Métropole du Grand Paris : une nouvelle vision de la ville

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La Métropole du Grand Paris est sans équivalent en France et elle ne ressemblera en rien à une intercommunalité classique.
La Métropole du Grand Paris est sans équivalent en France et elle ne ressemblera en rien à une intercommunalité classique. (Crédits : reuters.com)
À l'heure des "Villes-Mondes", il nous faut réfléchir à l'échelle planétaire, qu'il s'agisse de Paris intra-muros, de la Métropole du Grand Paris ou de la Région d'Ile de France. Par Carlos Moreno.

Au 1er janvier 2016, Paris et les communes des départements de Seine-Saint-Denis, des Hauts-de-Seine et du Val-de-Marne vont constituer la Métropole du Grand Paris (MGP). Ce territoire de 126 communes qui s'étend sur une superficie de 760 km² englobera Paris, les 123 communes densément peuplées de la petite couronne et deux villes de grande couronne, Argenteuil (Val d'Oise) et Paray-Vieille-Poste (Essonne).

La Métropole du Grand Paris est sans équivalent en France et elle ne ressemblera en rien à une intercommunalité classique. Les 12 futurs Etablissements Publics de Territoires (EPT) portant des intercommunalités de 300.000 à 500.000 habitants formeront l'échelon opérationnel de ce regroupement de 6,9 millions d'habitants et c'est à cette échelle qu'est désormais prévue la réalisation des plans locaux d'urbanisme (PLU).

La MGP sera également distincte de l'unité urbaine, territoire défini par la continuité de l'habitat ou du bâti, qui, elle, est d'une superficie de 2.845 km² (20 fois la surface de la ville de Paris), et concerne 12 millions d'habitants répartis dans les 412 communes du territoire de la Région d'Île-de-France.

À l'échelle européenne, la MGP se situera, en nombre d'habitants, en deuxième position entre Londres (10 millions) et Madrid (6 millions). En France, elle dépassera de loin la 2e métropole en cours de création au 1er janvier 2016, Aix-Marseille et ses 1,8 millions d'habitants, le Grand Lyon (1,3 millions d'habitants) et la Métropole Européenne de Lille (1,2 millions d'habitants).

À l'heure des Villes-Mondes telles que les a théorisées la sociologue Saskia Sassen dans son ouvrage "The Global City", il nous faut réfléchir à l'échelle planétaire, qu'il s'agisse de Paris intra-muros, de la Métropole du Grand Paris ou de la Région d'Ile de France. Au XXIe siècle, le poids des villes va de pair avec leur attractivité et leur influence. Les forces économiques qui les traversent, qui dotent certaines métropoles de PIB supérieurs à ceux d'Etats, sont aussi transnationales. Tout comme Londres, sa grande rivale, Paris et son ensemble urbain, indépendamment de son organisation politico-territoriale et administrative, est une ville qui rayonne, depuis plusieurs siècles, bien au-delà des frontières de l'Europe.

Les défis de la MGP : multipolarité et vivre-ensemble

C'est dans cette perspective que nous devons porter un regard neuf sur le devenir de ce nouvel espace urbain. Chance mais aussi drame, Paris et son espace d'influence ont été durablement façonnés par la puissance de l'état jacobin. C'est le cas de marqueurs urbains d'un pouvoir politique centralisateur que sont les palais versaillais ou intra-muros de la royauté ou les institutions républicaines, jusqu'à celles de la Vème République.

La morphologie territoriale de Paris, probablement plus que dans toutes les autres villes d'Europe, est traversée par l'histoire du pouvoir politique français. Citons le Paris de Hausmann et ses grands travaux ; la construction du centre du CEA de Saclay en 1947, qui concentre aujourd'hui 25% de la recherche scientifique française ; le développement de La Défense, voulu par l'Etat en 1958 ; la création en 1965 des 5 villes nouvelles ; les grands travaux de la période présidentielle de François Mitterrand ; ou encore la consultation du Grand Paris lancée par Nicolas Sarkozy en 2007.

