France Télévisions prêt à remonter au créneau sur la chaîne jeunesse

 |   |  977  mots
Rémy Pflimlin, le président de France Télévisions Copyright AFP
Rémy Pflimlin, le président de France Télévisions Copyright AFP (Crédits : AFP)
Le groupe de télévisions public a élaboré plusieurs scénarios, prêts à être présentés à la nouvelle majorité présidentielle. Encore très récemment, Aurélie Filippetti, la nouvelle ministre de la Culture, privilégiait la transformation de France 4 en chaîne pour enfant sans publicité. Une hypothèse dont ne veut pas le groupe public.

Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Rémy Pflimlin n?a pas réussi à réaliser son rêve d?ajouter une chaîne jeunesse dans le bouquet de télévision publique. Le président de France Télévisions aura-t-il plus de chance avec François Hollande ? Une chose est sûre, la nouvelle majorité se montre plus sensible que la précédente à cette demande. La création d?une « chaîne jeunesse (enfants et jeunes adultes) sans publicité sur le canal France 4 » était déjà inscrite l?an passé dans le programme du Parti socialiste. Ce v?u a été reformulé par la nouvelle ministre de la Culture Aurélie Filippetti dans un entretien à la Tribune le 29 janvier, et écrit noir sur blanc en mars dans le programme médias daté de François Hollande dévoilé par Mediapart. Mais la campagne est déjà loin. Aujourd?hui, à l?Elysée, on assure qu?aucune position n?est arrêtée sur le sujet. Au sein du ministère de la Culture, on affirme que l?idée d?une chaîne jeunesse est toujours d?actualité, mais que « toutes les options seront passées en revue, l'utilisation d'un canal existant étant une possibilité parmi d'autres».

France 4, laboratoire d'apprentissage

En attendant, France Télévisions a échafaudé différents plans qu'elle présentera à la nouvelle majorité. Plus que jamais, Rémy Pflimlin tient à sa chaîne jeunesse. Pas question en revanche de sacrifier France 4. Le groupe public a soigneusement peaufiné son argumentaire. Tout d'abord, l?audience de la chaîne dirigée par Emmanuelle Guilbart, également directrice des programmes du groupe est en croissance continue. En mai, la chaîne, dont le coût de grille est de 40 millions d'euros, a rassemblé 2,3% de parts d'audience, soit une hausse de 0,3 point sur un an, quand Direct 8, malmenée par les incertitudes liées au rachat  a reculé d'autant, tombant à 2%. Les opposants à France 4 mettent ce succès sur le compte de séries américaines présentes à l'antenne. "Est-ce le rôle d'une chaîne publique", s'interroge un ancien conseiller du précédent gouvernement.

France 4 engrange entre 16 et 18 millions d?euros de chiffre d'affaires publicitaires

Au contraire, on estime au sein de France Télévisions que France 4 sert de laboratoire d'apprentissage. Non seulement, le groupe public touche un public qu'il n'a pas, - les 15?34 ans, (la majorité des téléspectateurs de France 2 et France 3 sont plus que seniors) mais en plus, la chaîne est riche d'enseignement en termes de programmation. "Il y a de nouvelles manières de regarder la télé. Parfois, la rediffusion d'un programme fait plus en termes d'audience qu'une première diffusion. C'est ce que l'on apprend avec France 4", explique un dirigeant. 

En outre, même si les recettes son faibles à l'échelle du groupe - France 4 engrange entre 16 et 18 millions d?euros de chiffre d'affaires publicitaires - les dirigeants du groupe public considèrent que la chaîne fait office de produit d'appel, génèrant indirectement des revenus supplémentaires pour les autres chaînes. Le groupe public, qui affronte comme tout le monde la baisse des revenus télés, devrait donc faire une croix sur ces recettes. Enfin, pour couper court à l?argument selon lequel la cible jeunes adultes n?existerait pas vraiment, on rappelle que les autres groupes de télévision publique ont chacun leur chaîne en Europe.

L'option Gulli

Ceci posé, France Télévisions entend bien faire valoir ses différentes options. Le scénario privilégié par le groupe public reste l'acquisition des 66% de Lagardère qu?il ne possède pas dans la chaîne jeunesse Gulli. En interne, le groupe public évalue sa propre participation environ entre 20 et 30 millions d?euros, ce qui valorise Gulli, dont l'audience était de 1,8% en mai, entre 58 et 88 millions d?euros. Visiblement, le groupe Lagardère n?est toujours pas vendeur. Même dans cette hypothèse, France Télévisions aurait-il la permission du gouvernement ? La dernière majorité présidentielle voyait l?opération d?un très mauvais ?il. A l'heure où les finances publiques sont exsangues, l?Elysée craignait en effet d?être accusée d?utiliser l?argent public pour voler au secours d?un groupe privé ? en l?occurrence Lagardère, dont Nicolas Sarkozy avait même qualifié le patron, Arnaud Lagardère, de "frère".

Une chaîne jeunesse en définition standard

Deuxième option avancée: la création d?une chaîne dédiée à la jeunesse. Le précédent gouvernement avait refusé de réserver l?un des six nouveaux canaux HD de la TNT demandé par France Télévisions. A l?époque, il souhaitait d?abord privilégier les groupes privés, marris de l?arrivée de Canal Plus dans la télévision gratuite avec Direct 8 et Direct Star. Ensuite, l?Elysée ne croyait pas à la promesse du groupe public de créer une nouvelle chaîne sans demander de rallonge à l?Etat. Cette fois, France Télévisions se propose de préempter un canal en définition standard encore vacant. Avantage : les coûts de diffusion sont de deux à trois inférieurs à la haute définition, qui atteignent déjà 12 millions d'euros.

Cette option induit la cession de la participation dans Gulli. France Télévisions ne souhaiterait pas créer de concurrence à cette chaîne, dans la mesure où cela dévaloriserait de facto son prix. Dans cette hypothèse, le groupe privé serait éventuellement acquéreur des parts de France Télévisions. Mais, selon nos informations, les deux groupes ne sont pas d'accord sur le prix de la chaîne. Tous les mois, France Télévisions rencontre Lagardère pour le sonder sur ses intentions.

 

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 13/06/2012 à 15:17 :
il est urgent et de nécessité publique d'avoir une chaîne non abêtissante.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :