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A New York, la "Silicon Alley" rivalise de séduction face à la "Silicon Valley"

Photo de Laurent Lequien

Lysiane J. Baudu, à New York

Publié le 06 novembre 2013 à 14:52 - Mis à jour le 06 novembre 2013 à 15:56

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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New York , qui vient d'élire son nouveau maire, concurrence la Californie. Sa « Silicon Alley » se situe, entre autres, dans le quartier de Flat Iron, en plein coeur de Manhattan. Une nouvelle génération de start-up y profite des talents typiquement new-yorkais dans la publicité, la finance et le marketing. Et les Français y sont très reconnus.

Son petit drone fait main et rempli de technologie a du mal à décoller, sur la scène d'un amphithéâtre de la New York University, et toute l'assistance - près de 1.000 personnes - s'en amuse gentiment.

« Je n'ai chargé que la moitié des piles, comme d'habitude », soupire le jeune homme.

C'est l'un des « techies » invités à la réunion mensuelle du NY Tech Meetup.

« Avec 35.000 membres, nous sommes le plus grand groupe de "techies" du monde », clame d'entrée de jeu la présentatrice de la soirée.

L'ambiance est au rendez-vous. On applaudit, on parle avec son voisin. On vient ici pour découvrir, grâce à une démonstration rapide, un nouveau produit, une application qui va faciliter la vie, une innovation qui va la révolutionner.

A l'origine, un quartier situé autour du fameux immeuble Flat Iron

Ce soir, c'est Cover, un système pour payer électroniquement - et rapidement - dans un restaurant de la ville ; Zady, un site Web équipé d'une carte du monde, pour savoir où et comment les vêtements achetés sont fabriqués ; Yplan, une appli pour réserver une place de théâtre ou de concert à la dernière minute, à Londres ou à New York, ainsi que des nouveaux logiciels pour raconter sa vie en ligne ou prendre rendez-vous dans une boutique.

Le Meetup transmet également des informations sur les activités des membres, comme, ce soir, celles d'une organisation caritative qui enseigne à des adultes en difficulté comment coder, ou sur les démarches nécessaires pour déposer un brevet, sans oublier, évidemment, la possibilité que les jeunes innovateurs rencontrent des investisseurs.


Le NY Tech Meetup, « the place to be » pour tout savoir sur les innovations de la Silicon Alley./ DR.

En somme, le Meetup informe sur tout ce qui se passe ou peut être utile dans ce qu'il est désormais convenu d'appeler la « Silicon Alley », à New York. À l'origine, c'est-à-dire il y a quatre ou cinq ans seulement, il s'agissait, grosso modo, d'un quartier situé autour du Flat Iron, le bâtiment en forme de fer à repasser emblématique de Manhattan, au carrefour de la 23e rue, Broadway et la 5e avenue.

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« Mais c'est déjà fini », assure Andrew McLaughlin, l'un des associés de Betaworks, un studio tech qui lance des start-up, généralement en relation avec les médias sociaux. La Silicon Alley n'a pas capoté - bien au contraire !

« Elle a essaimé jusque dans le Meatpacking district, au sud-ouest de Manhattan, et à Dumbo [pour Down Under the Manhattan Bridge Overpass, ndlr], ou ailleurs dans Brooklyn », explique ce « techie », ancien conseiller de Barack Obama.

« La Silicon Alley new-yorkaise a émergé ex nihilo »

Aujourd'hui, chacun de ces quartiers affiche une entreprise phare de la tech. Dans le Flat Iron, c'est Tumblr, racheté par Yahoo, et Gilt, la société de Kevin Ryan, spécialisée dans l'e-commerce et avec laquelle tout aurait commencé ici…

Dans le Meatpacking district, c'est Google, rien de moins, installé au coin de la 16e rue et de la 9e avenue. À Brooklyn, c'est MakerBot, star de l'impression 3D, et Etsy, un site de vente d'objets artisanaux, symbole d'un nouvel art de vivre, plus « slow », moins « hype »…

Plus fort encore que la Silicon Valley, lancée grâce aux contrats publics et notamment militaires, « la Silicon Alley new-yorkaise a émergé ex nihilo », explique Sébastien Laye, dont la société, Laye Holdings, conseille des fonds d'investissement.