Malgré les mutations socio-économiques des XXe et XXIe siècles, les grandes tendances ségrégatives qui se sont développées dans Paris au XIXème siècle sont aujourd'hui toujours présentes, avec une concentration des classes aisées à l'ouest et au sud-ouest et des classes populaires dans le nord et l'est.

La Métropole du Grand Paris devra donc relever un double défi : assurer le vivre-ensemble d'une population de 6,9 millions d'habitants tout en affirmant sa présence dans le concert international. Comment, alors pour cette métropole peser économiquement et valoriser son identité culturelle et socio-territoriale tout en développant une logique multipolaire, polycentrique et maillée pour faire face aux tendances ségrégatives ?

Il est crucial de saisir cette occasion pour bâtir une métropole à l'échelle humaine dans laquelle l'identification des habitants à leur territoire soit génératrice de liens d'appartenance et de fierté. Par la qualité de vie, il est possible de construire une identité citoyenne métropolitaine porteuse d'un attachement au territoire.

Si le métropolitain devient un urbain anonyme, noyé dans une métropole écrasante, nous allons vers l'échec. Au-delà de l'urbanisme, c'est ici la question de l'urbanité qui est en jeu. Si nous ne voulons pas nous enfoncer dans la crise de l'urbanisme, comme nous l'avons connue, avec ce que l'on appelle « les quartiers » c'est vers l'urbanité qu'il faut adresser des efforts conséquents, comme jamais cela n'a été fait auparavant, dans le but de tisser du lien social.

Quelques pistes d'action et de réflexion

Les villes invisibles décrites par Italo Calvino, dans son merveilleux texte éponyme, doivent être aujourd'hui une source d'inspiration : villes et mémoire, villes et désir, villes et regard, villes et échanges, villes et signes... Il s'agit de construire une nouvelle « géographie de l'identité » pour l'espace territorial et administratif de la Métropole du Grand Paris, en s'appuyant sur une cartographie inédite du réel et de l'imaginaire, traversée et bousculée par les nouvelles formes de l'économie d'usage et l'économie collaborative, elles-mêmes nées de l'explosion du numérique et des nouvelles technologies.

Une approche résolument nouvelle, qui appelle à l'échelle de la métropole de nouvelles formes d'action.

Les autres projets urbanistiques menés sur le territoire francilien doivent à mon avis répondre à la même logique. Je pense au projet du nouveau système de transport Grand Paris Express ou au projet politique de la Région Île-de-France : l'enjeu reste, là aussi, de ne pas tomber dans une nouvelle segmentation et fragmentation des territoires et des pouvoirs. Relier par un système de transport différents espaces ne suffira pas à fabriquer une entité métropolitaine si nous ignorons leurs réalités culturelles, politiques, spatiales et socio-économiques.

Il est aussi crucial de conduire en parallèle une démarche ambitieuse autour des espaces publics urbains, et pas seulement des gares. Les espaces publics sont en effet l'expression de l'identité de la ville et du brassage de ses habitants. Il est essentiel de les réinventer pour en faire des lieux de partage, des lieux collaboratifs, source de créativité et d'innovation.

Il faut admettre que notre système territorial français est en crise et que la vision politique des espaces urbains est aujourd'hui trop éloignée d'une approche systémique et bien souvent cantonnée à une discussion « administrative » ou « technique » avec les porteurs de projets. Le Topos, de l'espace physique, est dissociée du Logos de la connaissance et de l'Être, de l'Homme et de son environnement dont il en fait partie.

Pour conclure, je rappellerai que l'un des enjeux majeurs de la métropolisation tient à l'hybridation entre vision politique, conception de l'espace urbain, aménagement de l'espace public et nouvelles formes de socialisation apportées par le numérique. Les usages disruptifs nés des nouvelles technologies correspondent au besoin d'une transformation profonde du lien qui unit le citoyen de la métropole à son environnement. Ils doivent ainsi permettre aux places, jardins, gares, centres commerciaux et rues de se métamorphoser pour renforcer tant la qualité de vie que l'attractivité de la future métropole.

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