Google, le nouveau rédacteur en chef des médias européens ?

Perrine Créquy

Perrine Créquy
David Drummond, le vice-président senior de Google chargé du développement et du juridique, a fait une apparition remarquée à Barcelone, lors du Sommet du GEN.
Une homélie très applaudie.
Il y a un an, l'idole Google était le diable aux yeux des éditeurs européens, un démon utilisant leurs contenus sans reverser un centime. Ces médias, allemands pour la plupart, portaient alors sur les fonts baptismaux l'« Open Internet Project », une communauté forte de 400 fidèles convertis jusque dans les rangs du tourisme et de l'e-commerce.
Le 15 mai 2014, ils publiaient leur credo contre les monopoles de l'Internet et priaient la Commission européenne de sanctionner Google pour abus de position dominante.
En réponse, le géant américain a appliqué la loi du talion. En octobre dernier, il supprimait de ses sites la présentation des articles de 170 éditeurs allemands.
Un mois plus tard, Axel Springer capitulait, maudissant une perte de trafic de 40%. En décembre, Google News a fermé en Espagne, autre bastion pro-schisme. David Drummond a confessé que cette décision avait été « la plus difficile » de sa carrière. En France, les relations s'étaient détendues dès 2013 après que le géant américain avait accepté d'allouer 60 millions d'euros, via un fonds d'aide.
La veille recette de la multiplication des pains fait toujours des miracles. Pour revenir en grâce auprès des éditeurs européens, Google a promis en avril dernier la création d'un fonds pour l'innovation dans les médias doté de 150 millions d'euros.
Google apportera aussi sa bénédiction - sonnante et trébuchante - à la formation professionnelle et à la recherche informatique appliquée aux médias. L'université de Londres est déjà sur les rangs.
Bon Samaritain des médias, évangélisateur des rédactions, mais aussi saint patron de la liberté d'expression. Google a dévoilé cette ambition en évoquant le mystérieux projet « Shield » :
David Drummond, qui n'était pas intervenu devant les éditeurs depuis cinq ans, a repris son bâton de pèlerin une semaine plus tard, aux Cannes Lions, devant les acteurs de la publicité. Un prosélytisme opportun : depuis un mois, deux autres colosses du numérique, Facebook et Apple, proposent eux aussi de distribuer les articles d'éditeurs partenaires au sein de leurs plateformes.
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Perrine Créquy
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