Charlie Hebdo reversera l'intégralité des dons aux familles des victimes

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Dans un communiqué, la direction de Charlie Hebdo entend rectifier les chiffres fantaisistes qui circulent sur les recettes du journal, pour répondre aux déclarations inopportunes, inexactes, source de rumeurs malveillantes et de nouvelles tensions.
Dans un communiqué, la direction de Charlie Hebdo entend rectifier "les chiffres fantaisistes qui circulent sur les recettes du journal", pour répondre aux "déclarations inopportunes, inexactes, source de rumeurs malveillantes et de nouvelles tensions". (Crédits : © Eric Gaillard / Reuters)
Pour mettre fin aux polémiques des derniers jours sur les recettes du journal, ainsi que sur le montant des dons reçus et leur utilisation, la direction de l'hebdomadaire satirique fait une mise au point. Sera-ce suffisant pour apaiser les tensions entre la rédaction et sa direction? En avril, quinze salariés sur la vingtaine que compte le journal, ont réclamé une nouvelle gouvernance et un statut "d'actionnaires salariés à part égale".

Charlie Hebdo a reçu, depuis les attentats de janvier, "environ 4,3 millions d'euros" de dons auxquels l'hebdomadaire "a intégralement renoncé en faveur des victimes", a annoncé lundi 18 mai la direction du journal satirique, en proie à des tensions internes, en particulier sur l'utilisation de cet argent.

Cette somme, recueillie notamment auprès de "36.000 donateurs venant de 84 pays différents", sera déposée "à la Caisse des dépôts et consignations", précise la direction du journal dans un communiqué.

"La répartition de ces dons sera confiée à une commission de sages", désignés à la demande du journal par la ministre de la Justice, ajoutent Riss et Eric Portheault, respectivement directeur de la publication et gérant du titre, théâtre de divisions depuis plusieurs semaines.

Des tensions entre la rédaction et la direction

Dernier incident en date, une des journalistes de Charlie Hebdo, Zineb El Rhazoui, a fait savoir la semaine dernière qu'elle était convoquée pour un entretien préalable à un licenciement. La direction avait ensuite assuré qu'il s'agissait uniquement de lui rappeler ses "obligations" professionnelles.

"Elle n'assure pas les obligations de son contrat de travail de façon satisfaisante. Cela pose des problèmes concrets au fonctionnement de la rédaction (...) J'espère que le courrier envoyé remettra les choses sur les rails", justifie Riss lundi, dans un entretien au Monde, évoquant des difficultés liées à "sa présence aux conférences de rédaction" et aux "délais de rendu de ses articles".

La direction de Charlie a, depuis, annulé la convocation et adressé à la journaliste un simple courrier, selon le journal. Ce différend intervient alors que la rédaction est divisée depuis les attentats. Quinze salariés - dont Mme Rhazoui - sur la vingtaine que compte le journal, ont réclamé en avril une nouvelle gouvernance et un statut d'"actionnaires salariés à part égale", contestant l'utilisation des fonds recueillis.

Mise au point de la direction sur les dons

"Cet argent doit être redistribué aux victimes, c'était l'engagement qui avait été pris (...) par des membres de la direction ou des avocats", avait déclaré vendredi sur France Info l'urgentiste Patrick Pelloux, chroniqueur à Charlie Hebdo. "Or, à l'heure actuelle, on ne sait pas trop comment ça va se passer", a-t-il ajouté.

Dans son communiqué, la direction entend rectifier "les chiffres fantaisistes qui circulent sur les recettes du journal", pour répondre aux "déclarations inopportunes, inexactes, source de rumeurs malveillantes et de nouvelles tensions".

Au total, "la marge brute réalisée sur les ventes du journal depuis les attentats de janvier est estimée à environ 12 millions d'euros à ce jour, avant impôts sur les sociétés (33,33%)", précisent les actionnaires de Charlie qui rappellent "leur engagement absolu à ne percevoir aucun dividende sur ces sommes".

