La désinformation, écueil possible sur la route du vaccin

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(Crédits : Andreas Gebert)
La désinformation, à l'ampleur inédite en 2020, pourrait-elle entraver de futures campagnes de vaccination contre le Covid-19 ? Alors que la confiance dans les institutions est déjà largement entamée, cette éventualité inquiète médecins et autorités.

Véhiculée à la vitesse de Facebook, Twitter, YouTube ou WhatsApp, "la désinformation a pris une ampleur inégalée", observe Sylvain Delouvée, chercheur en psychologie sociale à l'Université de Rennes-2.

Le phénomène, d'une ampleur énorme, a en outre un "impact négatif  sur la confiance dans les vaccins, les institutions et les découvertes scientifiques en général", abonde Rory Smith, de l'ONG de lutte contre la désinformation First Draft.

Dès le mois de février, l'OMS s'alarmait face à cette "infodémie" dangereuse: parce que les populations peuvent s'intoxiquer avec des produits présentés comme des remèdes (alcool, eau de javel, médicaments...) mais aussi parce que les infox peuvent dissuader de suivre les recommandations sanitaires, comme porter un masque ou se faire vacciner.

Remèdes bidon, fausses affirmations sur les masques ou thèses complotistes autour d'une vaste machination mondiale pour asservir les populations, "la pandémie de Covid-19 a aussi mis en lumière le caractère mondial" de la désinformation, qui "transcende naturellement langues et frontières", explique Rory Smith.

L'AFP a publié depuis janvier plus de 2.000 articles de vérification autour de fausses allégations sur le Covid, qui entretiennent doute et confusion sur la pandémie, avec en point d'orgue fréquent le futur vaccin.

Depuis des mois, des milliers d'internautes clament leur refus d'être vaccinés. Mi-novembre, la responsable de la vaccination à l'OMS Katherine O'Brien se disait "très préoccupée" par la désinformation et ses conséquences sur l'acceptation du vaccin.

Porosité

Même s'il est difficile de mesurer précisément l'impact des infox sur le sentiment anti-vaccinal et sur la décision in fine de se faire vacciner ou non, plusieurs études relèvent néanmoins une grande porosité entre les deux, même si d'autres facteurs entrent aussi en jeu.

Les vagues de désinformation sont "associées à une baisse moyenne des taux de vaccination", avance même le chercheur Steven Wilson, qui a examiné en détail l'impact des réseaux sociaux sur "l'hésitation vaccinale" dans une étude publiée en octobre dans le "British Medical Journal - Global Health".

Les inquiétudes sont d'autant plus grandes que l'adhésion à un futur vaccin sera particulièrement cruciale dans un contexte de pandémie qui paralyse une bonne partie du monde et face à laquelle un vaccin largement diffusé ressemble à un billet de sortie indispensable, notent experts et scientifiques.

Une adhésion déjà largement entamée depuis des années.

Déjà surreprésentés sur internet, les groupes anti-vaccins, très organisés, se sont encore renforcés avec la pandémie, profitant d'une "chambre d'écho" d'une ampleur inédite, parfois relayée par des célébrités via des réseaux sociaux "qui permettent à des groupes marginaux de diffuser leur message" à une audience très large, comme le note Steven Wilson.

On retrouve d'ailleurs plusieurs fausses affirmations sur les vaccins dans les deux documentaires complotistes à succès "Plandemic" (Etats-Unis) puis "Hold-Up" (France). Quant à l'idée selon laquelle le vaccin contre le Covid servira à implanter des puces électroniques... elle a représenté l'un des "cartons" de 2020.

Cette déferlante intervient sur un terrain propice dans de nombreux pays, où les opinions publiques sont déjà réticentes, comme en Suède ou en France.

Selon un sondage Ipsos, seuls 54% des Français déclaraient en octobre qu'ils se feraient vacciner contre le Covid-19 : 10 points de moins que les Américains, 22 de moins que les Canadiens, et en retards de 33 points sur les Indiens.

Sur 15 pays, 73% des personnes interrogées affirmaient qu'elle se feraient vacciner contre le Covid si un vaccin existait, 4 points de moins qu'en août.

Question de confiance

Au-delà de la question des vaccins, se pose celle de la "confiance" dans les institutions, expliquent les experts du sujet. "Le même point commun" des thèses complotistes, "c'est que nos élites, nous mentent", explique Sylvain Delouvée.

