Le géant américain poursuit son expansion sur le marché mondial du cloud pour les gouvernements. Des données top secrètes australiennes seront ainsi stockées dans un cloud conçu spécifiquement par Amazon. Trois centres de données seront construits sur l'île-continent.
Des données ultra-secrètes d'agences militaires et de renseignement australiennes seront stockées dans un cloud conçu tout spécialement par le géant américain Amazon, a annoncé Canberra ce jeudi. L'accord s'élève à 1,3 milliard de dollars. Le gouvernement australien a indiqué qu'Amazon Web Services (AWS), entité chargée de gérer le cloud d'Amazon, concevra un cloud « top secret ».
Selon un communiqué du gouvernement, cela permettra « une plus grande interopérabilité et une collaboration plus approfondie avec les Etats-Unis », l'un des plus fidèles alliés militaires de l'Australie. La responsable des services secrets australiens, Rachel Noble, a déclaré que l'informatique dématérialisée permettra également de seconder « Redspice », son programme de défense et de renseignement en matière de cybersécurité. Au total, Amazon construira trois centres de données dans l'immense île-continent.
Le marché du cloud en plein expansion avec l'IA générative
Amazon, numéro un mondial du cloud, s'efforce de persuader les services publics et organisations non-gouvernementales de se joindre à la révolution de l'intelligence artificielle (IA) générative, alors que la course à cette technologie de pointe s'intensifie avec Microsoft et Google. Sa branche AWS, est persuadée, comme ses rivales, que l'IA générative (à l'œuvre dans ChatGPT) peut améliorer en profondeur des domaines comme la santé ou la sécurité. Pour permettre aux institutions et associations intéressées de tester leurs idées, l'entreprise a annoncé fin juin un investissement de 50 millions de dollars sur deux ans.
Cette course est intimement liée au marché du cloud, car cette technologie, comme le streaming vidéo et les plateformes sur internet, ont besoin des serveurs et services d'informatique à distance pour fonctionner. La taille du marché mondial du cloud pour les gouvernements est estimée à 35,5 milliards de dollars en 2024 et devrait plus que doubler au cours des cinq prochaines années, selon Mordor Intelligence, un cabinet d'études de marché.
Amazon, pionnier et leader du commerce en ligne, s'est lancé dans le cloud en 2006, quand le groupe s'est rendu compte que ses partenaires et vendeurs tiers ne voulaient pas investir eux-mêmes dans de coûteuses salles des machines. AWS représente désormais près de 20% du chiffre d'affaires total de l'entreprise et génère environ deux tiers de ses bénéfices.
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Si les États-Unis représentent la plus grande part du gâteau, celle de l'Europe croît rapidement aussi. Récemment, le géant américain a annoncé investir 10 milliards d'euros supplémentaires en Allemagne d'ici 2026 pour développer le cloud dans le pays. Une enveloppe qui s'ajoute à un investissement de 7,8 milliards d'euros annoncé en mai pour développer, outre-Rhin, le « cloud souverain » européen, un projet destiné à héberger sur le sol de l'UE les données des entreprises du continent.
Par ailleurs, l'entreprise a déjà annoncé en mai une nouvelle enveloppe de 15,7 milliards d'euros en Espagne et de 1,2 milliard d'euros en France pour développer ce service.
Ces investissements surviennent en plein débat, dans l'UE, sur la question du « cloud souverain européen ». Ce dernier doit permettre le stockage et le traitement de données en ligne sans passer par les géants technologiques américains. Actuellement, près de 80% du marché du « cloud » européen à destination des services publics est contrôlé par trois groupes américains, AWS, Google et Microsoft. Résultat, les alternatives européennes peinent à se démarquer. Dans ce contexte, la Commission européenne cherche à aider des entreprises européennes capables de gérer des infrastructures de « cloud » à se développer, afin d'héberger les données les plus sensibles.
Une certaine exaspération
L'expansion du cloud reste par ailleurs freinée par les lois nationales qui exigent parfois que les données restent souveraines et sauvegardées localement, obligeant les géants américains à construire des centres de données sûrs dans le monde entier. Les gouvernements et institutions préfèrent en général l'informatique classique, plus prévisible, même si AWS affirme se différencier de ses concurrents en accordant une priorité absolue à la sécurité et en s'assurant en amont que ses outils d'IA sont prêts à être déployés.
Malgré les usages innombrables, le succès certain d'AWS, et les abondantes recettes fiscales pour les localités des centres de données, leur prolifération suscite aussi une certaine exaspération. Car les bâtiments peuvent encombrer le paysage. Les centres de données sont également très énergivores et pèsent donc lourdement sur l'approvisionnement local en électricité, mettant à rude épreuve des réseaux électriques déjà fragiles.