Un tour de force, puisqu'à première vue - à première vue seulement - les conditions d'un tel phénomène n'étaient guère réunies. Pas d'université spécialisée dans la technologie ici, à l'opposé de Stanford, près de San Francisco. Pas de tradition de business angels bien ancrée : c'est Wall Street qui domine. Et enfin, pas de coup de pouce des autorités fédérales, pas de surfaces de bureaux bon marché, pas de poids lourds du secteur qui auraient pu créer un appel d'air. Et pourtant…

>>> CARTE INTERACTIVE Découvrez la carte des start-up de la ville de New York

Des ingénieurs de Wall Street passés à la techno

Le Web a mûri. C'est désormais le 2.0 dont il s'agit, un système ne requérant plus de réelles percées techniques, mais visant un meilleur confort d'utilisation, une meilleure expérience d'achat. Et on le sait depuis la série Mad Men (ou même avant), New York est la ville de la publicité, des créatifs, des spécialistes du marketing, du design, de la mode, des médias.

« C'est l'ADN de New York. C'est sur cela que se sont appuyés les entrepreneurs de la Silicon Alley », poursuit Sébastien Laye.

À ces compétences nécessaires pour l'émergence de start-up nouvelle génération se sont ajoutées celles d'ingénieurs et de « techies » aspirés d'abord par Wall Street - et rejetés ensuite. La crise financière de 2008 a libéré ces talents. Ils s'expriment désormais dans la tech. Autre condition nécessaire : l'argent.

La manne, dans la Silicon Alley, vient surtout de quelques pionniers du Web

Au-delà de celui des fonds d'investissement généralistes ou spécialisés comme Union Square Ventures, ou de certains individus ayant fait fortune dans la finance, la manne, dans la Silicon Alley, vient surtout de quelques pionniers du Web, qui, une fois leur affaire vendue, ont réinvesti sur place.

Dans la grande tradition américaine, il s'agit de redonner à la société lorsque la chance a souri, et, dans le cas de la tech, à cet écosystème, afin de le faire prospérer. C'est ce qu'a fait Kevin Ryan, actuel PDG de Gilt, portail spécialisé dans la vente en ligne, et ancien patron de DoubleClick, un site gestionnaire de publicités Internet. Selon certains, c'est le lancement de Gilt qui a tout déclenché à New York.

Kevin Ryan, lui, reste modeste : « Je n'ai investi qu'1!million de dollars de mon propre argent, avoue-t-il, dans un français parfait, mais j'ai pu lever 500 millions. »


Kevin Ryan, PDG fondateur de Gilt, portail spécialisé dans la vente en ligne, grâce à qui tout aurait commencé à Flat Iron./ DR.

DoubleClick, l'une des rares start-up de l'ère dot.com à avoir survécu à l'éclatement de la bulle Internet, avait été vendue en 2005 à des investisseurs, puis rachetée par Google en 2008 - pour plus de 3 milliards de dollars.

Autant dire que Kevin Ryan jouit d'une certaine crédibilité auprès des investisseurs… Avec l'argent qu'il lève, cet élégant francophile, diplômé de l'Insead, ne cesse de lancer des entreprises. Il a créé Business Insider, un magazine en ligne digne du Wall Street Journal, et sa « petite dernière », lancée le matin même, s'appelle Zola et se concentre sur… des listes de mariage en ligne.

Bloomberg a construit le « made in New York » et  inventé la « tech scene ».

Enfin, dernier élément du cocktail, « l'art de faire rêver », propre à New York et à son maire, Michael Bloomberg, un homme de média, relève Frédéric Montagnon, le patron français de Ebuzzing, une société qui distribue des vidéos publicitaires sur le Web. Bloomberg a construit le « made in New York » et a quasiment inventé la « tech scene ».

Bien lui en a pris. Les prophéties ont tendance à s'auto-réaliser et la Silicon Alley a bel et bien pris forme à New York. Cela dit, le maire, qui prend bientôt sa retraite, n'a pas fait que du « storytelling ». Il cherche, concrètement, à dynamiser l'entrepreneuriat dans le secteur, en installant un « tech campus » sur Roosevelt Island, une petite île qui s'allonge dans l'East River, au bord de Manhattan, avec l'aide de Cornell, une prestigieuse université de l'État de New York. Le premier coup de pioche devrait être donné en 2014. Mais d'ici là, la « tech scene » new-yorkaise aura sans doute encore évolué…

Les grosses sociétés comme Google et autres se disputent les talents

Déjà, la Silicon Alley, pourtant arrivée sur le tard dans le paysage tech, dépasse par son dynamisme ses concurrents tels que Boston, Los Angeles, Chicago, Dallas et Austin. Seule la Silicon Valley lui résiste… Depuis le début de cette année, les start-up new-yorkaises ont récolté près de 2 milliards de dollars d'investissements. Et au troisième trimestre, sur un total national de 3,6 milliards, elles ont engrangé 697 millions, un bond de 35 % par rapport au troisième trimestre 2012, selon MoneyTree, qui surveille ce secteur.

