Depuis quelques mois, certains observateurs parlent d'un internet « mort » ou « zombie », envahi de bots, de textes et d'images générés par intelligence artificielle. Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l'information et maître de conférences à l'université de Nantes, ne va pas jusqu'à prêcher la mort du web.
Mais le chercheur estime que celui-ci s'est considérablement transformé avec l'apparition de contenus non produits par les humains. Il détaille son analyse de ce « Web synthétique » et de son impact sur notre manière d'interagir, notre langue, et nos normes sociales dans un essai intitulé Les IA à l'assaut du cyberespace, publié le 5 juin chez C&F Editions.
LA TRIBUNE - Vous parlez d'un « Web synthétique », qu'entendez-vous par ce terme ?
OLIVIER ERTZSCHEID - C'est un Internet où les contenus produits par des machines finissent par occuper l'essentiel de l'espace d'expression visible du Web. Aux antipodes d'un Web naturel, organique, où chacun produit lui-même des contenus. Nous savions déjà que les bots, ces programmes informatiques qui publient de manière automatique, occupent une part de plus en plus importante. Ils représentent la moitié du trafic d'Internet et sont aussi producteurs d'information (ou de désinformation). Puis sont venus ChatGPT et les autres IA génératives, ce qui a amplifié ce phénomène.
Qu'est ce que cela a changé exactement ?