Vers la COP21 : Climat, transition énergétique et transition urbaine

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Beaucoup de gens habitent aujourd'hui à l'Est de Paris et travaillent à l'Ouest, si bien que la ligne A du RER est la plus fréquentée d'Europe, avec 1 million de voyageurs par jour et nous voyons les effets systémiques quand elle dysfonctionne.
Beaucoup de gens habitent aujourd'hui à l'Est de Paris et travaillent à l'Ouest, si bien que la ligne A du RER est la plus fréquentée d'Europe, avec 1 million de voyageurs par jour et nous voyons les effets systémiques quand elle dysfonctionne. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
L'engagement des villes dans la transition énergétique doit être un enjeu essentiel de la COP21. Il convient donc d'associer maires et décideurs économiques à la prise de décision.

La Chine et les États-Unis représentent à eux deux 43 % des émissions mondiales de CO2, contre seulement 12 % pour l'Union européenne.  Parler des enjeux d'une économie décarbonnée est indissociable d'une vision mondiale mais à l'heure d'un monde urbanisé il est un devoir aussi de nous interroger sur la place de nos villes dans ce débat.

Comment, à l'heure des villes-monde, nos métropoles abordent dans ce contexte leur compétitivité et attractivité par rapport à l'aménagement du territoire et les enjeux d'avenir ?

Il n'y pas de doute que la technologie joue un rôle fondamental dans la transition énergétique et son avenir. Les États-Unis ont par exemple fait un virage massif vers l'énergie couplée au numérique et les effets se font sentir aujourd'hui au travers les grands acteurs mondiaux. Comment alors associer les villes, les maires, les décideurs par rapport à des impacts qui aujourd'hui ne sont plus uniquement du ressort des états ?

L'enjeu de la planète

Au cœur de la vie se trouve l'activité humaine dans nos villes, métropoles et mégalopoles, partout sur la planète. Il n'y aura pas de réussite face aux défis climatiques et énergétiques de 30 prochaines années si les pouvoirs locaux et en première ligne les Maires, ne sont pas impliqués et traités comme partenaires à part entière. C'est à mon sens, l'un des enjeux majeurs aussi de la COP21 à Paris. Au siècle des villes, les maires doivent être partie prenante de ce processus long et complexe qui est la transition énergétique. Que l'on se le dise, il n'y aura pas de transition énergétique réussie sans une transition urbaine, qui amène à changer le paradigme de développement de nos cités.

C'est un défi clé au XXIème siècle de réussir cette transition énergétique dans nos villes, où se concentre une part majoritaire et croissante de la population mondiale et dont le PIB est parfois très important, parfois même supérieur à des pays.

La mobilisation des maires à Paris sera au rendez- vous de la COP21, mettant en évidence ce changement de fond. Oui, les villes contribuent à l'effet de serre par les bâtiments, la mobilité et les réseaux de chaleur et froid, en particulier. Oui, l'enjeu majeur est donc de réussir la transition urbaine mais à l'échelle des villes et des territoires métropolitains il faut au moins 10, 15 ou 20 ans pour réaliser des mutations urbaines. D'où l'intérêt d'adopter une vision systémique, qui demande à croiser les systèmes, les interdépendances, les flux, les réseaux et les services. Il faut créer une véritable révolution culturelle pour développer des éco systèmes mobilisateurs vertueux et exemplaires.

Les révolutions du XXIe siècle se présentent à nous et doivent être prises en compte dès aujourd'hui. La ville de demain se construit ici et maintenant. Il est nécessaire d'aller vers des villes polycentriques, polymorphiques, maillées et multi fonctionnelles. Beaucoup de gens habitent aujourd'hui à l'Est de Paris et travaillent à l'Ouest, si bien que la ligne A du RER est la plus fréquentée d'Europe, avec 1 million de voyageurs par jour et nous voyons les effets systémiques quand elle dysfonctionne. Pour qu'il y ait un maillage, il faut que les usages et services puissent être mutualisés entre différents pôles. Il est temps de passer de la ville construite avec ses infrastructures pour les voitures, héritages d'autres époques, pour faire la place à une ville fluide, plus légère, où d'autres mobilités préfigurent le débat de fond à venir sur la dé mobilité et s'interroger sur le pourquoi nous déplaçons nous ?



