Succession Murdoch : 3,3 milliards de dollars pour mettre fin à la guerre du clan
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MIKE SEGAR
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La saga, qui a inspiré la série à succès « Succession », s'est conclue non pas par un coup de théâtre shakespearien, mais par la froide logique d'une transaction financière. Dans un communiqué lapidaire, le clan a annoncé que Prudence MacLeod, Elisabeth et James Murdoch « vont cesser de détenir des participations » dans les joyaux du groupe, du Wall Street Journal à Fox News, en passant par The Sun.
En échange de leur silence et de leur retrait, ils se partageront une somme colossale de 3,3 milliards de dollars. Une sortie en or massif qui met fin à des années de tensions et de manœuvres en coulisses.
L'accord redessine entièrement la structure du pouvoir au sommet de l'empire. Seuls Lachlan Murdoch et ses jeunes sœurs, Grace et Chloe, demeurent bénéficiaires du trust familial, le mécanisme juridique au cœur de la succession.
Cette résolution est l'épilogue d'une manœuvre audacieuse mais ratée du patriarche. Craignant que son empire ne dérive vers le centre après sa mort, sous l'influence de James et Elisabeth, Rupert Murdoch avait tenté de réécrire les règles du trust pour garantir que Lachlan soit le seul décisionnaire. Le plan prévoyait à l'origine des droits de vote égaux pour les quatre aînés, une configuration qui promettait le blocage, voire l'éclatement.
Mais la justice, saisie en décembre dernier à l'initiative de Prudence, Elisabeth et James, a mis un coup d'arrêt à ce projet. Dans une décision sévère, un tribunal du Nevada a estimé que le père et le fils avaient agi de « mauvaise foi ». Ce revers judiciaire a laissé Rupert Murdoch sans autre option que de sortir le carnet de chèques pour acheter la paix et imposer sa volonté.
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L'accord est bétonné : le nouveau trust, entièrement sous le contrôle de Lachlan, n'expirera qu'en 2050, verrouillant l'avenir pour au moins un quart de siècle.
Au-delà des ambitions personnelles, le conflit était profondément idéologique. James Murdoch, qui avait quitté News Corp avec fracas en 2020, n'a jamais caché son malaise face à la ligne éditoriale de Fox News, qu'il a publiquement accusée de « propager de la désinformation ». Son soutien officiel à Kamala Harris, rivale de Donald Trump lors de l'élection présidentielle de 2024, a été le symbole ultime de sa rupture avec le clan.
Cette divergence menaçait directement le legs politique de Rupert Murdoch. Son empire, souvent accusé d'avoir favorisé le Brexit au Royaume-Uni et l'ascension de Donald Trump aux États-Unis, est une machine d'influence redoutable. Fox News, en particulier, s'est imposée comme le fer de lance des batailles culturelles et politiques des conservateurs américains.
En sécurisant la place de Lachlan, Rupert Murdoch s'assure que cette machine continuera de tourner à plein régime. Les chiffres donnent le vertige et illustrent l'enjeu colossal de cette succession : Fox Corporation a déclaré un bénéfice net de 2,263 milliards de dollars pour un chiffre d'affaires de 16,3 milliards sur l'année fiscale terminée au 30 juin 2025 ; News Corporation a enregistré un bénéfice net de 1,180 milliard de dollars pour un chiffre d'affaires de 8,452 milliards.
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Le prix à payer fut exorbitant, mais pour le magnat des médias, la mission est accomplie. La "doctrine Murdoch", ce mélange d'information populaire, d'influence politique agressive et de conservatisme décomplexé, a désormais un avenir assuré. La succession est terminée. Le règne de Lachlan Ier peut commencer.
(Avec agences)
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