Villes monde, villes sanctuaires

Carlos Moreno

Carlos Moreno
Sur le sujet de l'immigration et les promesses d'expulsions faites par Donald Trump pendant sa campagne, le Maire de New York, Bill de Blasio, s'est clairement exprimé en affirmant que «comme beaucoup d'autres villes américaines, New York ferait tout son possible pour protéger ses habitants et s'assurer que les familles ne soient pas séparées ». L'expression « villes sanctuaires », émanant du Maire de Chicago, est venue ainsi affirmer la position des villes, qui s'opposent à des mesures de l'État fédéral :
Les Maires ont ainsi pris part, non seulement à une contestation politique du pouvoir présidentiel, mais ils ont aussi joint la parole aux actes, prenant des dispositions concrètes. Ceci est un mouvement sans précédent, illustrant cette bascule qui s'opère entre la politique centrale et l'incarnation du pouvoir local, dans ce siècle des villes.
Cas intéressant, le chef de la Police de Los Angeles a refusé que ses agents participent à des actions d'expulsions, considérant qu'ils entraîneraient une rupture avec la communauté hispanique, quant au contraire, il a besoin de travailler avec eux dans les quartiers pour combattre la criminalité et la violence.
Partout, dans un monde en plein bouleversement, face au changement climatique, au chômage, à la montée du populisme, de la démagogie, de la peur de l'autre, les Maires, colonne vertébrale de la confiance citoyenne, prennent position, au nom de valeurs communes de l'humanité, de la dignité, pour que les villes soient un lieu de vie et de partage, où les hommes et les femmes, puissent vivre ensemble, avec leurs différences.
La ville refuge, plus qu'un asile de charité, c'est poser un acte culturel, social, économique, aussi ancien que la naissance des villes. Les 2e et 3e villes de multiples pays se trouvent en dehors de leur territoire national, et leur activité économique ainsi que leurs devises sont considérables pour les pays qui les accueillent. D'ici à 2050, la population sera proche de 10 milliards de personnes et incontestablement dans la croissance urbaine, la migration est un moteur important de cette évolution, qui transforme les villes en des lieux de vie caractérisés par une grande diversité. Fermer les yeux face à cette constatation est grave. La transformer en tensions avec la montée de la peur face à l'autre et à ses différences est plus grave encore.
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De nouveaux réseaux inter-urbains extra territoriaux ont été ainsi créés avec cette composante plurinationale. De plus, avec le délitement de nombreux Etats, de nouvelles demandes, de nouvelles frontières politiques et de gestion territoriale sont nées. C'est aussi la particularité de ce XXIe siècle, avec ses villes cosmopolites et empreintes d'un grand mélange et brassage.
Oui, par l'étendue de ce phénomène devenu mondial, sans aucun doute les migrations urbaines du XXIe siècle façonnent nos villes et nos vies en ville de manière encore plus affirmée que les siècles précédents. C'est aussi vrai quand nous disons que la famille royale du Qatar possède plus du patrimoine immobilier à Londres que la Famille royale britannique (pour reprendre les propos de Saskia Sassen), quand un jeune immigré pakistanais en Dordogne arrivé clandestinement il y a trois ans, gagne la médaille du meilleur apprenti de France, quand Buenos Aires est la 2e ville de la Bolivie ou quand le Québec accueille une population française équivalente à la Ville de Brest.
Entre ces exemples de vies urbaines d'aujourd'hui, différentes manières d'agir se présentent. Il est certain que la « ville sanctuaire » est une réponse des Maires du monde, qui considèrent avec humanité les nouvelles situations urbaines. Au vu de leur complexité, ces derniers demandent une réflexion et une action d'une autre nature que le recours aux expulsions manu militari, et au déploiement de la force comme solutions.
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