Arpenter les ateliers de Velours de Lyon, dans le Rhône, c'est graviter entre histoire et démesure. D'un côté, la soixantaine de métiers à tisser de l'usine nous plongent dans les coulisses d'un savoir-faire industriel, avec le tissage Jacquard en trois dimensions, inventé au début du XIXe siècle et considéré comme l'un des précurseurs de l'informatique. De l'autre, les clichés des défilés Vuitton, Fendin et Lanvin sonnent comme des rappels : ces tissus, d'une qualité extrême, s'adressent aux marques les plus luxueuses, en recherche d'exception.
Et pourtant, Velours de Lyon est en péril. Son codirigeant, Jean-François Renaud, petit-fils du créateur, nous accueille dans l'une des deux usines en fonctionnement, à Décines-Charpieu (Rhône). Les métiers à tisser ne sont pas arrêtés, au contraire. Des commandes courent encore pour Louis Vuitton, ou Armani. « 2025 serait même une bonne même année sans notre endettement » de 3 millions d'euros, expose le dirigeant, ressorti de deux ans de procédure de sauvegarde avant le placement en redressement judiciaire de la PME, en février.
Velours de Lyon possède une soixantaine de métiers à tisser le velours (en trois dimensions) sur ses deux sites de Décines-Charpieu (Rhône) et de Saint-Just-en-Chevalet (Loire). Ici, un métier Jacquard. Crédit : ER.
Issue de deux sociétés lyonnaises historiques (JB Martin et Giron Frères), l'entreprise a peu à peu façonné une chaîne industrielle de bout en bout, « à rebours de la délocalisation, dans les années 1990 », illustre Jean-François Renaud.