PORTRAIT. Encore peu connu du grand public, le pape des « Lumières noires » dont la pensée mêle influences réactionnaires et technophilie, est l'une des références de la branche techno-libertarienne de l’administration Trump 2.0.En 2021, sur un podcast, JD Vance (qui ne s'était pas encore officiellement lancé en politique) faisait l'éloge du manifeste d'un certain Curtis Yarvin, intitulé « Retire All Government Employees » (RAGE, « Virer tous les fonctionnaires du gouvernement »). Celui-ci suggérait l'abolition de la bureaucratie fédérale américaine et son remplacement par un mode de gouvernance centralisé et autoritaire.
Ingénieur de la Silicon Valley, publiant principalement en ligne sur son blog Unqualified Reservations et son Substack Gray Miroirs, Curtis Yarvin est peu connu du grand public américain, encore moins du français. Il bénéficie cependant d'une certaine aura au sein de la sphère intellectuelle de droite américaine, et jusque dans les hautes sphères de la Silicon Valley.
Peter Thiel, qui a investi dans l'une de ses start-up, le considère comme un « historien intéressant ». Avec son compère Elon Musk, qu'il connaît depuis l'aventure PayPal, Thiel est l'un des principaux représentants de la sphère techno-libertarienne. Ce courant de pensée, influent dans la Silicon Valley, mêle méfiance vis-à-vis de l'État et de la démocratie en général, techno-solutionnisme, culte de l'entrepreneur et de la liberté.
Un monarchiste technophile
La pensée de Curtis Yarvin, qui publie souvent sous le pseudonyme de Mencius Moldbug, est un curieux mélange d'idées réactionnaires dans la droite ligne de la pensée contre-révolutionnaire du XIXe siècle et de progressisme technophile. Elle se caractérise par un rejet de la démocratie, et la volonté de la remplacer par une monarchie. Plutôt que de s'appuyer sur le droit divin et l'hérédité, celle-ci s'inspirerait de la formule testée et approuvée dans la Silicon Valley.
Pour Yarvin, les États-Unis devraient ainsi être gouvernés par un « CEO » qui piloterait l'État comme une start-up, en s'affranchissant très largement du pouvoir parlementaire et des fonctionnaires qui composent aujourd'hui l'administration.