Le patron de Telegram va rester en garde à vue jusqu'à mercredi
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Le fondateur et PDG de Telegram, Pavel Durov, a été arrêté samedi à l'aéroport de Paris-Le Bourget et va rester en garde à vue jusqu'à mercredi.
Albert Gea
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Le fondateur et PDG de Telegram, Pavel Durov, a été arrêté samedi à l'aéroport de Paris-Le Bourget et va rester en garde à vue jusqu'à mercredi.
Albert Gea
[Article publié dimanche 25 août 2024 à 12h55 et mis à jour le mardi 27 août 2024 à 14h45] Le patron de Telegram, Pavel Durov, va rester en garde à vue jusqu'à mercredi. A l'issue de celle-ci, le franco-russe pourrait être remis en liberté ou présenté à un magistrat en vue d'une éventuelle mise en examen (inculpation). Le milliardaire franco-russe de 39 ans a été interpellé samedi soir dans l'aérogare du Bourget, au nord de Paris, accompagné de son garde du corps et de son assistante qui le suivent en permanence.
Cette arrestation intervient après l'émission d'un mandat de recherche contre lui par des enquêteurs français et visant diverses infractions de sa messagerie cryptée. Dans le détail, l'office chargé de la lutte contre les violences faites aux mineurs (Ofmin) avait émis un mandat pour des infractions allant de l'escroquerie au trafic de stupéfiants, au cyberharcèlement, à la criminalité organisée en passant par l'apologie du terrorisme et la fraude, a expliqué une des sources proches du dossier.
La justice reproche à Pavel Durov de ne pas agir contre les utilisations délictuelles de sa messagerie par ses abonnés, notamment par une absence de modération et de collaboration avec les enquêteurs.
Avec ses groupes de discussion pouvant accueillir jusqu'à 200.000 personnes, la messagerie est parfois accusée d'augmenter le potentiel viral des fausses informations et la prolifération de contenus haineux, néonazis, pédophiles, complotistes ou terroristes.
L'interpellation de Pavel Durov a suscité de nombreuses réactions internationales. Les Émirats arabes unis ont annoncé ce mardi avoir demandé à la France un accès consulaire à Pavel Durov. « Les Emirats arabes unis suivent de près le cas de leur citoyen Pavel Durov, fondateur de Telegram, qui a été arrêté par les autorités françaises à l'aéroport de Paris-Le Bourget », a déclaré le ministère des Affaires étrangères de l'Etat du Golfe dans un communiqué.
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Le pays a « demandé au gouvernement de la République française que tous les services consulaires nécessaires lui soient fournis d'urgence », a-t-il ajouté. Selon Telegram, son fondateur a « la double nationalité des Emirats arabes unis et de la France », en plus de la nationalité russe.
« #FreePavel », avait publié sur X (ex-Twitter) le patron de la plate-forme, Elon Musk, avant de publier un nouveau message en français disant « Liberté. Liberté! Liberté? ». L'ancien candidat indépendant à la présidentielle américaine Robert F. Kennedy Jr, qui vient de se rallier à Donald Trump, a lui affirmé sur X que « la nécessité de protéger la liberté d'expression n'a jamais été aussi urgente ».
En Russie, où Telegram est un des réseaux sociaux les plus utilisés avec des chaînes pouvant avoir plusieurs centaines de milliers d'abonnés, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Maria Zakharova a affirmé que « l'ambassade de Russie à Paris s'est immédiatement mise au travail, comme il est d'usage » en cas de détentions de citoyens russe à l'étranger.
Elle a aussi rappelé que de nombreuses ONG internationales avaient condamné en 2018 la décision d'un tribunal russe de bloquer Telegram, décision jamais totalement mise en application. « Pensez-vous que, cette fois-ci, elles appelleront à la libération de Durov, ou qu'elles se tairont? », a-t-elle demandé sur sa page Telegram.
