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Atos : le conseil d'administration choisit le consortium Onepoint, le milliardaire Kretinsky écarté

latribune.fr

Publié le 11 juin 2024 à 05:37 - Mis à jour le 11 juin 2024 à 10:42

e conseil d'administration de l'ex-fleuron informatique français a pris la décision de poursuivre avec la proposition du « consortium Onepoint ».

e conseil d'administration de l'ex-fleuron informatique français a pris la décision de poursuivre avec la proposition du « consortium Onepoint ».

Stephane Mahe

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le conseil d'administration du groupe Atos, lourdement endetté, a annoncé ce mardi choisir l'offre de reprise du consortium mené par Onepoint, son principal actionnaire, au détriment de celle de l'homme d'affaires tchèque Daniel Kretinsky, la considérant « mieux orientée en matière d'intérêt social de la société ».

[Article publié le mardi 11 juin 2024 à 07h37 et mis à jour à 12h42] Fin de la partie pour le milliardaire Daniel Kretinsky. Le conseil d'administration de l'ex-fleuron informatique français a pris la décision de poursuivre avec la proposition du « consortium Onepoint », composée de Onepoint, Butler Industries, Econocom ainsi que d'un groupe de créanciers financiers de la Société.

«Atos travaillera avec le consortium Onepoint (emmené par David Layani, NDLR) pour parvenir à un accord définitif de restructuration financière qui sera ensuite mis en oeuvre par le biais d'une procédure accélérée dédiée d'ici juillet 2024», a indiqué le groupe informatique français, dans un communiqué.

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La dernière bataille d'Atos commence entre Layani, Kretinsky et les créanciers

David Layani, le président fondateur de Onepoint, a rapidement réagi dans la matinée : « Entièrement mobilisés pour qu'Atos redevienne un acteur majeur de la souveraineté numérique française et européenne sur la scène internationale, nous allons déployer tous nos efforts pour aboutir rapidement à une solution pérenne, qui dote le groupe d'un bilan assaini, d'un projet clair et d'une équipe de Direction déterminée, au nom des talents, des clients et de toutes les parties prenantes du Groupe ».

A la Bourse de Paris, le cours d'Atos chutait de plus de 10% à 12 heures à la suite de cette annonce qui entraînera une « dilution massive » pour les actionnaires existants, qui détiendraient « moins de 0,1% du capital social », a prévenu l'entreprise.

Plus de critères

Lourdement endetté, Atos devait choisir un repreneur. Encore la semaine dernière, deux propositions de restructuration financière s'offraient au groupe : celle d'EPEI, du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, allié au fonds Attestor et l'autre du consortium mené par Onepoint, son principal actionnaire, et emmené par David Layani.

Mais la proposition du consortium mené par Onepoint répondait à plus de critères : « Le Conseil d'administration a conclu, sous l'égide de la Conciliatrice, que la proposition reçue du consortium Onepoint est la mieux orientée en matière d'intérêt social d'Atos, y compris de ses salariés, clients, fournisseurs, créanciers, actionnaires et autres parties prenantes », précise le communiqué de presse du groupe.

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La proposition respecte également les «principaux paramètres financiers fixés par la Société, assure une structure de capital plus solide et apporte notamment des liquidités financières adéquates pour financer l'activité».

Pour rappel, embourbé dans une crise financière depuis près de trois ans, qui a fait notamment chuter sa valorisation boursière à des niveaux inédits sous les 2 euros, Atos avait enclenché en février une procédure de restructuration, sous l'égide la spécialiste du sauvetage d'entreprises Hélène Bourbouloux, qui avait notamment travaillé sur les dossiers Casino ou Orpéa. L'ex-fleuron de la « French Tech » a annoncé début mai avoir besoin de 1,1 milliard d'euros de liquidités pour son activité en 2024-2025 et vouloir réduire de 3,2 milliards d'euros sa dette brute, qui avoisine les 5 milliards, pour sauvegarder son activité.

Dans le détail, la proposition du consortium Onepoint comprend principalement la restructuration de la dette financière du groupe ainsi que l'instauration d'une structure de capital durable. Elle propose également 2,9 milliards d'euros de dette existante à convertir en fonds propres. « Sous réserve d'ajustements finaux », elle est assortie de l'apport de 1,5 milliard d'euros sous forme de dette et d'une augmentation de capital de 250 millions d'euros, entraînant la répartition du capital suivante: 21% pour le consortium mené par Onepoint et 9% pour les obligataires.

Echec du milliardaire tchèque

De son côté, Daniel Kretinsky, longtemps en discussions pour racheter la branche infogérance d'Atos, Tech Foundations, avant de voir les négociations rompues en février, a révisé à deux reprises son offre pour tenter de remporter l'adhésion des créanciers, jusque dans les dernières heures de négociations, mais sans succès.

C'est un premier échec dans l'irrésistible ascension du milliardaire tchèque, qui devrait s'emparer de l'opérateur postal britannique en difficulté Royal Mail pour 4,2 milliards d'euros, après avoir acquis récemment 20% des activités sidérurgiques de l'aciériste allemand Thyssenkrupp ou pris le contrôle du distributeur français Casino.

