Un ciel gris enveloppe la baie de Cannes. Au large, le trimaran SVR-Lazartigue a hissé ses voiles noires. Ses mensurations subjuguent les plaisanciers : 33 mètres de hauteur de mât, 32 mètres de long, 23 de large. Quinze tonnes, capables de fendre les mers à 50 nœuds (92 km/h). À bord, l'équipage s'active sous les ordres de François Gabart. « Vous voulez des sensations ? » lance à ses invités le maître à bord. Agile, il les guide un par un vers une extrémité du bolide. Jusqu'à le faire disparaître de leur vue et garder la mer pour seul horizon, façon Leonardo DiCaprio et Kate Winslet dans Titanic. En plus fi able et plus rapide, précisément 38 nœuds (70 km/h). C'est grisant, ça colle le goût du sel sur les lèvres.
Surtout, ça permet d'éprouver jusqu'à la racine des cheveux la vélocité des Ultim, ces merveilles de technologie prêtes à se lancer ces jours-ci, dès qu'une fenêtre météo sera favorable, à l'assaut des océans et des records. Le tour du monde en moins de quarante jours. Même Jules Verne, qui a donné son nom au trophée mis en jeu pour l'occasion, n'avait osé imaginer circumnavigation si fulgurante. En janvier 2017, Francis Joyon et ses cinq équipiers d'Idec Sport s'en étaient approchés, en quarante jours, vingt-trois heures et trente minutes. L'exploit est à portée de foil, cet aileron capable de soulever le bateau hors de l'eau pour lui faire atteindre des vitesses d'espadon. Pour tenter de le réaliser, Gabart sera accompagné par cinq équipiers, dont les skippeurs Tom Laperche, son héritier désigné, et l'expérimenté Pascal Bidégorry.