Moins connu que son pendant le transhumanisme, le transanimalisme ou post-animalisme se dit des techniques qui modifient les capacités physiques et cognitives des êtres non humains par le biais des technosciences. Pour la première fois en France, un colloque pluridisciplinaire* organisé sous l’égide de la chaire Normandie pour la Paix s’est emparé du sujet pour appeler à la mise en place de garde-fous. L’occasion d’un tour d’horizon.Si le vocable fleure bon le roman d'anticipation, le transanimal, lointain héritier de « l'animal-machine » théorisé par Descartes, ne relève déjà plus de la science-fiction. Depuis plusieurs années, chercheurs et ingénieurs savent influer sur les capacités physiologiques et cognitives de nos congénères non humains par l'intermédiaire des NBIC : nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives. Bien que certaines pratiques restent circonscrites aux laboratoires, la tendance est à l'accélération.
Veaux, vaches, cochons, couvée... tous modifiés?
Poulets génétiquement modifiés pour produire davantage de « blancs », super saumons ou bovins auxquels ont été injectés des gênes qui produisent en permanence de l'hormone de croissance ou augmentent la masse musculaire (donc la production de viande)... les manipulations génétiques se démocratisent dans l'élevage intensif où elles pallient la lenteur des procédés de sélection « artisanaux » connus depuis le paléolithique.
Partout des travaux sont en cours pour améliorer la résistance des animaux aux pathologies, leur tolérance à la chaleur ou les conditions d'élevage, souvent au nom du bien-être animal. La société américaine Recombinetics, spécialisée dans l'édition de gènes a ainsi donné naissance à une portée de porcelets naturellement castrés, et à des vaches sans cornes pour leur éviter des opérations traumatisantes après leur venue au monde. Des éleveurs canadiens ont tenté de leur côté, mais sans succès, de modifier le système digestif du porc pour créer l'Enviropig, un cochon plus propre censé produire moins de lisier.
Le plafond de verre entre espèces se fissure
De plus en plus, l'animal est mis au service de l'amélioration de la santé de l'Homme. En Floride, l'entreprise britannique Oxitec a lâché dans la nature des milliers de moustiques tigre génétiquement modifiés dans l'idée d'éradiquer les maladies (dengue, zika..) transmises par leurs cousins non modifiés. En France, la loi de bioéthique vient d'autoriser la création d'embryons chimères. Autrement dit, des embryons animaux dans lequel sont injectés des cellules humaines pour mieux analyser leur évolution. C'est ce même procédé qui pourrait transformer des mammifères en « banque d'organes ».