L'État veut reprendre les activités stratégiques d'Atos

Autre dossier brûlant sur la table pour Atos : le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a annoncé fin mai son intention de placer Worldgrid, la filiale stratégique d'Atos dédiée au « contrôle-commande » des centrales nucléaires françaises, sous le contrôle de l'État. Une annonce qui s'inscrit dans la volonté de l'État d'acquérir les activités d'Atos jugées « stratégiques », afin qu'elles ne tombent pas entre les mains d'acteurs étrangers.

Bercy a ainsi déjà exprimé son intérêt pour d'autres activités souveraines du groupe (supercalculateurs utilisés pour la dissuasion nucléaire, contrats avec l'armée française et produits de cybersécurité). L'émission d'une offre de l'État en vue d'acquérir 100% des branches « Advanced Computing », « Mission-Critical Systems » (MCS) et activités de cybersécurité, pour une valeur estimée « entre 700 millions et 1 milliard d'euros », doit être attendue pour mi-juin 2024.

Le ministère de l'Économie a aussi réalisé un prêt de 50 millions d'euros à l'entreprise et acquis une « action de préférence » lui permettant de mettre son veto à certaines opérations au niveau de Bull, la filiale qui construit ses supercalculateurs. Il n'empêche que l'instabilité politique actuelle avec l'approche de nouvelles élections législatives, à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale, peut encore rebattre les cartes.

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Qui est David Layani, sauveteur d'Atos, entrepreneur à l'ambition sans limites ?

David Layani, l'ambitieux patron de Onepoint, peut enfin se targuer d'avoir réussi son coup avec le géant informatique Atos. Une certaine audace était en effet nécessaire pour s'opposer à l'offre de Daniel Kretinsky. Le milliardaire tchèque, à la tête d'un empire dans l'énergie, la distribution et les médias, dispose d'une fortune de 8,6 milliards d'euros, selon Forbes, quand celle de David Layani avoisine les 800 millions d'euros, d'après le magazine Challenges.

Rien ne semblait destiner David Layani, né en 1979 à Paris d'un père musicien et d'une mère travaillant dans l'événementiel, aux cimes du monde des affaires. Celui qui a grandi dans le quartier de Belleville quitte le lycée à 16 ans, sans le bac, et commence sa carrière en 1999 dans l'entreprise informatique américaine EMC.

Le redouté bug de l'an 2000 n'ayant pas eu lieu, il fonde deux ans plus tard, à 22 ans, la société de conseil en transformation numérique Onepoint, avec un emprunt bancaire de 30.000 euros et le soutien d'un oncle maternel. Le jeune entrepreneur, passionné d'architecture, de chevaux et de musique, ne tarde pas à faire grossir sa société grâce au rachat en chaîne d'entreprises en difficulté.

Implantée désormais dans 16 pays, Onepoint, qui compte 3.300 employés, a effectué près d'une quinzaine d'acquisitions depuis ses débuts. Le groupe passe en dix ans à 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, puis de 50 à 500 millions d'euros les dix années suivantes, raconte une des associées de l'entreprise.

Homme de réseaux

En 2016, Emmanuel Macron, à l'époque ministre de l'Economie, inaugure les locaux de Onepoint dans le 16e arrondissement de Paris.

Trois ans plus tard, c'est Nicolas Sarkozy qui remet à David Layani l'ordre national du Mérite en présence de Gérald Darmanin, alors ministre de l'Action et des Comptes Publics. « Voilà un jeune qui a de l'ambition », s'exclame l'ancien président de la République.

Mais cette connexion se retourne contre David Layani. Depuis octobre 2021, il est mis en examen dans l'un des volets du dossier des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Sarkozy. L'homme d'affaires dément devant la justice « toute forme d'implication dans cette affaire ».

Ces déboires judiciaires n'altèrent en rien ses ardeurs et c'est en 2022 qu'il lance sa première offensive sur le géant Atos, dix fois plus gros que Onepoint. Son offre de 4,2 milliards d'euros pour la reprise de la branche Eviden, regroupant les activités stratégiques, dont la cybersécurité, est rejetée d'emblée par le conseil d'administration.

David Layani ne se décourage pas et attend son heure. Elle arrive en 2023. Accablé par la dette, l'ancien fleuron informatique français voit son action dévisser en Bourse et Onepoint devenir, à la surprise générale, son premier actionnaire avec 9,9% du capital. Un an plus tard, il continue sa campagne, atteint 11% du capital et entre au conseil d'administration d'Atos.

Au moment où le groupe cherche un repreneur, il prend la tête d'un consortium soutenu par la société d'investissement de l'homme d'affaires Walter Butler et l'entreprise Econocom. Avec cette opération, David Layani s'est offert un siège à la table des patrons qui comptent dans l'Hexagone. Et rien ne dit qu'il s'arrêtera là. Cela « ne constitue en rien un aboutissement mais une invitation à continuer », avait-il lancé en recevant l'ordre national du Mérite.

(Avec AFP)

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