L'idée que le Covid-19 est "une machination" ou "fait partie d'un plan des élites pour contrôler la population mondiale" est l'une des plus virales sur les réseaux sociaux, note aussi Rory Smith. Résultat, toute prise de parole perçue comme officielle est décrédibilisée d'avance.

La désinformation "s'appuie sur une montée des défiances vis-à-vis de toute forme d'autorité instituée, gouvernementale ou scientifique", observe encore M. Delouvée, une tendance qui s'est notamment illustrée en France dans le mouvement hétéroclite des "Gilets Jaunes".

"Quand on regarde la corrélation entre le refus de la vaccination et (...) le manque de confiance dans le gouvernement et dans le système en général, on voit que les deux choses sont parallèles", notait aussi récemment la virologue Marie-Paule Kieny, présidente du comité scientifique sur le vaccin en France.

Autre difficulté, le discours anti-vaccin profite aussi du fait que des questions fondées peuvent encore être posées sur leur efficacité -pour l'instant seulement avancée par les fabricants- de ces vaccins mis au point en un temps record, leur disponibilité (notamment dans les pays pauvres) ou encore autour de l'utilisation de certaines technologies nouvelles.

"Quand les gens ne peuvent pas accéder à des informations fiables sur les vaccins et que la défiance envers les acteurs et institutions liées aux vaccins est forte, la désinformation s'empresse de remplir ce vide", note First Draft.

D'où les multiples appels à la plus grande transparence, "élément indispensable pour obtenir l'adhésion" au futur vaccin, selon Daniel Floret, de la Haute autorité de santé

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Commentaires
a écrit le 30/11/2020 à 12:34 :
Sang contaminé: "circulez y'a rien à voir"
Nuage de Tchernobyl: "contournement de la France" grâce à un anticyclone imaginaire
Médiator: "circulez y'a rien à voir"
Masque au début de la crise: "inutile, pas besoin, circulez y'a rien à voir"
Dépistage au début de la crise: ""inutile, pas besoin, circulez y'a rien à voir"

Comment peut-on avoir confiance dans la parole publique dans le domaine médical ?
a écrit le 29/11/2020 à 16:01 :
Sachez qu'une "désinformation" est déjà un information par elle même! En faire une publicité la rend suspecte!
a écrit le 28/11/2020 à 20:02 :
Plein le dos de la "désinformation"; écrivez fausse nouvelle ou mensonge
a écrit le 28/11/2020 à 19:39 :
...on peut quand-même se poser des questions sur les vaccins sans pour autant être vaccinophobe!
La rapidité dans la conception et la mise sur le marché des vaccins est à minima surprenante.
La vitesse ne peut pas être non plus de la précipitation.
Force est de constater qu'au prix des doses, il tarde à quelques uns de se faire des "co....les en or".
A titre personnel, pas question de le faire vacciner avant au moins 6 mois. Je n'aime pas essuyer les plâtres.
a écrit le 28/11/2020 à 18:55 :
Face au vrai cynisme des hommes d'affaires, que nous voyons de mieux en mieux, il est logique que cela attise l'imagination d'une population que se réveille d'une longue et profonde torpeur. Alors que c'est faire beaucoup d'honneur à ces premiers qui sont seulement cyniques.
a écrit le 28/11/2020 à 18:42 :
Comment faire pour s'y retrouver quand c'est la ministre de la santé qui
désinforme sur les masques et les tests et l'état qui interdit leur vente et celui de médicaments comme l'hydrochloroquine aux pharmacies et au public ?
Comment faire confiance au gouvernement qui ment dans ces circonstances et
est responsable de milliers de morts supplémentaires !
Réponse de le 29/11/2020 à 9:26 :
Une annonce parue ce 27 novembre qui n’a pas été commentée par le ministre de la Santé,

