La ville et nos vies face aux défis du développement durable

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La communauté internationale, qui s'est réunie à New-York la semaine dernière pour le sommet du développement durable des Nations Unies, se mobilise
La communauté internationale, qui s'est réunie à New-York la semaine dernière pour le sommet du développement durable des Nations Unies, se mobilise (Crédits : Reuters)
À l’occasion de l’Assemblée Générale de l’ONU à New York, le sommet du Développement Durable a défini 17 objectifs pour une planète durable. Quels sont, dans un monde fortement urbanisé, les enjeux pour la ville ?

Raréfaction des ressources, réchauffement climatique, explosion démographique, concentration urbaine, augmentation du nombre de métropoles, transformation des grands équilibres économiques mondiaux... L'étendue des défis liés au phénomène urbain, auxquelles notre génération et celles qui vont nous suivre vont devoir faire face, se manifeste sous nos yeux avec intensité. Alors que la communauté internationale, qui s'est réunie à New-York la semaine dernière pour le sommet du développement durable des Nations Unies, se mobilise, il me semble opportun de rappeler l'impact de cette thématique sur nos villes et sur nos vies.

En l'espace d'un siècle, entre 1950 et 2050, la population urbaine mondiale va passer de 1.500 millions de personnes à près de 10 milliards. Entre 2000 et 2050, ce ne sont pas moins de 3 milliards de personnes qui s'installeront dans les villes partout sur la planète. Nous vivons ainsi le changement, en moins de 100 ans, d'un monde composé à 70% de ruraux à un monde urbanisé à 70 %. Mais nous savons aussi que les espaces urbains participent à hauteur de 70 % à la production des émissions de gaz à un effet de serre, comme l'IPPC l'a largement signalé. Pour la première fois, en 2013, l'activité humaine a ainsi généré un taux de gaz à effet de serre qui dépasse le seuil fatal des 400 ppm, au-delà duquel la pollution met sérieusement en danger l'avenir de l'humanité. Or les régions urbaines rassemblent plus de 2/3 de la mobilité automobile et au moins 80% des habitations et des bâtiments tertiaires - les trois grands facteurs d'émissions de CO2 et de dégradation de la qualité de l'air.

Gouvernance : une nécessaire prise de conscience

Nous assistons par ailleurs à une nouvelle tendance géopolitique, la montée en puissance des villes. Les villes, ces agrégations d'hommes et de femmes sur un territoire donné qui partagent un certain nombre d'usages et de services venant répondre à leurs besoins, sont devenues des acteurs politiques, économiques, culturels, sociaux, et ce bien au-delà de leur sphère d'influence territoriale. Cette évolution irréversible se traduit par des transformations structurelles, qui vont impacter les 50 années à venir.

Il devient indispensable que les pouvoirs centraux étatiques prennent conscience de l'impact de cette transformation qui s'opère sous nos yeux. Des nouvelles approches dans la concertation et la prise de décision sont à inventer. Les villes construisent avec agilité des outils à la mesure des défis qu'elles rencontrent : conseils scientifiques, laboratoires de développement durable, éco-systèmes de concertation, diplomatie urbaine, réseaux des villes, agences de développement tournées vers l'international, plateformes d'échanges de bonnes pratiques... les initiatives foisonnent. Etre maire d'une grande ville, parfois génératrice d'un PIB supérieur à celui d'un Etat, peut être à l'heure actuelle une fonction porteuse d'un dynamisme et d'une créativité plus importante que celle de ministre. Les décisions prises chaque jour dans les villes concernent en effet notre avenir et celui des générations futures. Chacune d'entre elles aura un impact majeur dans les problématiques qui seront à traiter non seulement aujourd'hui, demain et après-demain, mais également en 2050, quand 70% de la population mondiale sera urbanisée.

La résilience, une notion cruciale

Parler d'un développement durable urbain implique avant tout de prendre conscience de la fragilité intrinsèque des villes. Cette vulnérabilité est une dimension essentielle pour comprendre la ville, qui est traversée de manière permanente par des tensions non seulement environnementales, mais aussi sociales, économiques, territoriales et culturelles. La fragilité urbaine ne doit pas uniquement être entendue dans le sens d'une exposition à des risques potentiels plus importants (catastrophes naturelles et technologiques, risques industriels). La complexité des villes, l'urbanisation croissante, l'accroissement des besoins qu'il faut satisfaire, mais également les diverses fractures socio-économiques visibles dans le tissu social,  mettent en évidence une nouvelle forme de vulnérabilité urbaine, elle-même en pleine évolution.

C'est la raison pour laquelle j'insiste régulièrement sur l'importance de la notion de résilience, qui constitue indiscutablement l'un des cinq défis de la ville de demain, au même titre que les défis environnementaux, sociaux, économiques et culturels. Cinq défis que nous pourrons relever à l'aide des trois leviers puissants que sont l'innovation sociale, la réinvention des infrastructures urbaines et les révolutions technologiques, notamment la révolution numérique.

Le citoyen au centre de la ville

En cette période massivement ubiquitaire qu'est le XXIème siècle, à l'âge de la multitude, des réseaux sociaux et de l'information instantanée, il est en outre indispensable de créer de nouvelles conditions pour développer une identité propre à chaque ville, avec une notion d'appartenance forte, en développant des manifestations socio-économiques, culturelles, écologiques et technologiques qui renforcent son attractivé. Plus que jamais, il est indispensable de mobiliser le citoyen pour développer ses relations avec la gouvernance locale et l'impliquer dans les actions majeures de l'éco-système de son territoire : gestion de la mobilité, défis énergétiques, sécurité, utilisation des espaces publics, économie de proximité, culture, loisirs, richesse et fierté de son patrimoine, appropriation des espaces verts et de la biodiversité, valorisation des ressources en eau, amélioration de la qualité de l'air... et tous les composants inhérents à l'amélioration de la qualité de vie.

L'implication citoyenne, en s'appuyant sur les outils technologiques puissants du 21ème siècle, devrait ainsi permettre de faire accepter et d'accompagner les grandes évolutions urbaines incontournables. C'est le rôle que sont appelés à jouer les réseaux d'hyper-proximité, la nouvelle génération des réseaux sociaux qui, enracinés dans le territoire, aident à améliorer la vie quotidienne des habitants au niveau du quartier ou de la commune. Le lancement, ce 1er octobre, de la plateforme Smart City+ au Cube d'Issy-les-Moulineaux, issue d'un travail collaboratif soutenu par le programme "Ville Numérique" des Investissements d'Avenir, est un bon exemple de cette mutation en cours.

Plus que jamais, nous devons établir les conditions d'un développement urbain fondé sur un meilleur vivre-ensemble, le respect de la démocratie et l'incitation à la participation citoyenne. Le fil conducteur de cette démarche doit être la construction d'une ville vivante, en donnant la priorité aux usages et services et en innovant sur tous les fronts. La mobilisation, en outre,  ne peut être épisodique, à l'occasion des pics urbains de pollution ou d'une réunion inernationale solennelle. Elle doit être permanente, car la vulnérabilité de la ville est intrinsèque à son développement.

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