L'ambassade de Russie en France a, pour sa part, dénoncé sur X l'absence de coopération des autorités françaises et a annoncé être en contact avec l'avocat de Pavel Durov : « Après la parution dans les médias de la nouvelle de la détention de P. V. Durov, nous avons immédiatement demandé aux autorités françaises des éclaircissements sur les raisons de cette détention et avons exigé que ses droits soient protégés et qu'un accès consulaire lui soit accordé. A ce jour, la partie française refuse toujours de coopérer sur cette question. »
« Les accusations avancées sont très graves et elles demandent des preuves tout aussi solides », a renchéri le porte-parole de la présidence russe, mardi. « Sinon, il sera évident que c'est une tentative de restriction de la liberté de communication (...) et même d'intimidation directe à l'encontre du patron d'une grande entreprise », a-t-il estimé.
« Il sera évident que ce n'est rien d'autre que de la politique », malgré les démentis du président français Emmanuel Macron (voir encadré), a-t-il ajouté.
La messagerie en ligne lancée en 2013 par Pavel Durov et son frère Nikolaï, sur laquelle les communications peuvent être chiffrées de bout en bout et dont le siège social se trouve à Dubaï, s'est positionnée à contre-courant des plateformes américaines, critiquées pour leur exploitation mercantile des données personnelles. Telegram s'est notamment engagée à ne jamais dévoiler d'informations sur ses utilisateurs.
Chantre de la confidentialité, Pavel Durov a raconté en avril dans une rare interview avoir eu l'idée de lancer une messagerie chiffrée après avoir subi des pressions des autorités russes à l'époque de VK, un réseau social qu'il a créé dans son pays d'origine avant de le vendre et quitter la Russie en 2014. Il a dit avoir ensuite essayé de s'installer à Berlin, Londres, Singapour et San Francisco avant d'opter pour Dubaï, dont il a loué l'environnement des affaires et la « neutralité ».
Dans l'émirat du Golfe, Telegram s'est mise à l'abri des règles de modération des États, à l'heure où l'Union européenne comme les États-Unis mettent la pression aux grandes plateformes pour supprimer le contenu illégal.
Outre les accusations officielles, la main mise de la police française sur le créateur du réseau social pourrait jouer un rôle dans la guerre en Ukraine. Les experts soulignent que faute d'outils modernes, les troupes russes ont utilisé aussi la messagerie cryptée pour les opérations du champ de bataille, du transfert de renseignement à la correction de frappes d'artillerie, en passant par le guidage des missiles Iskander.
Pour le blogueur Andrei Medvedev, Telegram est désormais devenu le « principal messager (de l'invasion russe, une) alternative aux communications militaires classifiées ». Selon Alexei Rogozin, chef du Centre pour le développement des technologies de transport à Moscou, certains commentateurs ironisent même sur « l'arrestation du chef des communications des forces armées » russes. « Le transfert de renseignement, l'auto-correction de l'artillerie, les images d'hélicoptères et bien d'autres choses encore sont souvent diffusées via Telegram », ajoute le fils du sulfureux Dmitri Rogozin, ex-patron de l'agence spatiale russe.
Moscou craint désormais que Pavol Durov cède aux Français la clé pour décrypter la messagerie. Les blogueurs russes, dont certains comptent des dizaines de milliers d'abonnés, « sont terrifiés », assure Ivan Filippov, expert de la propagande de Moscou, notant qu'un accès du renseignement occidental à la messagerie serait pour eux « un désastre absolu ».
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Le président de la République, Emmanuel Macron a réagi sur le réseau social X en expliquant que cette arrestation de Pavel Durov « n'est en rien une décision politique » et qu'il « revient aux juges de statuer ».
Dénonçant de « fausses informations » concernant la France suite à cette arrestation, le président a aussi assuré que « la France était plus que tout attachée à la liberté d'expression et de communication, à l'innovation et à l'esprit d'entreprise. Elle le restera ».
« Dans un État de droit, sur les réseaux sociaux comme dans la vie réelle, les libertés sont exercées dans un cadre établi par la loi pour protéger les citoyens et respecter leurs droits fondamentaux. C'est à la justice, en totale indépendance, qu'il revient de faire respecter la loi », a également insisté le président de la République.
(Avec agences)
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