Apporter à la société ce dont elle a besoin

Nouveau président du jury du concours i-Lab, informaticien et mathématicien, co-fondateur de Cosmo Tech et président de l'IRT SystemX, Michel Morvan veut en finir avec les silos, pour créer une société innovante et résiliente. D'ailleurs, selon lui, la France dispose de tous les atouts pour être un leader mondial de la transformation digitale.

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Michel Morvan, président du jury du concours i-Lab.
Michel Morvan, président du jury du concours i-Lab. (Crédits : DR)

C'est sans doute parce que Cosmo Tech, la société de deeptech qu'il a co-fondée en 2010, a été lauréate du concours i-Lab (en 2011) que Michel Morvan, nouveau président du jury du concours d'innovation de l'Etat depuis 1999 et opéré par Bpifrance, est sensible au transfert des résultats de la recherche académique vers l'entreprise et le public. « Je l'ai fait, je l'ai vécu, je l'ai appris », dit-il d'une traite.

Mais c'est surtout parce que ce scientifique est un touche à tout - il a été directeur scientifique et vice président Innovation du groupe Veolia et professeur invité du Santa Fe Institute ; il a fondé et dirigé l'Institut rhônalpin des Systèmes Complexes et lancé la Conférence Européenne sur les Systèmes Complexes - et qu'il refuse les silos... « La Covid nous a montré l'extrême importance de la science et ses limites, mais aussi que tout est relié : le sanitaire, le social, le scientifique, enchaîne-t-il. Il s'agit donc de faire tomber les barrières et de faire en sorte que toutes les forces - recherche académique, start-up, grands groupes - s'allient pour, ensemble, apporter à la société et à la France ce dont elle a besoin ».

Maîtrise de la complexité

Il s'est déjà attaqué à l'étude des dossiers des postulants à l'édition 2021 du concours i-Lab - « beaucoup de créativité et d'idées, dit-il, c'est très vivifiant » - mais sa vision va bien au-delà. Elle embrasse la stratégie économique et industrielle du pays. Elle englobe une réflexion sur l'organisation des entreprises. Et elle se fonde sur la maîtrise de la complexité.

« Une société résiliente nécessite de l'innovation, explique-t-il. Et c'est ce à quoi nous travaillons avec Cosmo Tech ». La société propose des jumeaux numériques, autrement dit, des répliques virtuelles de l'ensemble d'une organisation, dans le but de simuler l'avenir afin de l'y adapter. « Avec cette représentation numérique, nous étudions tous les aléas - un pays qui ne pourrait plus produire ou acheter, par exemple. C'est extrêmement complexe et les impacts pour un grand groupe industriel peuvent se chiffrer en dizaines ou centaines de millions d'euros chaque année ».

Pour Michelin, par exemple, Cosmo Tech a fait tourner son système de jumeaux numériques et étudié pas moins de 80 000 façons possibles d'organiser la chaîne de production de pneus, en fonction de ses unités réparties un peu dans le monde. Grâce aux jumeaux numériques, ce groupe industriel peut économiser jusqu'à 60 % du coût de transport. L'entreprise est donc plus robuste, sans oublier la diminution des émissions de CO2 liées au transport.

L'apport de la deeptech

De quoi influencer sa vision des relocalisations, de la souveraineté économique, de la compétitivité... « Il ne s'agit pas, en tentant de tout produire au même endroit, d'introduire de nouvelles fragilités si, en cas de crise, la production n'y est plus possible », relève-t-il. C'est donc via la deeptech que la stratégie des entreprises, et celle de la France, peuvent être plus clairvoyantes. Bien sûr, à cela s'ajoutent désormais les risques que fait peser le réchauffement climatique sur les affaires. Un autre défi, sur lequel travaille Cosmo Tech. Mais déjà, d'une petite équipe à Lyon, la société est devenue leader mondial des jumeaux numériques simulables appliqués à l'industrie, avec des partenaires comme Microsoft. « Nous avons un véritable impact, s'exclame Michel Morvan. Et le concours i-Lab est un maillon de cette chaîne ».

Le concours, qui permet aux chercheurs de réfléchir, dans l'élaboration d'un dossier très exigeant, à des enjeux dont ils sont peu familiers - études de marché ou pitch pour des investisseurs - finance jusqu'à 600 000€, également leurs premiers pas en tant qu'entrepreneurs. Mais c'est sur l'importance de l'impact pour la société dans son ensemble, gratifiante pour les entrepreneurs en herbe, qu'il veut axer sa présidence. Et sur l'impact de la France dans le monde. Car Michel Morvan en est persuadé : entre l'excellence de sa recherche académique et son écosystème pour favoriser l'éclosion de start-up en passant par la force de frappe de ses grands groupes, la France a tous les atouts pour être un leader mondial de la transformation digitale.

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