Reptik, l'anti-moustique naturel aux origines ancestrales
Colombe Laferté

Reptik gagne le prix Tech for Future 2025, plus grand concours de start-up de France organisé par La Tribune, dans la catégorie Coup de cœur.
Reuters
Colombe Laferté

Reptik gagne le prix Tech for Future 2025, plus grand concours de start-up de France organisé par La Tribune, dans la catégorie Coup de cœur.
Reuters
C'est autour d'un feu de camp un soir de 2009, au Sénégal, dans l'Ouest de l'Afrique, que l'histoire de Reptik trouve son origine. Ce soir-là, Doudou Tamba, en immersion auprès des populations locales lors de sa thèse d'exercice en pharmacie, note un changement dans le comportement des moustiques. En présence de la plante hyptis, une plante aromatique utilisée par les populations locales pour couvrir les récoltes qui ne peuvent être stockées faute de moyens, un « halo de protection se forme qui écarte ces insectes », découvre celui qui deviendra, par la suite, docteur en pharmacie spécialisé en ethnopharmacologie.
Après cette observation et en identifiant le lien entre la présence de la plante et l'absence de moustiques, Doudou Tamba rapporte la plante en France pour l'analyser. Et découvre, avec la faculté de pharmacie et le laboratoire de bio-ingénierie de la faculté d'Aix-Marseille Université, un actif, entre trois et dix-sept fois plus efficace que les produits disponibles sur le marché, pour lequel il dépose un brevet.
Cet actif majoritaire, autorisé par l'Union européenne, est isolé et complété par une formule composée de l'huile essentielle extraite de la plante et d'autres actifs, parmi lesquels l'un provient d'un arbre que les troupeaux de vaches locales scarifient avec leur flanc pour en extraire de la sève, qui éloigne les insectes sanguicoles.
Issu d'une famille de phytothérapeutes qui a conseillé plusieurs souverains de l'Empire Mandingue ou Empire du Mali dès le XIIème siècle, Doudou Tamba se dit être « le dépositaire de ces connaissances avec le prisme des sciences modernes ». En 2019, il implante sa start-up, Tamba Labs, au sein du technopôle de l'Arbois, à Aix-en-Provence.
« La recherche scientifique fait face à un gros déficit de recherche de nouveaux actifs car les molécules sont simplement recyclées depuis que les chercheurs font confiance à l'informatique depuis les années 70. Nous avons choisi de prendre le contrepied méthodologique et d'observer avant tout la nature pour, par la suite, trouver des solutions », admet l'entrepreneur-chercheur, qui s'inscrit dans un processus d'ethnopharmacologie et de biomimétisme, « comme avant ».
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Mais si l'anti-moustique qui découle de la plante hyptis permet une protection efficace pendant plus de huit heures, sur le continent africain, la plante est considérée comme invasive et est à l'origine de problèmes de biodiversité, ne pouvant pas nourrir les animaux qui la craignent.
« Notre objectif est de transformer ce problème environnemental en une opportunité de création d'emplois, de richesse et de lutte contre les maladies », assure le docteur de 47 ans. Car les maladies transmises par les moustiques ne cessent de se développer, à tel point que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) révélait qu'en 2023, 95 % des décès dus à la maladie du paludisme étaient enregistrés dans la Région africaine. « C'est une utopie de vouloir éliminer le moustique. Il faut apprendre à vivre à côté, avec des solutions non nocives pour l'homme et la nature ».
Reptik est disponible en e-commerce sous la forme de spray depuis l'été 2024. Grâce aux préventes, l'entreprise composée de neuf membres espère un chiffre d'affaires d'un demi-million d'euros en 2025, avant d'atteindre deux millions en 2026 à l'échelle nationale. La déclinaison en diffuseur de Reptik est prévue pour 2026, car à l'inverse des produits chimiques qui contribuent au développement d'une défense des moustiques s'y habituant, nommée la pression de sélection, le diffuseur Reptik est une « innovation de rupture », qui répand une dose minimum et qui contrôle ainsi la pression de sélection.
Au printemps 2025, l'entreprise va réaliser une levée de fonds de 2,8 millions d'euros, qui permettra le développement du marché à l'échelle européenne et dans des points de vente comme les pharmacies et parapharmacies, qui représentent la moitié des parts de marché dans ce segment de produits.
En attendant, Reptik poursuit ses pourparlers avec des entreprises dans le secteur des biocides - notamment des leaders français dans la distribution des insecticides - et une entreprise américaine, depuis sa participation au CES Las Vegas en 2024. Une lancée prometteuse, qui est « une mauvaise nouvelle pour les moustiques », conclut, en souriant, Doudou Tamba.
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« Tech for Future » est le plus grand concours de start-up de France. Organisé par la rédaction de La Tribune, il est soutenu par des partenaires officiels tels que Bpifrance, Business France, BNP Paribas, Dalkia, SNCF Connect & Tech, France Digitale, Deloitte, l'INPI, le ministère des Outre-Mer, Orange ou encore BFM Business. Il se compose d'une tournée en janvier et février dans tous les territoires (11 étapes dont 8 en métropole et 3 en Outre-Mer), pour repérer les innovations qui changent le monde dans tous les domaines. Au terme de cette tournée, 51 start-up de tous les territoires ont été primées. Parmi elles, La Tribune a révélé à Paris, le 1er avril, les 10 start-up de l'année 2025. Après sa victoire lors de la sélection en région Sud, Reptik gagne le prix Coup de cœur de Tech for Future 2025.
Colombe Laferté