En 2017, la nouvelle drogue n'est pas chimique mais technologique (Yacine Ait Kaci, Elyx)

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Elyx, le personnage inventé par Yacine Ait Kaci.
Elyx, le personnage inventé par Yacine Ait Kaci. (Crédits : Yacine Aït Kaci)
[ SERIE 3/5 ] Des personnalités marquantes de la high-tech ont confié à "La Tribune" leur vision de l'année 2017 dans l'univers des nouvelles technologies. Ces contributions sont extraites du dossier "Technologies : quelles disruptions en 2017 ?" paru dans "La Tribune Hebdo" n°194, en kiosque la veille de Noël. Aujourd'hui, la parole est à Yacine Ait Kaci, dessinateur d'Elyx, ambassadeur virtuel de l'ONU.

En 2016, le monde a connu une nouvelle accélération technologique, avec les débuts de la voiture autonome, la victoire de Google face au champion du monde de go, l'arrivée de l'intelligence artificielle dans les smartphones. Cette mondialisation par la science engendre de nouvelles guerres économiques, où la Californie et la Chine font la course en tête. À quoi peut-on s'attendre en 2017 ? Voici les prédictions les plus folles de six experts !

Elyx - City

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En 2017, la nouvelle drogue n'est pas chimique mais technologique

Par Yacine AIT KACI, dessinateur d'Elyx, ambassadeur virtuel de l'ONU

Un monde politique plus imprévisible. Une nouvelle règle se fait jour : si les sondages donnent un candidat gagnant à l'élection présidentielle, c'est qu'il ne sera pas élu. Ces derniers mois, les sondages ont systématiquement donné une image inverse de la réalité (Brexit, Trump). Ce n'est pas tant la « faute » des sondeurs que l'extrême difficulté à analyser une opinion morcelée par l'éclatement des médias en réseaux sociaux. Ces derniers ont une fâcheuse tendance algorithmique à montrer le monde tel qu'on voudrait le voir. Du coup, les civic techs vont connaître un engouement sans précédent : du fait de l'élection présidentielle et de l'appétit des Français pour la chose politique, le grand public va découvrir ce qui, aujourd'hui, ne concerne qu'une communauté encore restreinte, très motivée et organisée. Le décalage entre le pouvoir centralisé et la puissance partagée va devenir de plus en plus criant et s'installer dans les mentalités, notamment auprès des générations qui ont grandi avec le numérique.

Les premières voitures autonomes commencent à sillonner les routes de France. On les reconnaîtra encore difficilement car elles ont encore des chauffeurs, les mains posées sur les genoux, mais le début de cette histoire est en route. Le nouveau pouvoir devra encadrer l'émergence d'une pratique dont on mesure encore mal l'ensemble des conséquences.

C'est le business qui sauvera le climat. Cela fait trente ans que le Giec et les écologistes tirent la sonnette d'alarme. Et si finalement c'était le pragmatisme des acteurs économiques qui était sur le point de tout changer ? Certes il y a le climat, mais il y a surtout un secteur des énergies renouvelables en plein boom et un kilowattheure vert dont le prix chute de manière exponentielle, ce qui fait réfléchir même les sociétés les moins vertueuses en termes d'environnement. Quant aux Gafa et autres Natu, elles sont en première ligne dans cette révolution. Les États-Unis ont beau avoir mis à leur tête un climatosceptique, Trump n'en reste pas moins un homme d'affaires et le Green commence à être bon pour le business.

L'intelligence artificielle s'impose. Déjà présente dans nos vies de manière imperceptible, l'IA va faire sa place dans notre quotidien pour le meilleur et parfois pour le pire. Le pire, c'est l'exemple donné l'année dernière par l'IA que Microsoft avait dû désactiver au bout de quelques jours, car au contact des internautes sur Twitter elle était devenue raciste, homophobe et misogyne... Le meilleur pourrait venir de la communauté scientifique et de la recherche, motivée par le célèbre Ansari X Prize auquel on doit le regain d'intérêt pour la course à l'espace et qui dédie sa prochaine dotation de 5 millions de dollars à une équipe en mesure de développer un usage socialement bénéfique de l'IA pour au moins 1 milliard d'habitants de la Terre. Cette compétition va permettre de motiver et de concentrer d'innombrables talents sur les usages positifs de l'IA. Ils sont déjà nombreux, notamment dans les domaines de la médecine et de l'analyse des données.

