Climat : la France peine à relever le défi
Lysiane J. Baudu
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La France sera-t-elle « Fit for 55 » ? Autrement dit, sera-t-elle capable de contribuer pleinement à l'objectif voté fin 2020 par le Parlement européen, celui d'une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 comparées au niveau de 1990 ? Regroupées sous l'appellation « Fit for 55 », les propositions de la Commission européenne, dévoilées le 14 juillet dernier, visent à appliquer le Green Deal sur le terrain et à faire de l'Europe le premier continent carbone neutre d'ici 2050. Les douze mesures annoncées vont d'une refonte du marché du carbone et de son élargissement en direction de nouvelles industries à des obligations accrues pour les pays membres sur l'agriculture en passant par un accroissement de la production d'énergies renouvelables et des standards plus stricts sur les émissions dans les transports (voitures, avions et navires), et enfin, un mécanisme d'ajustement aux frontières, qui donnera un prix du carbone aux importations. Si la France s'est félicitée de ces propositions d'actions concrètes pour accélérer la lutte contre le changement climatique, qui confirment « l'intention, partagée par la France, de la Commission européenne de placer l'Europe à l'avant-garde du combat climatique », selon l'expression du ministère de la Transition écologique, nombreux sont ceux qui, pour l'heure, doutent des capacités de la France... À commencer par les membres du Haut Conseil pour le Climat (HCC), l'organisme indépendant mis en place en 2018 par Emmanuel Macron pour évaluer les politiques gouvernementales en la matière. Son troisième rapport annuel : « Renforcer l'atténuation, engager l'adaptation », rendu public fin juin, porte en effet la mention « peut mieux faire ».
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D'abord parce que si la tendance à la baisse des émissions françaises s'est légèrement accentuée en 2019, avec une diminution de 1,9 % sur un an, et que des progrès ont été réalisés dans les secteurs des bâtiments, de la transformation d'énergie (la baisse des émissions liées à cette activité, de 46 % depuis 1990, s'est poursuivie en 2019, avec un recul de 5,6 %) et de l'industrie - dans ce dernier secteur, les émissions ont diminué de 41 % depuis 1990, en partie grâce à l'amélioration des procédés de production, à travers des gains d'efficacité énergétique -, en revanche, ce n'est pas le cas, ou pas assez, dans les transports - premier secteur émetteur, avec 31 % des émissions, dont plus de la moitié due à la voiture individuelle. Faute, en particulier, de report des transports par route au bénéfice du rail et de ventes de voitures électriques encore poussives. Même chose pour l'agriculture : les réductions d'émissions n'ont été que de 9 % depuis 1990 et la France a d'ailleurs moins ralenti ses émissions agricoles depuis cette date que ses principaux voisins européens. Ensuite, parce qu'au niveau des régions, les émissions territoriales par habitant sont certes plus faibles que la moyenne européenne, et d'ailleurs, la plupart des régions françaises ont vu leurs émissions diminuer sur la période 2015-2018, mais, encore une fois, celles des transports y sont généralement à la hausse, à part en Île-de-France, de même que celles de l'agriculture. Et enfin, parce que les émissions importées, en d'autres termes, les émissions de biens et de services produits à l'étranger mais consommés en France, sont supérieures à la moyenne européenne... Déjà, dans son rapport de 2020, le HCC alertait sur ce dernier phénomène, précisant qu'entre 1995 et 2018, les émissions importées avaient augmenté de 78 %, tandis que les émissions intérieures avaient diminué de 30 % sur la même période.
Lysiane J. Baudu