À l'antenne d'Eurosport, Alain Bernard est un consultant heureux. L'état de la natation française, dans toutes ses disciplines, présage une moisson olympique. Le double champion olympique (100 mètres nage libre en 2008, 4×100 mètres nage libre en 2012), 41 ans, se régale à l'avance des courses de Léon Marchand, 22 ans, et Maxime Grousset, 25 ans, têtes d'affiche présentes aux championnats de France à Chartres (Eure-et-Loir), jusqu'à vendredi.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Quels pièges faut-il éviter dans la dernière ligne droite avant les JO ?
ALAIN BERNARD - Il faut aborder l'événement comme des Mondiaux ou des championnats d'Europe. La pression doit porter nos nageurs, pas les plomber. On a tous envie qu'ils nous fassent rêver, mais disons-leur que nous serons fiers d'eux quels que soient leurs résultats. Je suis envieux de leur expérience à venir à Paris et, en même temps, en vivant les JO à l'autre bout du monde [Pékin en 2008], je m'étais senti préservé.
Avez-vous déjà vu Léon Marchand stressé ?
Tout semble facile pour lui. Il faudrait voir sa réaction si un jour il stagnait. Mais à moins qu'un extraterrestre ne se révèle, il a une avance confortable. Aujourd'hui, l'extraterrestre, c'est lui. On ne connaît pas ses limites et c'est fascinant. D'autant qu'il continue de gagner en maturité. Ces derniers mois, il s'est beaucoup protégé pour éviter d'avoir trop de choses à gérer. Pour autant, il est resté accessible.
Sa coulée est-elle son atout principal ?
Oui, Léon est très rapide sous l'eau. Les nageurs qui parviennent à exploiter la distance réglementaire de 15 mètres sous l'eau ont un véritable avantage, et il l'a très bien compris. Réussir sa coulée nécessite beaucoup d'entraînement sur la technique de nage et sur le souffle. Avant lui, on n'avait jamais vu un nageur faire une coulée de 15 mètres à la fin d'un 400 mètres 4 nages. Il faut imaginer, pour le commun des mortels, trois minutes trente d'effort intense suivies d'une apnée d'une douzaine de secondes. J'admire d'autant plus sa faculté que la coulée était mon talon d'Achille et que j'ai beaucoup envié Amaury Leveaux, Florent Manaudou et Michael Phelps.
Propos recueillis par Mickaël Caron