L’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM) annonce la démission de son directeur général Mr Dominique Martin « à sa demande ». Le directeur général de l’ANSM, censé être autonome, est sous tutelle ministérielle. Après les scandales de la Dépakine, de l’essai mortel Biotrial, l' Uvestérol D et du Levothyrox voilà que l' hydroxychloroquine aurait des effets graves et mortels. D’un côté l’hydroxychloroquine qui a fait l’objet d’un surprenant refus de règlement temporaire d’utilisation à la demande de l’IHU de Marseille ou le remdesivir, traitement extrêmement toxique pour le foie et les reins dont la toxicité et des problèmes étaient connu dès le mois d’avril feront surement partie du scandale de trop, pour ne pas parler du Rivotril administré comme traitement compassionnel à nos ainés ! Lors de la commission d'enquête sénatoriale le 22 octobre 2020, Dominique Martin avait déclaré en justifiant la ATU (autorisation temporaire d'utilisation) de cohorte accordée au Remdesivir (traitement aujourd'hui déconseillé par l'OMS mais qui a interdit en parallèle les autopsies pour vérifier comment sont morte les personnes dans les Ehpad ! ) « cette grande étude extrêmement solide qui a montré cette réduction d'hospitalisation ». Le gouvernement a adopté un décret dès le 28 mars donnant droit aux pharmacies d’officine de dispenser sous « forme injectable » le Rivotril aux patients atteints du Covid-19 ou susceptibles de l’être. pourtant , Le syndicat Jeunes Médecins a demandé au Conseil d'État de suspendre ce dispositif. « L'administration de cette molécule (contre-indiquée en cas d’insuffisance respiratoire) à un patient souffrant du Covid-19 aura pour effet d’atteindre une sédation terminale à domicile entraînant le décès », argumentait le syndicat.
a écrit le 28/11/2020 à 17:58 :
Les chinois se cassent pas la tête ,ils le font sur des pakistanais pour vérifier les effets.


Le vaccin développé par le laboratoire chinois CanSinoBio et l'Institut chinois de biotechnologie de Pékin est testé à grande échelle au Pakistan. 7.000 personnes sur les 10.000 participants attendus ont reçu le vaccin chinois contre le Covid-19 en attente d'homologation, ont indiqué des responsables en charge de la campagne de vaccination. "Je me suis porté volontaire pour une noble cause qui aidera l'humanité", a déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, un volontaire à l'hôpital Shifa d'Islamabad, où les personnes vaccinées reçoivent 50 dollars (42 euros) pour leur peine. "D'autres devraient se porter volontaires et participer à cette noble cause qui sauvera des vies", a-t-il ajouté.
a écrit le 28/11/2020 à 17:43 :
Il y a de quoi disposer d' une certaine ..frilosité à l' égard des vaccins ARN. Une attention maximale doit être portée sur ces vaccins. Le mode opératoire de certains des vaccins à ARN est décrit dans le très intéressant rapport du CRiiGEN, publié en septembre 2020 -PDF 14 pages-. On le trouve à la recherche : Criigen Note d'Expertise Vaccins GM-2. C' est exceptionnel car cela rend compréhensible par tous le sujet très technique du mode opératoire de ces vaccins et les nombreux problèmes qu'ils posent : risques plus élevés d' immunotoxicité, de génotoxicité par mutagénèse et d'apparition de nouveaux virus par recombinaisons génétiques causées par de tels vaccins. Il dénonce aussi les scandaleux articles 2 et 3 du récent règlement européen 2020/1043.
a écrit le 28/11/2020 à 17:05 :
Normalement il faut des annees pour faire un vaccin. La on le fait en quelques mois. Il y a forcement moins de recul et plus de risques. Surtout si on utilise une nouvelle techno commePfizer (techno utilisee certes chez l animal mais jamais sur l homme).
Apres il faut peser le gain et le risque: le virus n est pas dangereux a part pour les vieux. Le vaccin est probablement inoffensif mais pas sur. Autrement dit un vieillard a tout interet a se faire vacciner. Pour une personne de 20 ans, mieux vaut passer son tour ...
Réponse de le 30/11/2020 à 8:57 :
Voilà un bel exemple de désinformation qu'est ce commentaire. NON, le virus n'est pas uniquement dangereux pour les vieux, des jeunes ont régulièrement été admis à l'hosto pour le covid. Une jeune sportive belge de 17 ans a même dû être amputée suite à une infection par Covid. Vous aller crier au fake ? Allez voir en réa à l'hôpital de Valenciennes. Tellement chargé qu'ils ont dû faire évacuer des patients en Allemagne. Et non, lire des sottises sur Facebook ne remplace pas 10 ans d'études de médecine. Pour info.

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