur par des solutions propriétaires.

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Commentaire 1
à écrit le 01/08/2015 à 17:36
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"dont la qualité de services et la réactivité ont été récemment saluer par des prix décernés" salués

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