Tensions sur l'hélium : pourquoi la décision de Pékin menace l'industrie et la santé en Europe
latribune.fr
L'hélium a été classé en juin par Lip-Bu Tan, patron d'Intel, comme l'un des trois goulets d'étranglement majeurs de la production de puces pour l'IA, aux côtés de l'énergie et de la mémoire.
L'hélium, gaz irremplaçable pour l'IA et l'imagerie médicale, est au cœur d'une crise mondiale. La suspension des exportations chinoises, sur fond de tensions géopolitiques, révèle la fragilité des chaînes d'approvisionnement et l'urgence pour l'Europe de trouver des alternatives.
Voici dix jours, le 10 juillet, Pékin a décidé de suspendre sans préavis ses exportations d’hélium afin de préserver son industrie nationale. La Chine ne produit certes que 1,6 % de l'hélium mondial, mais elle jouait jusqu'alors un rôle central pour la réexportation de ce gaz, permettant notamment à une partie de l'hélium d'origine russe de parvenir en Europe malgré l'embargo instauré par l'Union européenne en 2024.
En bloquant tout départ de gaz sous le couvert de sa loi sur le commerce extérieur le 10 juillet 2026, Pékin a définitivement fermé ce canal de contournement, étranglant des acheteurs européens déjà privés de production domestique.
« L'interdiction d'exporter de l'hélium est clairement une mesure visant à protéger l'approvisionnement national après la reprise du conflit avec l'Iran. »
Cory Combs, responsable de la recherche au cabinet Trivium China
Quel est l'objectif poursuivi par Pékin à travers ce rationnement ?
La Chine dépend de l'étranger pour environ 85 % de sa consommation d'hélium. Sa décision intervient dans un contexte de crise énergétique et géopolitique globale. D'une part, le Qatar, qui assure un tiers de la production mondiale et fournit 85 % des besoins chinois, subit de fortes tensions depuis les frappes visant ses installations de Ras Laffan en mars. D'autre part, la reprise des échanges de tirs entre les États-Unis et l'Iran dans le détroit d'Ormuz menace à nouveau l'offre qatarie.
Pour éviter les pénuries domestiques, Pékin réserve désormais l'intégralité du gaz disponible à ses champions de la haute technologie, à commencer par le fabricant de puces mémoire CXMT. Cette décision prolonge la stratégie chinoise de sécurisation de ses approvisionnements, après les restrictions imposées sur le gallium, le germanium, le graphite et les terres rares.
Le ministère du Commerce et les douanes chinoises ont présenté cette interdiction comme une mesure temporaire, sans toutefois fournir de date d'échéance ni de calendrier de révision. Le sort réservé aux contrats internationaux signés avant la décision du 10 juillet ou aux cargaisons déjà en transit maritime demeure aujourd'hui très incertain.
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