Aujourd'hui, d'ailleurs, New York paie la rançon de ce succès. Difficile, pour une start-up, de trouver des « talents » pour croître. Les grosses sociétés comme Google et autres se les disputent.

« Il y a pénurie de programmeurs, ici », remarque Fabrice Grinda, un serial - et génial - « tech-entrepreneur » français installé à New York. « Et quand on en a trouvé un, il s'en va au bout de six mois »

Le co-working est l'une des clés du succès

« Du coup, on fait de "l'acquihire", autrement dit, on acquiert une start-up, de préférence en mauvaise posture, non pas pour son idée ou son innovation, mais pour s'emparer de son équipe », explique de son côté Frédéric Montagnon, dans les locaux qu'il partage (pour 500 dollars par mois et par table) avec d'autres entrepreneurs, chez 500 Startups, en plein quartier de Flat Iron. On aurait pu penser que l'immobilier, si cher à New York, freinerait l'éclosion d'une Silicon Alley.

En fait, ici, on partage les bureaux - et on frotte ainsi son cerveau contre celui d'autres spécialistes. Ce co-working est l'une des clés du succès.

« Et puis, aujourd'hui, on peut lancer une start-up sans avoir besoin de serveurs, qui utilisaient beaucoup d'espace. On se sert du cloud, ou on travaille avec des plates-formes existantes, comme Facebook », explique Shai Goldman.

Ce Californien d'origine israélienne est venu de la Silicon Valley pour gérer les investissements de 500 Startups à New York. La société a une double activité, celle « d'accélérateur », pour des petites start-up qu'il faut conseiller, aider, coacher afin qu'elles prospèrent, et d'investissement en capital-risque dans le secteur.

« Les fonds, en Californie, ont tendance à ne s'intéresser qu'aux start-up alentours, explique ce grand gaillard. Nous nous intéressons aux États-Unis et au reste du monde, ainsi qu'aux sociétés fondées par des femmes et des minorités », poursuit-il.

15 "accélérateurs" déjà en activité

Sur les trois dernières années, 500 Startups a déjà réalisé 50 investissements à New York. Elle n'est pas la seule. Les « accélérateurs » s'y multiplient également. On en compte 15 actuellement - le double de ce qui existe dans la Valley. De quoi permettre au moteur new-yorkais de tourner à plein régime, quitte à ce que - rançon de la gloire une fois de plus - les start-up se fassent acheter, à prix d'or, par de grosses sociétés plus établies… et partent en Californie.

Ce qui attire ici : la vie sociale et culturelle

C'est ce qui est arrivé à Ilan Abehassera. Ce Français, arrivé en 2004 à New York, a monté Producteev, une start-up dont le logiciel vise à améliorer la productivité des équipes grâce à une meilleure organisation. Il a vécu la naissance et l'essor de la Silicon Alley, puis est parti pour Palo Alto rejoindre Jive, la société qui a acheté Producteev en 2012.

« New York me faisait rêver depuis toujours », dit-il.

Il n'est pas le seul. C'est sans doute là l'ultime clé du succès newyorkais. La ville qui ne dort jamais, qui offre une vie sociale et culturelle sans égal en Californie, ne cesse de drainer de nouveaux arrivants, jeunes, dynamiques et entreprenants. Dans le monde de la tech, on trouve aussi bien des Baltes, des Israéliens, des Indiens, des Chinois que des Français, et bien d'autres.

« Les Français sont très respectés ici », déclare d'ailleurs Frédéric Montagnon.

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Bien formés dans les écoles d'ingénieurs ou de commerce, les Frenchies se distinguent par leurs idées, subtiles. Et si certains restent attachés à leur pays d'origine, c'est aux États-Unis qu'ils ont parfois connu des échecs, qui sont, à l'inverse de la France, autant d'expériences positives, et qu'ils y ont souvent réussi. Et c'est à New York, ou en Californie, qu'ils font fleurir le talent hexagonal

Lysiane J. Baudu, à New York

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