COP 21 : le défi de l'habitat durable

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Chacun des acteurs doit réfléchir, construire et développer un habitat qui soit urbain, biodiversifié, frugal, écologique, astucieux, ubiquitaire et avant tout tourné vers le lien social et la vie de la cité.
Chacun des acteurs doit réfléchir, construire et développer un habitat qui soit urbain, biodiversifié, frugal, écologique, astucieux, ubiquitaire et avant tout tourné vers le lien social et la vie de la cité. (Crédits : Décideurs en région)
De jour en jour, sur toute la planète, les villes se développent, s'agrandissent et s'étendent progressivement dégradant la qualité des sols et les écosystèmes. La COP21 et la conférence mondiale de l'ONU sur l'Habitat devront répondre à cette menace. Par Carlos Moreno.

Le phénomène urbain a transformé en profondeur les rapports entre les hommes, l'habitat et la nature. L'émergence des grandes métropoles, le développement croissant des mégalopoles mais aussi l'effet d'attractivité parfois jusqu'à plusieurs centaines de kilomètres envers les villes moyennes et les petites villes sont venus bouleverser les rapports entre nos vies, les espaces urbains, ruraux et la bio diversité dans son ensemble.

A l'heure des défis majeurs du changement climatique avec la construction urbaine à grande échelle, l'épuisement des ressources naturelles, la pollution urbaine massive est devenue quasi permanente, le stress hydrique des villes, les effets systémiques menacent notre qualité de vie, mettent en danger notre santé et au delà l'ensemble même de la chaine du vivant.


Dégradation des sols

De jour en jour, sur toute la planète, les villes se développent, s'agrandissent et s'étendent progressivement jusque dans les zones agricoles et naturelles.

Bien que nous soyons la planète bleu, nos terres et sols constituent l'essence même des nos ressources habitables. L'urbanisation croissante depuis les dernières décennies allant de pair avec les développements des infrastructures a entrainé un processus de modification dégradant de manière conséquente nos terres. L'imperméabilisation des sols a ainsi augmenté deux fois plus rapidement que la population européenne par exemple !

Le rapport de l'Union Européenne précise que le recouvrement par un matériau imperméable tel que le béton ou l'asphalte, est une des principales causes de la dégradation des sols dans l'Union européenne. Chaque année en Europe, les infrastructures bâties avalent plus de 1 000 km2 de terres ou de forêts. La moitié, soit 500 km2, est rendue imperméable par des revêtements artificiels (bitume, béton).

Il s'agit d'une des raisons fortes d'augmentation du risque d'inondation et de pénurie d'eau, contribuant par ailleurs au réchauffement de la planète, et créant aussi une sérieuse menace à la diversité biologique.

Conséquences, explicitées dans le rapport : l'imperméabilisation des sols limite leur capacité à assurer leurs fonctions d'épuration de l'eau, de recyclage de la matière organique, de croissance des plantes, de stockage de carbone et des autres services qui en sont dérivés. La perte de couvert végétal réduit d'autant plus le stockage de carbone, la régulation des températures et du climat ainsi que la production d'oxygène.

Les éco-quartiers, la solution ?

Que l'on se le dise aussi de toute évidence, cette tendance n'est pas viable à long terme. Dans une région telle l'Ile de France, le rapport de NatureParif, (que je conseille vivement de lire), étudie les conséquences directes de cette urbanisation, la fragmentation conséquente de l'espace, combiné avec les effets l'imperméabilisation des sols, et comment l'épuisement des ressources entraîne une pression de plus en plus importante sur la biodiversité régionale.

En zone urbaine, la réponse nous est donné souvent par l'éclosion des éco quartiers et les efforts qui sont développés par l'ensemble des acteurs afin de proposer un habitat qui soit respectueux de l'environnement et en capacité de faire face à la pression des ressources, en particulier énergétiques. Les éco quartiers et les labels des Habitats à Haute Qualité Environnementale, HQE, les bâtiments à énergie positive, BEPOS, avec des normes et de réglementations exigeantes, ont vu le jour et nous pouvons nous féliciter des ces évolutions.


Favoriser l'accès à la propriété durable

Néanmoins, si nous voulons nous projeter au delà, des questions majeures sont encore à approfondir pour apporter des réponses plus globales, plus transverses, pour aller encore plus loin sur les défis du futur d'un monde urbanisé en phase avec les exigences de la bio diversité.

