Estuaire s'attaque aux traînées de condensation
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L'étude, parue en 2019 dans une revue scientifique européenne, avait fait grand bruit. Alors que l'accent était généralement mis sur les émissions de CO2 de l'aviation (2% du total des rejets mondiaux de gaz à effet de serre), elle soulignait les effets des traînées de condensation sur le réchauffement climatique. Et si l'ONG Transport & Environnement rappelait, dans son brief de novembre 2024, que seule une minorité des vols (3 %) générait, en 2019, 80 % du réchauffement en raison de ce phénomène, son impact serait en tout cas au moins aussi lourd que celui des émissions de CO2. Autant dire que la lutte contre les émissions non-CO2 doit elle aussi s'intensifier.
C'est la mission que s'est donnée en priorité Estuaire, une start-up parisienne fondée en 2023 par deux frères, Maxime et Nicolas Meijers, deux têtes bien faites et deux pilotes confirmés. De fait, « si les émissions non-CO2 sont tout aussi graves, voire pires que celles de CO2, il faut un levier actionnable dès maintenant », raisonne Lucas Béchacq, marketing manager d'Estuaire. D'autant que les carburants d'aviation durables (ou SAF, pour Sustainable aviation fuel) sont encore trop chers et peu disponibles, que les promesses de l'hydrogène ne devraient se concrétiser qu'à horizon 2050 et que les flottes d'appareils, même dotés de moteurs plus vertueux, ne se renouvellent que tous les 20 ans...
Sachant qu'en modifiant la trajectoire des vols générant des traînées de condensation, il est possible de réduire ces traces, les équipes d'Estuaire ont planché sur un logiciel d'analyse qui permet, en récoltant des données auprès des acteurs de l'aviation et des météorologues, de déterminer le meilleur plan de vol, celui qui éviterait de passer par les zones susceptibles d'entraîner ces traînées.
« Nous croisons les informations sur la pression atmosphérique, la température et l'humidité de l'air, le nombre de passagers ou le type d'avion, explique Lucas Béchacq. Mais le grand défi est la prévision, pour déterminer, avant et pendant le vol, les zones défavorables, tout en optimisant la consommation de kérosène. » En effet, l'ironie serait de taille si, pour éviter une zone propice aux traînées de condensation, on en arrivait à faire nettement plus de kilomètres et à brûler en conséquence davantage de carburant émetteur de CO2... Les experts d'Estuaire discutent avec ceux des compagnies aériennes pour arriver au bon équilibre, en vue d'un bénéfice net. Mais les compagnies aériennes, comme Vueling, ne sont pas les seuls clients de la jeune pousse. Des constructeurs, comme Daher, des loueurs d'avion, tel Nordic Aviation Capital, qui veulent mieux connaître l'impact de leurs activités, recourent également aux services d'Estuaire.
En juin 2024, les frères Meijers ont bouclé un premier tour de table, incluant Safran Corporate Ventures, d'un montant de 2,2 millions d'euros. « Cette confiance des investisseurs va nous permettre de faire du développement supplémentaire sur notre outil, pour améliorer encore nos algorithmes et notre logiciel de prédiction, indique le spécialiste du marketing, et d'ores et déjà, nous avons pu embaucher quatre personnes, dont des ingénieurs et des commerciaux, pour compléter l'équipe, qui compte désormais 10 salariés. »
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Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, Estuaire a aussi été sélectionné, en 2024, parmi les lauréats du programme Propulse, de l'Agence de l'innovation pour les transports (AIT). « Cela nous a légitimé, se félicite Lucas Béchacq, du fait que Propulse est reconnu dans le monde du transport, et nous a permis d'être accompagnés par les équipes de l'AIT auprès de clients potentiels. En outre, cette visibilité ne peut que nous être utile quand nous nous déploierons à l'international. » Déjà, l'équipe nouvellement recrutée prend langue avec des financeurs, des gestionnaires d'aéroports, des compagnies aériennes, des fournisseurs de SAF - car, précise le marketing manager d'Estuaire, « les premières études montrent que le SAF a un autre avantage : il crée potentiellement des traînées de condensation moins impactantes. » En outre, ajoute-t-il, « grâce à Propulse, nous faisons déjà partie de l'écosystème de l'innovation dans l'aérien, nous attendons maintenant qu'une politique incitative encourage les compagnies à agir. » À ce moment-là, le plan de vol d'Estuaire sera tout tracé...
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