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L'arrestation du patron de Telegram « n'est en rien une décision politique » assure Macron, le Kremlin reste muet

latribune.fr

Publié le 26 août 2024 à 14:37 - Mis à jour le 26 août 2024 à 17:48

Le Kremlin a jugé ce lundi « inapproprié » de commenter pour l'instant cette arrestation. (Photo d'illustration)

Le Kremlin a jugé ce lundi « inapproprié » de commenter pour l'instant cette arrestation. (Photo d'illustration)

Albert Gea

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Alors que la garde à vue de Pavel Durov, patron du réseau social Telegram arrêté en France samedi, a été prolongée dimanche soir, le Kremlin s'est refusé à tout commentaire sur l'affaire qui concerne son ressortissant.

[Article publié lundi 26 août 2024 à 16h37, mis à jour à 19h46] Alors que le patron de Telegram, Pavel Durov, reste en garde à vue en France, le Kremlin a jugé ce lundi « inapproprié » de commenter pour l'instant cette arrestation.

« Nous ne savons pas concrètement de quoi Durov est accusé, nous n'avons entendu aucune déclaration officielle à ce sujet », a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, ajoutant qu'« avant de dire quoi que ce soit, il faut attendre que la situation s'éclaircisse (...). Sans cela, il serait probablement inapproprié de faire des déclarations quelconques. »

Pour rappel, le milliardaire franco-russe de 39 ans a été interpellé samedi soir dans l'aérogare du Bourget (Seine-Saint-Denis), en provenance de Bakou (Azerbaïdjan), selon l'AFP. Le Kremlin a été interrogé sur cette destination, alors que le président russe, Vladimir Poutine, était lui-même dans la capitale azérie en début de semaine dernière. Moscou a alors affirmé que Durov et Poutine ne s'y étaient pas rencontrés.

Macron réagit à l'arrestation du magnat russe de la tech

Peu de temps après cette déclaration de Dmitri Peskov, en France, le président de la République, Emmanuel Macron a réagi sur le réseau social X en expliquant que cette arrestation « n'est en rien une décision politique » et qu'il « revient aux juges de statuer ».

Dénonçant de « fausses informations » concernant la France suite à cette arrestation, le président a aussi assuré que « la France était plus que tout attachée à la liberté d'expression et de communication, à l'innovation et à l'esprit d'entreprise. Elle le restera ».

« Dans un État de droit, sur les réseaux sociaux comme dans la vie réelle, les libertés sont exercées dans un cadre établi par la loi pour protéger les citoyens et respecter leurs droits fondamentaux. C'est à la justice, en totale indépendance, qu'il revient de faire respecter la loi », a également insisté le président de la République.

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L'ambassade dénonce la garde à vue, Musk aussi

« Après la parution dans les médias de la nouvelle de la détention de Pavel Durov, nous avons immédiatement demandé aux autorités françaises des éclaircissements sur les raisons de cette détention, et avons exigé que ses droits soient protégés et qu'un accès consulaire lui soit accordé. A ce jour, la partie française refuse toujours de coopérer sur cette question », avait dénoncé l'ambassade de Russie en France sur X (ex-Twitter), dimanche.

En Russie, où Telegram est un des réseaux sociaux les plus utilisés avec des chaînes pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers d'abonnés, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a confirmé que « l'ambassade de Russie à Paris s'est immédiatement mise au travail, comme il est d'usage », en cas de détentions de citoyens russe à l'étranger.

La diplomate a aussi rappelé que de nombreuses ONG internationales avaient condamné en 2018 la décision d'un tribunal russe de bloquer Telegram, décision qui n'a jamais totalement été mise en application. « Pensez-vous que, cette fois-ci, elles appelleront à la libération de Durov, ou qu'elles se tairont? », a-t-elle demandé sur sa page Telegram.

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En Russie, la crainte d'un renforcement de la répression

L'interpellation de Pavel Durov a suscité de nombreuses réactions à l'étranger. « #FreePavel », a publié sur X (ex-Twitter) Elon Musk, avant de publier un nouveau message en français disant « Liberté. Liberté! Liberté? ». L'ancien candidat indépendant à la présidentielle américaine Robert F. Kennedy Jr, qui vient de se rallier à Donald Trump, a, lui, affirmé sur X que « la nécessité de protéger la liberté d'expression n'a jamais été aussi urgente ».

Garde à vue prolongée

La garde à vue de Pavel Durov pourrait durer 96 heures maximum, après une première prolongation dimanche soir. A l'issue de cette garde à vue, le franco-russe pourrait être remis en liberté ou présenté à un magistrat en vue d'une éventuelle mise en examen (inculpation). Cette arrestation fait suite à un mandat de recherche émis contre lui par des enquêteurs français, et visant diverses infractions de sa messagerie.

L'office chargé de la lutte contre les violences faites aux mineurs (Ofmin) avait émis un mandat de recherche contre Pavel Durov pour des infractions allant de l'escroquerie au trafic de stupéfiants, au cyberharcèlement, à la criminalité organisée en passant par l'apologie du terrorisme et la fraude, a expliqué une des sources proches du dossier.

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Concrètement, la justice reproche à Pavel Durov un trop grand laisser-aller sur le réseau social et une absence de modération qui laisse place à des utilisations délictuelles de la messagerie par ses abonnés.

« Ça suffit l'impunité de Telegram », s'est félicité un des enquêteurs, étonné que le milliardaire, sachant qu'il était recherché en France, ait décidé quand même de venir à Paris. « Peut-être par sentiment d'impunité », a évoqué une des sources proches du dossier.

Avec ses groupes de discussion, pouvant accueillir jusqu'à 200.000 personnes, la messagerie est parfois accusée d'augmenter le potentiel viral des fausses informations et la prolifération de contenus haineux, néonazis, pédophiles, complotistes ou terroristes.

La messagerie Telegram se défend

« Pavel Durov n'a rien à cacher et il voyage fréquemment en Europe », a réagi dimanche soir Telegram, sur son propre canal. « Il est absurde de dire qu'une plateforme ou son patron sont responsables des abus » relevés sur ladite plateforme, a ajouté l'entreprise.

«Telegram se conforme aux lois européennes, y compris le Règlement sur les services numériques, son action de modération est dans la norme du secteur», a-t-elle encore affirmé.

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Pour rappel, la messagerie en ligne lancée en 2013 par Pavel Durov et son frère Nikolaï, sur laquelle les communications peuvent être chiffrées de bout en bout et dont le siège social se trouve à Dubaï, s'est positionnée à contre-courant des plateformes américaines, critiquées pour leur exploitation mercantile des données personnelles. Telegram compte plus de 900 millions d'utilisateurs, et s'est notamment engagée à ne jamais dévoiler d'informations sur ses utilisateurs.

(Avec AFP)

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