Utiliser les séquenceurs du génome pour dépister massivement la Covid -19

Lancée en 2017 et lauréate du concours i-Lab la même année, la société montpelliéraine de biotech SeqOne n'a pas hésité un instant. Elle a proposé de mettre son outil d'analyse génomique au service de la lutte nationale contre le nouveau coronavirus.

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(Crédits : SeqOne)

Un virus n'est après tout qu'un petit morceau d'ARN (l'acide ribonucléique) : c'est en partant de cette évidence que Nicolas Philippe et Jean-Marc Holder, respectivement CEO et COO de SeqOne, une société de biotech montpelliéraine spécialisée dans l'analyse génomique, ont décidé de plancher sur un outil pour aider au dépistage de la Covid-19. « Aujourd'hui, les tests Covid sont analysés avec des machines traditionnelles, par batch de 300 à 2000 patients, explique Nicolas Philippe. En utilisant la puissance de lecture de notre logiciel, nous pourrions paramétrer entre 20 000 et 150 000 tests à la fois ». Un avantage énorme, qui permettrait d'accroître la capacité de dépistage de la France en accélérant l'analyse des tests.

Redonner à la société

Et un acte citoyen de la part de deux dirigeants. « Dès le mois de mars, après la lecture d'une publication américaine montrant qu'il était possible d'analyser l'ARN de plusieurs personnes en une seule manipulation de séquençage, nous avons arrêté notre R&D, centrée sur des outils d'analyse génomique en vue de rechercher les prédispositions génétiques grâce au séquençage ADN et de diagnostiquer les maladies rares et personnaliser le traitement des cancers, pour nous concentrer sur de la R&D Covid », poursuit Nicolas Philippe. « Un vrai 'defocus', ajoute Jean-Marc Holder, et un risque pour nous. Non seulement nous n'avions pas fait d'étude de marché mais en plus, nos investisseurs nous attendent avant tout sur nos spécialités... ».

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Nicolas Philippe et Jean-Marc Holder ne regrettent pas ce choix. « Cela aurait été humainement difficile de ne rien faire, sachant que nous pouvons être utiles », s'exclament-ils. D'autant qu'être citoyens fait partie des valeurs de la start-up, lancée en 2017 avec le soutien de la SATT AxLR, le CHU de Montpellier, le BIC, la Région Occitanie et l'université de Montpellier, et lauréate du concours i-Lab la même année. « Sans le soutien et l'impulsion des pouvoirs publics, de la SATT AxLR, de la région et la métropole de Montpellier, et sans l'apport financier du concours i-Lab au départ, nous n'aurions pas pu exister, développer notre produit, obtenir son marquage CE et le mettre sur le marché », enchaîne Nicolas Philippe. Alors, si la biotech montpelliéraine peut « redonner à la société », c'est la moindre des choses, ajoute Jean-Marc Holder.

Un appel de Frédérique Vidal

Les deux entrepreneurs se sont donc, dès le 31 mars, rapprochés du Comité analyse, recherche et expertise (CARE) Covid-19, organe indépendant mis en place le 24 mars par Emmanuel Macron et installé auprès d'Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, et de Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation. « Et dès le 1er avril, la ministre Frédérique Vidal m'a appelé pour mieux comprendre notre technologie et nous soutenir », se souvient Nicolas Philippe. Aujourd'hui, la preuve de concept a été réalisée, et les deux entrepreneurs n'attendent plus que le feu vert gouvernemental - qui s'inscrit dans une stratégie plus large - pour entamer les étapes de validation et de mise sur le marché, auprès des laboratoires. En attendant, la trentaine de chercheurs de SeqOne a repris avec la même ardeur ses recherches habituelles sur le séquençage génomique.

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