Le Président de la République vient  d'annoncer sa volonté de faciliter l'accès à la propriété, les primo accédant, en élargissant les conditions du Prêt à Taux Zéro (PTZ). On voit un peu partout dans le monde fleurir ce type d'initiative, sous des formes différentes, afin de faciliter à une classe moyenne émergente d'être propriétaire de son logement, de diminuer la pression sociale et dans le même temps, de faciliter, par la possession du logement, une meilleure inclusion de cette catégorie sociale urbaine, souvent jeune et venant de milieux peu favorisés.

Quels sont alors les liens entre ces nouvelles offres urbanisées amenées à se développer et un habitat porté par la préservation de la bio diversité comme élément clé dans la lutte contre le réchauffement climatique et un meilleur vivre ? Comment donner une cohérence sociale et spatiale à ces nouvelles typologies d'urbains dans la ville ?

Peut-on parler des éco quartiers sans tenir compte de l'environnement social, économique, culturel qui traverse non seulement l'éco quartier et ses habitants mais le lien avec la vie de la cité dans son ensemble ? Comment nous pouvons aussi faire face à une ville pour éviter son développement, encore une fois à plusieurs vitesses, inégalités source des multiples tensions et vulnerabilités ?

Mettre en place une dynamique "éco-systèmique"

Nous avons aujourd'hui des réponses partielles apportées par notre connaissance des sciences physiques, la puissance du numérique et la compréhension des éco systèmes biologiques, qui se développeront de plus en plus dans les décennies avec aussi les apports du bio mimétisme et ses applications urbaines. On a pu le voir avec des études récentes faites à Paris mais aussi dans d'autres lieux du monde. Mais au delà de la végétalisation, des matériaux bio sourcés ou des nouveaux matériaux économes en consommation des ressources, de l'utilisation des énergies renouvelables, et de l'usage massive de l'ubiquité, de l'internet des hommes et des objets, les enjeux restent ouverts non seulement sur des problématiques clés qui sont par exemple, le stockage de l'électricité, de l'eau et du carbone  mais également et avant tout par le cycle de vie de l'ensemble et au cœur la place de l'homme et les conditions pour son épanouissement.

Dans un contexte de pression urbaine forte, il me semble indispensable dans la conjonction des deux grands événements mondiaux qui concernent les problématiques de la ville et la vie de demain, la COP21 à Paris dans quelques jours et la conférence mondiale de l'ONU HABITAT III en octobre 2016 à Quito, de se battre pour faire entendre une nouvelle approche pour l'habitat dans la ville.  Ma conviction est que la ville intelligente de demain se construit autour de l'homme, du citoyen, de sa qualité de vie, comme objectif majeur dans la convergence des trois grand leviers qui sont l'inclusion sociale, la ré invention des infrastructures et la puissance des apports des révolutions technologiques.

Développer un habitat tourné vers la cité

Il me semble indispensable de sortir d'une logique sectorielle, partielle, soit bâtimentaire, technologique, environnementale pour aller vers une autre logique, pleinement éco systémique, celle de la Smart City Humaine avec l'Habitat à Haute Qualité de Vie (HQV), qui portée par une véritable vision stratégique de rupture engage chacun des acteurs à réfléchir, construire et développer un habitat qui soit urbain, biodiversifié, frugal, écologique, astucieux, ubiquitaire et avant tout tourné vers le lien social et la vie de la cité.

Il s'agit alors d'imaginer une convergence entre les bâtiments, leur enveloppes, intérieures, extérieures, espaces verts, zones de vie et le lien social au sein de l'habitat et de la ville. Porté par la puissance de la technologie et préfigurant la ville partagée. Des services mutualisés et une conscience sociale et d'altérité pour chacun.

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Commentaires
a écrit le 04/11/2015 à 13:22 :
"En zone urbaine, la réponse nous est donné souvent par l'éclosion des éco quartiers et les efforts qui sont développés par l'ensemble des acteurs afin de proposer un habitat qui soit respectueux de l'environnement et en capacité de faire face à la pression des ressources, en particulier énergétiques." : heu ... si déjà on en était là en général et dans la vraie vie, on aurait fait un grand pas en avant. Parce que pour 1 éco quartier construit ici ou là, combien de construction genre immeuble infâme installé directement sur la rue à la place d'une seule maison et son jardin ?! Bonjour (entre-autres) l'imperméabilisation des sols (et bonjour les dégâts en cas de très forts orages, l'eau ne pouvant plus s'échapper entre ces murs d'immeubles !).

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