Le temps des révolutions

Le Web a été inventé au XXe siècle. Le maillage est désormais réalisé à l'échelle planétaire et il concerne aussi bien l'homme que les objets de manière massive. Une véritable révolution ubiquitaire est la rupture du XXIème siècle avec la capacité à bénéficier d'une connexion technologique à tout moment, en tout lieu, rendant possible des capacités jamais vues pour les mettre au service d'une vision de la transformation urbaine par les nouveaux usages.

D'autres révolutions technologiques sont en cours. La révolution bio-systémique modifie le rapport que nous avons avec notre corps. À l'horizon 2025, 30 % de la population française aura plus de 65 ans. Une autre révolution est en cours et aussi en profondeur, robotique et cognitive, avec toutes les capacités nouvelles qui s'offrent en terme d'assistance. A l'horizon de la prochaine décade, la combinaison de ces ruptures annonce une transformation des relations entre l'homme, son environnement et se son territoire avec des nouveaux usages de la même manière que en quelques années les devices mobiles ont transformé nos usages et gestes au quotidien.

La bataille pour le stockage aussi bien de l'énergie que des données sera un enjeu majeur dans la prise des positions à venir. Ceci s'illustre par exemple avec l'annonce par Tesla de la commercialisation d'une batterie domestique d'un coût modique avec son intelligence embarquée et maillée portant la vision de son charismatique fondateur Elon Musk, promettant une révolution aussi importante que le fut l'arrivée des smartphones. Reste à voir la portée de cette annonce mais il n'y pas de doute que l'enjeu est au cœur du nouveau paradigme énergétique.

Les capacités illimitées de traitement de l'information, l'hyper connectivité, le maillage par tout type des devices, l'offre massive des APPs, la facilité des développement par la popularisation du codage  et la mobilisation permanente de la multitude « le crowd » dans toutes ses formes, développent des relations collaboratives donnant lieu dans nos villes, à la parution des nouveaux usages et services basés sur le partage. Un nouveau maillage apparaît aujourd'hui : celui de l'hyper-proximité. Les nouveaux réseaux sociaux, d'hyper-proximité, permettent des rencontres dans la vraie vie. Cette rupture est également au XXIème siècle l'incarnation du numérique dans nos vies, au quotidien, dans nos lieux  d'habitat, de loisir et de travail, c'est l'hybridation qui enracine dans notre usage de tous les jours, la puissance du numérique et de l'ubiquité.


De nouveaux modèles économiques

L'appel à la multitude allié au numérique, bouscule et bouleverse tous les codes. La désintermédiation créée des nouveaux modèles économiques qui s'opposent aux économies traditionnelles de production, consommation et services et pénètrent nos villes et vies urbaines: AirBnB, UBER, AMAZON, ALI BABA, FACEBOOK, qui sans posséder des actifs, atteignent des valorisation en milliards bien supérieurs aux acteurs de l'économie traditionnelle, qui se voient menacés. C'est la puissance des plateformes et du design des services.

Des usages par la voie de la mutualisation et la capacité d'adaptation des plateformes génériques pour capter les évolutions et nouveaux comportements des usages. La force de UBER avec ses 50 milliards de dollars de valorisation et sa présence dans des villes du monde entier est d'être une plateforme des services des mobilités ; c'est aussi la puissance de leur R&D avec UBERG, leur émulateur d'une ville à grande échelle et en temps réel, capteurs aussi en grandeur nature du pouls de la ville, pour comprendre les comportements des citadins et des conducteurs pour les rapprocher de manière optimisée.

Les enjeux urbains n'ont jamais été aussi importants qu'aujourd'hui. Lutter pour le climat passe par nos villes et construire des services de rupture en s'appuyant sur ses leviers fantastiques qui sont au XXIème siècle le numérique, l'ubiquité, les plateformes et la multitude.

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