La nouvelle drogue n'est pas chimique, mais technologique. L'avènement de la VR, la réalité virtuelle, connaîtra en 2017 de nouveaux paliers dans ses usages et dans son adoption par le grand public. Facebook mise beaucoup sur un réseau social immersif et l'impressionnante sensation de réalité laisse entrevoir des possibilités aussi passionnantes que problématiques. Outre les effets sur les yeux et le cerveau, qui ne sont pas négligeables, il est trop tôt pour se rendre compte des changements de comportement que pourraient provoquer, par exemple, des jeux vidéo violents avec cette sensation encore plus réelle de tenir une arme et de tirer sur des êtres numériques qui semblent à nos yeux avoir la même taille et la même présence que notre propre corps. À l'inverse, la promesse de paradis artificiels pourrait également finir de faire perdre pied dans une réalité souvent anxiogène. Il reste les artistes, les créateurs et les innovateurs de tout poil pour produire les oeuvres qui feront passer le domaine de curiosité technologique à un véritable usage, vecteur d'émotions positives. Les Truffaut, Spielberg et Musk de la réalité virtuelle travaillent probablement en ce moment même à une nouvelle révolution des médias. À suivre...

La société post-Babel. Dans le roman de science-fiction Le Guide du voyageur galactique de Douglas Adams, un petit poisson qu'on se met dans l'oreille, nommé Babel Fish, permettait à celui qui l'utilisait de comprendre instantanément toutes les langues de l'univers. La réalité a rattrapé la fiction et plusieurs oreillettes de ce type ont été développées. L'année 2017 pourrait voir leur avènement et leur adoption à large échelle, ce qui modifiera considérablement notre rapport à l'autre et au monde. Imaginez pouvoir tenir une conversation sommaire avec un Indonésien ou un Japonais ! En revanche, pour les négociations internationales, mieux vaut ne pas tenter de se passer des traducteurs humains, avec la culture et la subtilité qui les caractérisent...

Les Objectifs de développement durable de l'ONU se concrétisent. Signés par l'ensemble des États membres des Nations unies en septembre 2015, ces 17 objectifs d'un monde meilleur à atteindre d'ici à 2030 sont encore peu ou mal connus du grand public. Plus l'échéance va se rapprocher, plus on en entendra parler. L'action contre le changement climatique (ODD n°13) est probablement l'objectif qui a fait le plus de bruit et sur lequel les États se sont d'abord mobilisés avec plus ou moins de succès. L'arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis sera un frein mais en partie seulement, car, du côté des entreprises, des villes et de la société civile, l'agenda reste inchangé. Le nouveau secrétaire général des Nations unies, le portugais António Guterres, succédant au coréen Ban Ki-moon qui occupa le poste pendant dix ans, fait face à une situation particulièrement tendue avec la nouvelle présidence américaine. Mais un mouvement mondial mobilise les opinions. Désormais enseignés dans les écoles, ces objectifs pourraient permettre à une génération entière d'échapper à l'injonction de pessimisme ambiant pour prendre son avenir en main et entrer dans une deuxième séquence du XXIe siècle, résiliente, optimiste et bienveillante.

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Déjà publié :

En 2017, la France en tête du capital-risque ? par Gilles Babinet, Digital Champion auprès de la Commission européenne

En 2017, le début de la révolte contre la technologie, par Laurent Alexandre, président de DNA Vision.

En 2017, instabilité mondiale et importantes avancées technologiques, par Philippe Cahen, prospectiviste.

En 2017, biodiversité, mobilité, services seront les enjeux majeurs de la Living City, par Carlos MORENO, spécialiste de la ville intelligente et humaine

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Commentaires
a écrit le 06/01/2017 à 9:11 :
Bon sang on dirait un prêcheur ! Beaucoup d'affirmations, de visions, de prophéties que les médias de masse nous rabâchent sans cesse sans que la réalité ne leur donne raison.

Plutôt indigeste, plutôt que de nous asséner une série de prémonitions, en développer une seule serait bien plus intéressant.

Ça fait vraiment pas sérieux et me fait penser à cette commissaire européenne adoratrice de la secte "Amma". Au lieu de chercher à comprendre les phénomènes on cherche des vérités sur lesquelles se reposer.

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