Nicolas Demorand démissionne de la direction du journal Libération

Nicolas Demorand, le directeur du journal Libération, a démissionné jeudi de ses fonctions de directeur à la suite d'une violente crise qui secoue le quotidien depuis une semaine.
Libération est encore une entreprise dominée par le papier, estime Nicolas Demorand, son désormais ex directeur. (DR)
"Libération est encore une entreprise dominée par le papier", estime Nicolas Demorand, son désormais ex directeur. (DR)

"J'espère que mon départ permettra aux uns et aux autres de retrouver la voie du dialogue." Dans un entretien accordé au journal Le Monde, le directeur du quotidien Libération, Nicolas Demorand, explique les raisons de sa démission.

Directeur du quotidien depuis mars 2011, il a vu ses relations se détériorer avec sa rédaction, subissant notamment quatre votes de défiance depuis son arrivée. Vendredi 7 février, la rédaction du quotidien s'était mise en grève après avoir refusé la parution d'un texte de son directeur, explique Le Monde.

Un projet de refonte qui déplaît aux salariés

Dans la foulée, les salariés ont découvert vendredi soir avec colère un bref texte des actionnaires, élaboré par Bruno Ledoux, également propriétaire du siège au centre de Paris, résumant un projet de refonte du quotidien.

Libé ne serait plus seulement un éditeur papier mais "un réseau social, créateur de contenus monétisables sur une large palette de supports multimédias", écrivent les actionnaires.

La rédaction quittera les 4.500 m2 du siège, rue Béranger, dans le quartier du Marais, qui seront réaménagés par le célèbre designer Philippe Starck en "un espace culturel et de conférence comportant un plateau télé, un studio radio, une news room digitale, un restaurant, un bar, un incubateur de start-up", sous la marque "Libération", comme un "Flore du XXIe siècle".

>> Face à Internet, la presse écrite a-t-elle encore un avenir? 

"Nous sommes un journal"

Les salariés de Libération ont répondu samedi en affichant un slogan à la "Une" : "Nous sommes un journal". Lundi, ils écrivaient en réponse à ceux qui les accusent de "ringardise" pour refuser le projet multimédia des actionnaires : 

Libération est tout sauf +un seul éditeur de presse papier+ (...) la diversification n'est pas un gros mot pour nous. Il fait même partie de notre ADN.

Et de citer les forums et débats organisés par Libération, les vidéos, le site ou le compte Twitter du journal qui fut parmi les premiers à se lancer sur le web.

"Je cristallise une partie des débats"

Dans ce climat houleux, Nicolas Demorand a donc choisi de quitter ses fonctions, comme il l'explique au Monde :

Libération vit désormais une crise ouverte, je cristallise une partie des débats et j'estime qu'il est de ma responsabilité de patron de redonner des marges de manœuvre et de négociation aux différentes parties.

Le désormais ex-directeur du quotidien classé à gauche sur l'échiquier politique a assuré démissionner de son plein gré :

J'ai reçu hier encore le soutien plein et entier des actionnaires et je prends cette décision parce que j'estime qu'il faut débloquer la situation dans laquelle se trouve Libé, avec un affrontement très clair entre la rédaction et une partie de l'actionnariat. J'ai été confronté, pendant mes trois ans passés à Libération, à des crises sévères, mais c'est la première fois qu'il m'apparaît clair que je dois bouger.

"Une entreprise dominée par la papier"

Sa décision, explique-t-il, "résulte d'une divergence stratégique profonde". Libération, dit-il, est "encore une entreprise dominée par le papier". Il explique n'avoir pas réussi à faire glisser le journal vers le numérique :

J'ai présenté aux actionnaires un projet de refondation complet de Libé, qui permettait à l'entreprise de devenir plurimédia autour d'un journal fort mais repensé. Les actionnaires ont validé cette stratégie qui a été présentée aux élus en CE. Depuis, on est dans une situation de blocage.

A la télévision

Nicolas Demorand, qui va continuer à faire de la télévision - il intervient notamment chaque dimanche dans l'émission "le Supplément politique" sur Canal Plus - illustre ce blocage par deux exemples : 

Deux illustrations : sur Internet, la rédaction papier ne produit en moyenne que 0,1 article par semaine et par journaliste pour le site. Quant aux forums, seule une fraction de l'équipe souhaite participer aux événements que nous-mêmes organisons. Pour que Libération survive, cette mutation multi-support devra être faite.

>> Lire : l'intégralité de l'interview de Nicolas Demorand sur Le Monde

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Commentaires 9
à écrit le 13/02/2014 à 22:54
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S'il n'a pas été éjecté à combien s'évalue son parachute?

à écrit le 13/02/2014 à 16:43
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A force de lécher Demeurand finira bien comme Sérillon

à écrit le 13/02/2014 à 16:01
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Je me suis désabonné de Libération il y a un mois, avec un certain remords, vu l'état du quotidien. Je suis provincial (bon d'accord, ça fait plouc) mais je ne pouvais plus supporter l'étalage de la pseudo culture de la moitié des pages du journal, u...

le 14/02/2014 à 12:50
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+ 1

à écrit le 13/02/2014 à 15:20
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Franchement... Demorand... On peut comprendre que les médias s'émeuvent du départ d'un des leurs, mais quand même, il n'y a pas en faire un plat ! Le pb, c'est que Libé a trahi son lectorat, et dans un secteur mouvementé comme la presse, ça ne pardon...

à écrit le 13/02/2014 à 14:28
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Les rats quittent le bateau Et les poissons morts nagent dans le sens du courant Proverbe chinois.

à écrit le 13/02/2014 à 14:15
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enfin une bonne nouvelle !

à écrit le 13/02/2014 à 13:36
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Libe , c'est plus vraiment de l info. Y a une ligne directe avec Solférino. Dommage certaines pages culture étaient bonne .

à écrit le 13/02/2014 à 12:53
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mr de morand me paraissait un peu "jeune" pour diriger un tel journal, qui est arque-bouté sur de vielles lunes gauchistes, une bonne partie de la rédaction étant de vieux soixante- huitards,adolescents attardés qui n'ont pas vu le monde changer auto...

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