StopCovid devient Tous Anti-Covid : nouveau look pour une nouvelle vie ?

Face au constat d'échec de l'application StopCovid, trop peu téléchargée pour être efficace et critiquée pour ses choix technologiques, le gouvernement tente le "tabula rasa". Au programme : un nouveau nom, Tous Anti-Covid, un nouveau design plus interactif et de nouvelles fonctionnalités d'informations sur l'épidémie. Suffisant pour déclencher enfin l'adhésion du grand public ?
Sylvain Rolland

6 mn

Le gouvernement espère que la deuxième vague du Covid-19 va changer la perception de l'utilité de l'application StopCovid, devenue Tous Anti-Covid, et faire oublier ses fiascos.
Le gouvernement espère que la deuxième vague du Covid-19 va changer la perception de l'utilité de l'application StopCovid, devenue Tous Anti-Covid, et faire oublier ses fiascos. (Crédits : Reuters)

Enterrée par le Premier ministre Jean Castex qui avouait ne pas l'avoir téléchargée, ressuscitée par le président. L'application de traçage numérique des contacts StopCovid, globalement considérée comme un échec cuisant, fera peau neuve dès le 22 octobre pour espérer séduire enfin le public. Lors de son allocution télévisée mercredi soir, au cours de laquelle il a annoncé un couvre-feu, Emmanuel Macron a révélé que le lifting de StopCovid va même s'étendre à son nom, puisque l'application est rebaptisée Tous Anti-Covid.

"L'application n'a pas marché. On n'a pas réussi à en faire un outil pour les gens", a regretté le chef de l'Etat lors de son interview télévisée sur TF1 et France 2. "Donc depuis plusieurs semaines, j'ai demandé aux équipes de complètement reconfigurer les choses".

Lire aussi : L'application StopCovid, un ratage spectaculaire

Effectivement, StopCovid, sous sa forme actuelle, a été installée plus de 2,6 millions de fois depuis début juin, mais un million de personnes l'ont désinstallée. L'application compte donc seulement 1,6 million d'utilisateurs actifs, soit bien moins que les applications britanniques et allemandes, téléchargées respectivement 16 et 18 millions de fois. Or, si la plupart des personnes que l'on croise n'ont pas téléchargé l'application, le dispositif est inefficace... Et les chiffres le montrent : alors que le coût de la maintenance fait polémique (plus de 200.000 euros par mois), seulement 7.969 personnes se sont déclarées comme étant positives sur StopCovid depuis son lancement, et à peine 472 notifications ont été envoyées à de potentiels cas contacts.

Lire aussi : Face au flop de StopCovid, le gouvernement cherche de l'aide auprès des professionnels

Pas une nouvelle application, juste une nouvelle version

Quelles différences entre StopCovid et Tous Anti-Covid ? Contrairement à ce que le changement de nom laisse croire, il ne s'agit pas d'une nouvelle application mais simplement d'une nouvelle version. Autrement dit, les fondamentaux de StopCovid restent les mêmes (stockage centralisé des données, protocole technique "souverain", enregistrement des cas contact via le Bluetooth). Le principe aussi : si un utilisateur se déclare positif au Covid-19, StopCovid informe tous les cas contact qui ont été à moins d'un mètre de lui pendant 15 minutes sur les deux dernières semaines.

Les changements sont plutôt cosmétiques. Ils visent à améliorer l'utilisation de l'application, comme nous l'explique une source :

"L'une des raisons qui explique l'échec de StopCovid est le fait que les gens l'oubliaient. Une fois qu'ils avaient téléchargé l'appli, ils ne l'ouvraient jamais ou presque, alors qu'il faut qu'elle fonctionne en arrière-plan sur le téléphone et que le Bluetooth soit activé en permanence pour enregistrer les contacts qu'on croise".

Pour que les utilisateurs pensent à ouvrir l'application et à la laisser en arrière-plan sur le téléphone, la version 2 ajoute donc de nouvelles fonctionnalités "d'interactions". Au-delà d'un nouveau design rendant la navigation "plus intuitive et agréable", l'appli devient une source d'informations sur le Covid-19.

"Il y aura des informations sur comment circule le virus et où sont les points pour se faire tester par rapport à l'endroit où vous êtes. Donc il y aura des informations générales et des informations plus particulières et locales", a détaillé le président de la République.

Concrètement, l'utilisateur qui le souhaite devra renseigner sa ville ou sa région afin de bénéficier d'une "météo" personnalisée de l'évolution du virus autour de lui et des endroits pour se faire tester. Pour éviter un nouveau scandale sur les données personnelles, le gouvernement n'intègre pas une fonction de géolocalisation : ce sera à l'utilisateur de rentrer manuellement le lieu où il se trouve pour bénéficier des informations localisées.

Autre nouveauté : pour compléter ou remplacer les carnets de rappel placés à l'entrée des restaurants, les utilisateurs pourront scanner un QR code lorsqu'ils entrent dans un établissement recevant du public. Si une autre personne ayant fréquenté ce lieu au même moment se déclare positif, ils recevront tous deux une notification sur leur smartphone.

Lire aussi : La Cnil met fin à sa procédure contre l'application StopCovid

Tout ce qui faisait polémique chez StopCovid reste dans Tous Anti-Covid

Contacté par La Tribune, le secrétariat d'Etat à la Transition Numérique l'assume :

"On a besoin de repartir du bon pied avec StopCovid. Dans un contexte de fort rebond de l'épidémie, cela reste une application utile de santé publique. Les défauts initiaux ont été corrigés, la Cnil a validé son fonctionnement, tout est anonymisé et sécurisé, cela peut sauver des vies".

D'après nos informations, l'abandon pur et simple de StopCovid pour développer une toute nouvelle application, a bien été discuté mais pas retenu. A la place, le gouvernement a préféré un nouveau marketing : un nom à consonance patriotique, des nouvelles fonctionnalités.

"Repartir à zéro n'était pas possible pour deux raisons. Politiquement cela aurait été un énorme camouflet, et surtout on ne peut pas perdre des semaines à développer une nouvelle appli alors que la seconde vague épidémique est là", nous indique une source.

Le gouvernement espère également que la deuxième vague du Covid-19 va changer la perception de l'utilité de l'application, et faire oublier les fiascos de la version 1. "Nous avons besoin que les lieux qui accueillent du public soutiennent l'application" martèle le secrétaire d'Etat à la Transition numérique, Cédric O.

Dans le fond, Tous Anti-Covid conserve donc tout ce qui faisait polémique dans StopCovid. Le choix d'un protocole centralisé plutôt que décentralisé, ce qui signifie que les données remontent toutes dans un serveur central. Le refus de l'Etat d'utiliser la base technique développée par Apple et Google pour une meilleure compatibilité avec leurs smartphones qui équipent 99% du marché, avec pour conséquence que l'application fonctionne mal sur les iPhones (20% du parc français). Tous Anti-Covid sera également, comme StopCovid, non compatible avec les autres applis européennes de contact tracing, qui utilisent la solution d'Apple et de Google, forçant les transfrontaliers et les voyageurs à télécharger deux applications.

Lire aussi : L'appli StopCovid a prévenu 14 personnes mais coûte plus de 200.000 euros par mois

Sylvain Rolland

6 mn