Planète : Pourquoi en sommes-nous là ?
Frédéric Denhez
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Le diagnostic est terrible et à écouter les « médecins », nous n'en avons plus pour très longtemps. Nous serions en train de scier la branche sur laquelle l'évolution nous a assis, et bientôt, elle va rompre. Beaucoup ne survivront pas à la chute. Certains affirment, désabusés, que notre nature profonde de parasite nous empêche de faire autre chose que vivre aux dépens des autres espèces, de la Terre elle-même.
Malgré leurs excès, les prophètes de fin du monde ne sont pas des sots. Tout converge en effet. Quel que soit l'indicateur, la tendance est menaçante. Les courbes dessinant l'évolution du nombre d'espèces d'amphibiens, des populations d'oiseaux communs, de la surface des espaces de forêts tropicales et des étendues des zones humides reflètent par symétrie celles de la pollution ordinaire, de l'érosion des sols, du dioxyde de carbone dans l'atmosphère, du plastique dilué dans les océans et des pesticides circulant dans notre sang. La nature se banalise, l'air est devenu hostile.
À l'occasion de la crise sanitaire, les collapsologues ont senti arriver leur moment historique. La nature, humiliée, offensée, salie, exerçait enfin sa vengeance. On les entend moins, car l'effondrement de notre société qu'ils espéraient n'est pas advenu, la complexité du système capitaliste mondialisé ayant fait preuve autant de fragilité que de capacité à faire face. N'en ressort pas moins l'idée vague que ce virus n'est que le petit précurseur d'autres bien plus voraces qui vont s'échapper des forêts que nous coupons et des animaux que nous asservissons. Nous ne perdons rien pour attendre.
Mais d'où cela nous vient-il ? Pourquoi notre empreinte écologique s'étend-elle année après année ? L'autodestruction étant un principe qui n'a pas cours en biologie évolutive, il faut aller chercher ailleurs, dans ce qui fait le propre de l'homme, notre culture.
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Nous sommes dans un « advienne que pourra » général, conséquence logique de la fin de la frustration qui encourage le déni. Il y a une soixantaine d'années, nous autres Occidentaux avons atteint un niveau de confort qui nous a libérés de la survie dans laquelle sont toujours plongées la plupart des autres sociétés. Durant des milliers d'années, l'essentiel de l'humanité a vécu selon les aléas du temps, dans la détresse permanente. L'on mourrait jeune comme les bêtes, de parasites, de bactéries, d'amibes et de virus. Dans les latrines mises à jour par les archéologues, ce sont des quantités phénoménales de micro-organismes que les spécialistes dénombrent : nos ancêtres étaient rongés de l'intérieur. On mourrait aussi de l'eau. Le grand historien Emmanuel Le Roy Ladurie, inventeur de l'histoire du climat, n'a cessé de l'affirmer, l'eau est le premier tueur en série de l'histoire. Qu'elle déborde ou qu'elle ne soit pas là, l'eau était meurtrière par ses inondations et ses sécheresses. Souvent, avec un effet retard, car l'eau qui emportait les cultures privait les gens de manger quelques mois après, tandis que l'eau rare concentrait les miasmes du choléra. Enfin, on partait le ventre vide. Dès le début du Néolithique, l'humanité a été régulièrement vidée par des famines et des disettes. Déclenchées par les guerres et les colères du temps, qui amenaient parfois au cannibalisme, elles étaient aussi l'enfant des mauvais labours : trop travaillées, trop sollicitées pour trop de gens, les terres perdaient leur fertilité naturelle (la matière organique) jusqu'à n'en plus pouvoir.
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Frédéric Denhez