Chema Alonso, gros bonnet du big data chez Telefonica

 |   |  890  mots
Chema Alonso est le fondateur d'Informatica 64, une société de cybersécurité, qu'il a vendu en 2013 à Telefonica.
Chema Alonso est le fondateur d'Informatica 64, une société de cybersécurité, qu'il a vendu en 2013 à Telefonica. (Crédits : DR)
Ce hacker et spécialiste reconnu en cybersécurité est devenu le grand manitou du big data au sein du géant espagnol des télécommunications. Derrière son look rock’n roll, il a la lourde tâche de transformer Telefonica en développant de nouveaux services grâce aux monceaux de données générées par ses clients.

Aux portes de Madrid, « Distrito Telefonica » en impose. Dans cette petite ville, un complexe d'énormes bâtisses blanches et grises, plus de 11.000 personnes travaillent tous les jours dans les différentes divisions de l'opérateur historique espagnol. L'endroit fait figure de navire amiral du géant ibérique, aux plus de 50 milliards d'euros de chiffre d'affaires par an. Il faut dire que Telefonica est une vaste multinationale. Elle est présente sur le Vieux Continent (en Espagne, au Royaume-Uni et en Allemagne), mais aussi en Amérique latine (au Brésil, en Colombie, en Argentine, en Uruguay, au Costa Rica ou encore au Chili).

Dans une salle de réunion réservée aux cadres et dirigeants du groupe, l'arrivée de Chema Alonso relève quelque peu du sketch. Dans ce royaume de costumes-cravates et de tailleurs classiques, le gaillard de 42 ans, cheveux longs jusqu'aux épaules et t-shirt affichant un démon rouge, dépote. Pourtant, derrière sa dégaine de bassiste de heavy metal, lui, qui ne se sépare jamais de son bonnet rayé, est l'un des cadres les plus importants et respectés de Telefonica. Depuis le printemps dernier, Chema Alonso est le monsieur big data de l'opérateur ibérique. Ou plutôt son Chief Data Officer (CDO), son titre officiel. Mieux, il siège aussi au comité exécutif, en compagnie des plus hauts dirigeants du groupe.

Une révolution économique et culturelle

Cette sacrée promotion, l'intéressé la justifie par « l'importance » de sa mission : transformer Telefonica, de son business model à ses modes de gouvernance, grâce au big data. L'idée, selon lui, c'est qu'à l'heure du digital, ce vieux paquebot de 93 ans doit chercher des relais de croissance au-delà de la connectivité. Or Telefonica dispose, grâce à ses centaines de millions de clients à travers le monde, de monceaux d'informations avec lesquelles il veut créer de nouveaux services et technologies. Un créneau jugé prioritaire par la direction du groupe, soucieuse de trouver une parade au déclin de ses revenus traditionnels, liés aux abonnements mobiles et Internet fixe.

D'une certaine manière, Chema Alonso incarne cette révolution, économique et culturelle, que Telefonica souhaite mettre en œuvre. A l'extérieur du groupe, ce hacker, spécialiste en cybersécurité et en bases de données, est une star très écoutée du monde de la high-tech. Lui qui est depuis longtemps persuadé que les données sont le pétrole de notre siècle. Au quidam méfiant, il répond comme une évidence : « Avec  les données, on peut tout faire! On peut lutter contre le cancer, retrouver des personnes disparues, garder contact avec ses amis, économiser de l'argent ou encore rendre les routes plus sûres... »

Quand les abonnés contrôlent leurs données

Chez Telefonica, il chapeaute de nombreux projets dans des domaines au premier regard bien éloignés des télécoms. Ainsi, Telefonica s'est associé avec la ville de Barcelone pour améliorer sa gestion du tourisme. Pour ce faire, l'opérateur analyse les données géolocalisées des smartphones de la cité catalane. Une fois anonymisées et croisées avec d'autres, celles-ci permettent d'avoir une idée précise de ce que font les visiteurs, selon leur nationalité et à tout moment de la journée. Grâce aux informations récoltées sur ses réseaux à travers le monde, l'opérateur vend aussi des solutions de cyberdéfense aux entreprises. « On est capable de détecter certaines attaques informatiques avant qu'elles ne surviennent », assure Chema Alonso.

Mais sa fierté du moment, c'est la « quatrième plateforme ». Derrière ce nom barbare, se cache un nouveau dispositif, dopé à l'intelligence artificielle, permettant aux clients de l'opérateur d'avoir la main sur toutes les données qu'ils génèrent avec le groupe. Avec ce système, chacun est libre de partager - ou pas - ses informations personnelles avec Telefonica ou d'autres sociétés (comme Google, Apple et d'autres entreprises qui en ont besoin, notamment pour faire de la publicité ciblée) contre une rémunération ou un service spécifique. Conscient que la protection des données est désormais un sujet sensible, Telefonica se positionne comme un intermédiaire de confiance. En parallèle, l'opérateur espère que toutes ces informations vont permettre de générer de nouveaux services, dont sa « quatrième plateforme » sera, de facto, le principal et indispensable moteur. « Plein de startups, qui ont besoin de données pour lancer leurs services, pourront par exemple directement demander à nos clients d'utiliser les leurs contre un paiement », illustre Chema Alonso.

Le digital et ses « nouvelles lois »

Immergé dans ce « nouveau monde » digital régi par de « nouvelles lois », le CDO se dit aux anges. Lui qui se présente, en rigolant, comme un amoureux d'informatique et de technologies de hacking depuis qu'il a vu Tron. Dans ce film de science-fiction américain sorti en 1982, le héros, un programmeur de jeux-vidéo, lutte contre des programmes malveillants. Chema Alonso l'assure : il ne regrette pas l'époque où il dirigeait sa propre startup de cybersécurité, Informatica 64, rachetée  en 2013 par Telefonica. « J'ai toujours travaillé avec mes équipes exactement comme je le voulais », insiste-t-il. Soucieux, visiblement, de cultiver une image d'électron libre.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 13/05/2017 à 15:04 :
Et bien il est en train de se faire méchamment allumer après le wannacry dans tous les médias espagnols!!
a écrit le 04/05/2017 à 9:41 :
sniffer des ports, regarder des fichiers de logs, ou analyser des donnees, ca n'a rien a voir!!!!!!!
c'est comme faire de la patisserie et reparer une voiture; c'est d'autant plus vrai que faire du big data c'est bien, faire qqch avec ses donnees, c'est encore d'autres competences!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :