Européennes : l'apocalypse de la désinformation dopée à l'IA n'a pas (encore) eu lieu
Marine Protais
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Depuis quelques jours, la candidate PS Emma Rafowicz est victime d'une campagne de désinformation sur TikTok. La vidéo en question : un grossier montage associant sa photo et un enregistrement vocal d'une autre personne appelant au génocide des Palestiniens. Emma Rafowicz, elle, n'a jamais tenu ces propos. La vidéo a été vue plus de 300 000 fois sur TikTok, puis a été reprise par d'autres comptes sur Instagram et X (anciennement Twitter), rapporte CheckNews. De nombreux internautes semblent avoir trouvé le montage crédible, au point d'amener la candidate à publier le 5 juin une vidéo pour contrer cette campagne, rappelant son positionnement sur le conflit israelo-palestinien. Pourtant cette vidéo n'utilise aucune technologie de trucage sophistiquées, aucune intelligence artificielle générative pour modifier la voix d'origine de l'enregistrement, ni créer une vidéo "deepfake" d'Emma Rafowicz.
L'avènement de l'IA générative, démocratisée depuis le lancement de ChatGPT fin 2022, laissait présager une élection européenne manipulée par de nombreux montages vidéos, fausses photos de candidats hyper-réalistes, mais à quelques jours du vote, force est de constater que le raz-de-marée de faux contenus trompeurs n'a pas vraiment eu lieu. Du moins pas tel qu'on l'imaginait.
Dans une récente interview accordée à MIT Technology Review, Nick Clegg, président des affaires internationales de Meta (Facebook, Instagram) affirme que les contenus politiques générés par IA n'étaient présents qu'en faible quantité. « Ils existent, il sont perceptibles. Il n'y a pas vraiment de volume ou de niveau systémique », précise-t-il.
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Chez Google, le constat est plus ou moins le même. « Sur les 1300 menaces que nous identifions par an, nous n'en avons pas encore vu une seule où l'IA était le principal outil différenciant, explique Sandra Joyce, VP de Google Threat Intelligence. Même si la technologie est utilisée d'une manière ou d'une autre, elle ne permet pas à ces acteurs de surperformer. Nous avons bien constaté l'utilisation de fausses images, de deepfake vocaux, de textes générés par IA, etc. Mais pour l'instant, les auteurs de ces menaces sont surtout en train d'expérimenter. » Pour la dirigeante, l'élection européenne de 2024 ne se distingue pas particulièrement des précédentes élections.
Marine Protais