L'euphorie du numéro post-attentat n'a pas duré

Après un "numéro des survivants" post-attentat, parti à 8 millions d'exemplaires, le dernier Charlie Hebdo s'est vendu "à 170.000 exemplaires", a précisé à l'AFP Me Christophe Thévenet, avocat de l'hebdomadaire. Les ventes devraient se stabiliser autour de 100.000 exemplaires, a-t-il estimé, à propos du titre qui totalise quelque 270.000 abonnements. Charlie Hebdo est détenu actuellement à 40% par les parents de son ex-directeur de la rédaction, Charb, tué dans l'attaque du 7 janvier, à 40% par Riss et 20% par le directeur financier, Eric Portheault.

Dans Le Monde, Riss estime que Charlie "ne pourra pas rester à seulement deux actionnaires. Il y aura une ouverture du capital". Il se dit ouvert à la discussion, mais "en septembre, après la nouvelle formule du journal. Aujourd'hui, j'aurais peur que nous prenions des décisions sous le coup de l'émotion".

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 19/05/2015 à 15:09 :
Non, je me barre, c'est difficile pour moi de travailler dans la peur, j'ai la trouille, pas vous ?
a écrit le 19/05/2015 à 13:41 :
Bizarrement, je n'ai pas souvenir que les "journalistes" de Charlie, aient demandé à devenir actionnaires à parts égales lorsque le titre était menacé de faillite et risquait de mettre la clé sous la porte...
Quelle surprise de voir un tel engouement lorsque l'argent coule à flot ! Il aurait été préférable et certainement plus légitime de demander à prendre part au capital pour renflouer le journal plutôt que de s'octroyer une part du gâteau !
Ahhh, quand la gauche caviar se révèle !
(J'entends de là les huées des Charlie fanboys qui diront à n'en pas douter que c'est uniquement pour s'assurer du reversement des dons aux victimes et absolument pas pour le partage des 12M de marge réalisée)
Réponse de le 19/05/2015 à 14:53 :
Je ne sais pas à qui "appartenait" le titre, mais il me semblait que c'était à des journalistes ou dessinateurs ? Qui pour la plupart sont morts. Peu importe s'ils n’étaient qu’employés, pigistes, en charge du ménage ou de la compta, je ne pense que cela était prévu dans leur contrats de travail.
Le plus équitable serait donc de reverser l'ensemble de l'argent aux familles des victimes. C'est ce que semble demander Pelloux.
Par ailleurs, ça m’étonnerait qu'un hebdo ne puisse pas vivre confortablement avec plus de 300000 exemplaires.
a écrit le 19/05/2015 à 12:44 :
On peut comprendre que des journalistes menacés de mort et ayant également subi un choc, suite à la mort tragique de leurs collègues ne soient pas aussi performants au travail qu'avant. Mais de là à essayer de les licencier, c'est sordide.
Le départ de Luz n'est pas rassurant, même s'il est compréhensible, vu le traumatisme subi.

L'attitude de la Direction est étrange. Soit ils ont dépassés par la gestion du titre, soit c'est la brusque profusion d'argent ou de pouvoir qui leur fait faire n'importe quoi ? Peut être méritent ils également une lettre d’avertissement pour fait fautif ?
Vu de extérieur le problème semble pourtant simple à résoudre, pour conforter la solidarité autour du titre il suffisait de créer une direction collégiale, comme proposé par la majorité des journalistes, ou de faire appel à une supervision externe, afin de garantir l’intégrité des décisions.
Vu le contexte particulier de mobilisation mondiale, l’état lui même devrait veiller au bon déroulement des choses. Car au moindre faux pas, c'est l'image du Pays lui même qui risque d’être entachée. Sans obligatoirement faire de l’interventionnisme, mais au moins en assurant un contrôle rigoureux.
a écrit le 19/05/2015 à 8:39 :
Du rififi chez les Charlie, quels Charlots.
a écrit le 18/05/2015 à 23:37 :
En tout cas moi je ai soutenu Charlie parce que il faut lutter contre le cléricalisme. J espère qu ils n oublierons pas de continuer à porter haut le drapeau de la libre pensée. Au 21 ème siècle on ne peut pas permettre le prosélytisme. Garder cet argent, il est le garant de votre indépendance.
a écrit le 18/05/2015 à 21:31 :
C'est bizarre 4 millions de dons

3 fois moins que le sarkoton ???
a écrit le 18/05/2015 à 18:59 :
Dans la liste des victimes , j'espère que l'imprimeur ruiné à causer d'eux , y est inscrit aussi

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