La source de l’innovation

La « deep tech » fait désormais partie du paysage. Elle se définit par des découvertes scientifiques en rupture avec l’existant et par des innovations qui influent sur les grands enjeux planétaires que sont l’environnement, la santé, la ville intelligente et durable, la production et le travail. Aujourd’hui, un véritable écosystème émerge pour soutenir les entrepreneurs de ce secteur.

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(Crédits : iStock)

Finis les Jeff Bezos, les Mark Zuckerberg et les Travis Kalanick. Ces entrepreneurs à succès n'ont rien fait de plus que s'appuyer sur des technologies existantes pour lancer Amazon, Facebook et Uber. À peine ont-ils inventé, dans le cas d'Uber par exemple, un nouveau business model, fondé sur l'économie du partage. Place aux nouveaux héros de l'entrepreneuriat. Ce sont les chercheurs. Des scientifiques qui, par leurs découvertes, proposent des ruptures avec l'existant. Dans des domaines aussi divers que les matériaux avancés, l'intelligence artificielle, la biotechnologie, l'informatique quantique... Certaines de ces innovations - pour éliminer le plastique non recyclable, permettre la traçabilité des produits agroalimentaires, prévoir les ouragans, prévenir les cancers ou les accidents du travail - sont déjà là. D'autres, comme l'informatique quantique, sont en gestation.

Dans tous les cas, les enjeux sont énormes. Il s'agit de permettre aux humains de préserver leur planète, leur santé, leur bien-être. Bref, de vivre mieux, en transformant leur quotidien. Autant dire que ces technologies profondes sont à cultiver, à encourager, à chouchouter, même. Et quoi de mieux pour le faire que de mettre sur pied un véritable écosystème apportant le soutien financier, l'accompagnement et le mentoring dont ces chercheurs, souvent immergés dans leurs recherches, ont besoin pour déployer leurs ailes et faire en sorte que leurs innovations ne restent pas de belles découvertes de laboratoires, mais deviennent des outils ou des produits qui serviront à tous ?

Il s'agit de permettre aux humains de préserver leur planète, leur santé, leur bien-être.

Le gouvernement français l'a bien compris. Depuis vingt ans, les autorités mettent en oeuvre un programme phare, le concours d'innovation i-Lab, doté de 20 millions d'euros par an depuis cette année. Pour que les prochains héros soient français. Il n'est pas seul. Nombre d'investisseurs, publics et privés, sont désormais à la manoeuvre dans ce nouveau domaine. Selon l'étude de mars 2019 réalisée par le Boston Consulting Group (BCG) avec Hello Tomorrow (une ONG dont la mission est de renforcer le potentiel et l'impact de la deep tech), les investisseurs privés mettent de plus en plus de fonds à disposition de sociétés qui privilégient les recherches en technologie de rupture.

Le nombre de sociétés de la « deep tech » américaine décline

Dans les sept catégories les plus actives (matériaux avancés, intelligence artificielle, biotechnologie, blockchain, drones et robotique, photonique, électronique, informatique quantique), les investissements ont progressé de plus de 20 % par an entre 2015 et 2018, pour atteindre près de 18 milliards de dollars.

Et si 53 % des sociétés de la deep tech sont basées aux États-Unis, leur nombre de même que leur part de marché dans le monde ne cessent de décliner depuis quelques années. Pas étonnant puisque, selon les données de l'Association américaine pour l'avancement de la science, par rapport au PIB, les dépenses fédérales américaines en R&D sont passées de 1,2 % en 1976 à 0,7 % en 2018. Dans le même temps, selon les données compilées par The Economist, les investissements chinois ont bondi de 400 % !

Enfin, les dépenses totales (publiques et privées) en matière de R&D équivalent, aux États-Unis, à 2,7 % du PIB, en Chine, à 2,1 % et en Europe, à 2 %.

L'intérêt des investisseurs pour la deep tech est d'autant plus encourageant que ces technologies requièrent souvent beaucoup de temps - et d'argent - pour atteindre leur maturité et être commercialisées à grande échelle. Et les sociétés nouvellement créées par des chercheurs qui souhaitent faire profi ter la société de leurs découvertes nécessitent des fonds très en amont de la commercialisation. « Dans la deep tech, le financement public joue un rôle essentiel en amorçage », relève d'ailleurs l'étude du BCG et de Hello Tomorrow. À cet égard, le gouvernement français joue pleinement son rôle avec le concours i-Lab. Non seulement il envoie un signal fort aux chercheurs/entrepreneurs quant à sa volonté de prendre des risques, mais en plus le label i-Lab incite ensuite des investisseurs privés à le rejoindre.

Convergence des acteurs

Mieux encore, la deep tech bénéficie désormais d'une convergence d'acteurs - laboratoires publics et privés, incubateurs, accélérateurs, investisseurs - qui donnent naissance à un véritable écosystème permettant aux chercheurs/entrepreneurs de bénéficier des ressources indispensables pour sortir leurs innovations du laboratoire et les transformer en produits commercialisables et commercialisés. Une convergence de nature à amplifier le potentiel de ces technologies de rupture et à créer l'élan nécessaire à une nouvelle révolution planétaire, dont la France fait partie.

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Les dates clés du concours i-Lab

Mi-février de chaque année

Clôture des dépôts de dossiers, soigneusement préparés. Les entreprises créées jusqu'à deux ans avant la date de clôture peuvent être épaulées par des sociétés d'accélération du transfert de technologies (SATT) régionales, les délégations
régionales à la recherche et à la technologie (DRRT), Bpifrance, des incubateurs et des accélérateurs.

Début mars de chaque année

Les dossiers sont étudiés par les secrétariats techniques régionaux, composés d'une délégation régionale à la recherche et à la technologie, en association avec Bpifrance. Une première sélection est effectuée. Les dossiers sélectionnés sont transmis au jury national.

Mi-mars à début mai

Les porteurs de projet sont auditionnés par un consortium d'experts se déplaçant en région. Des tests RH sont réalisés par un cabinet spécialisé.

Mi-juin de chaque année

Le jury national, composé de 50 membres qui se sont vu attribuer chacun une dizaine de dossiers (chaque dossier étant attribué à deux jurés), se réunit pour délibérer.

Début juillet de chaque année

Les noms des lauréats sont dévoilés. Chaque lauréat a un mentor, qui le guidera pendant plusieurs mois pour peaufiner sa stratégie, envisager une levée de fonds, réaliser des prototypes et accélérer le transfert de sa technologie vers le marché.

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