Quand les archéologues Franca Cibecchini et Pierre Poveda ont regagné la surface, il leur a fallu plus de temps qu'à l'accoutumée pour reprendre leur souffle. « Au fond de l'eau, c'était un véritable champ de bataille. » Nous sommes en avril 2022. Une centaine d'amphores viennent d'être volées, le site, brisé. « C'était un lundi, se souvient la chercheuse. On s'est dit que les pilleurs avaient dû faire une pause pour le week-end car leurs outils se trouvaient toujours au fond. » Mus par l'appât rapide du gain, les pilleurs ratent l'essentiel. Sous les amphores, sous une épaisse couche de sédiments, se trouvent des objets d'une valeur patrimoniale exceptionnelle, le tout dans l'un des bateaux les mieux conservés de l'Antiquité.
Deux ans plus tard, l'équipe fouille à nouveau le site de cette épave du IIe siècle avant notre ère baptisée « Fort-Royal 1 » - du nom du monument qui la surplombe, sur les îles de Lérins, dans la baie de Cannes. C'est bientôt la fin de la mission et l'équipe d'archéologues-plongeurs travaille sans relâche à bord de l'Alfred-Merlin. Ce bijou de technologie, long de 46 mètres, est l'un des deux navires conçus spécialement pour le Drassm, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines du ministère de la Culture, leader international des fouilles subaquatiques. Il a la lourde tâche d'inventorier, de valoriser et de protéger le patrimoine archéologique immergé dans les 11 millions de kilomètres carrés d'espaces maritimes sous juridiction française.