OPE rejetée sur SFR : Altice croise le fer avec l’AMF

Le groupe de télécoms et de médias du milliardaire Patrick Drahi conteste les arguments de l’Autorité des marchés financiers, qui a jugé son offre « imprécise » et in fine « non conforme ». Altice juge notamment que l'AMF fait fausse route en arguant que l’expert indépendant en charge du dossier n'aurait « pas pu se positionner » sur certaines demandes d'informations complémentaires. Un argumentaire qui, toutefois, ne fait pas l’unanimité…
Pierre Manière
Patrick Drahi, le propriétaire d'Altice, maison-mère de SFR.
Patrick Drahi, le propriétaire d'Altice, maison-mère de SFR. (Crédits : Reuters)

Cette décision était attendue. D'après nos informations, Altice, le groupe de télécoms et de médias du milliardaire Patrick Drahi a décidé de déposer un recours contre la décision de l'Autorité des marchés financiers, qui a retoqué son projet d'OPE sur le capital de SFR qu'il ne détient pas encore en totalité. La semaine dernière, l'institution a, fait rarissime, rejeté l'initiative, l'estimant « non conforme ». Dans le détail, l'AMF a fustigé l'imprécision des modalités d'un « contrat de franchise », obligeant SFR à rémunérer sa maison-mère Altice.

Initialement, Altice n'avait pas précisé le montant de ce contrat de franchise. Face aux demandes de l'AMF, le groupe de Patrick Drahi a fini par donner une fourchette située entre 2% et 3% du chiffre d'affaires. Une précision que l'AMF a jugée insuffisante.

« La mise en œuvre et les modalités » du projet de rémunération des actionnaires de SFR « demeurent imprécises », a argué l'autorité dans un communiqué, expliquant que « l'impact serait négatif et potentiellement significatif » du fait des fourchettes de parités choisies pour l'offre.

Ainsi, à ses yeux, « ces circonstances ne permettent pas de considérer que l'information destinée aux actionnaires minoritaires, notamment sur la justification de la parité d'échange retenue, soit complète, compréhensible et cohérente ».

Un Michel Combes « très surpris »

Dans un entretien exclusif à La Tribune, Michel Combes, DG d'Altice et PDG de SFR, s'est montré « très surpris » par la décision de l'AMF :

« L'AMF nous a demandé des précisions sur le niveau de la franchise, ce que nous avons fait. L'expert indépendant [le cabinet Accuracy, Ndlr], recommandé par l'AMF, a toujours considéré l'offre équitable. J'ai donc été stupéfait de voir l'AMF rejeter l'offre en arguant - ce qui est faux - que l'expert indépendant n'avait pas pu se positionner sur ses demandes ! »

Seulement, tout le monde n'est pas d'accord avec ce dernier point. « Ce n'est pas tout à fait juste », nous dit une source proche du dossier, renvoyant à la note d'information d'Altice (*) :

« Ce qui est écrit, c'est que l'expert indépendant a bien pris en compte cette fourchette comprise entre 2% et 3% du chiffre d'affaires de SFR dans ses analyses. Mais que ces précisions demeurent trop imprécises pour être conclusives, et se prononcer sur leur impact économique, et donc sur la valeur du titre. En d'autres termes, c'est un petit peu comme si vous vendiez un appartement en affichant un prix d'1 million d'euros, mais en précisant également qu'après signature, vous pourriez quand même changer ce prix... »

Un abus de droit du collège de l'AMF?

Reste que lors de notre entretien, Michel Combes n'en démord pas et ré-attaque l'AMF:

« Ce qui me dérange le plus, c'est que l'AMF ait de la sorte pris position sur la valorisation proposée ! Elle nous a plus ou moins clairement dit au cours de nos discussions que si nous acceptions de remonter le prix de l'offre de manière significative, elle donnerait son accord... Or, le droit boursier est formel : l'AMF n'a pas à se prononcer sur la parité d'une offre. Je considère que la position du collège est donc un abus de droit, car elle prive l'actionnaire de son droit d'actionnaire. »

Avant de tirer à boulets rouges sur l'institution, qui se serait, à l'en croire, servie de cette OPE pour « élargir son champs de compétence ».

« C'est bien sûr son droit, poursuit le dirigeant. Mais je pense que ces questions devraient être traitées par le législateur à l'occasion d'un débat public et contradictoire, et non pendant une opération en cours. Sans compter qu'à l'étranger, cela renvoie une image désastreuse sur l'imprévisibilité de la régulation des marchés en France. N'oublions pas que nous sommes entrés avec le Brexit dans une compétition entre places financières... »

De quoi augurer, dans tous les cas, d'un sacré bras de fer...

(*). Extrait de la note d'information d'Altice précisant que pour l'expert indépendant, la fourchette de 2% à 3% du chiffre d'affaires ne lui permet pas d'être « conclusif », selon notre source :

Note d'information d'Altice

Pierre Manière

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Commentaires 2
à écrit le 16/10/2016 à 17:54
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Une redevance de 2 à 3% du chiffre d'affaire. L'incerttitude se traduit par une surévaluation potentielle de 10% de la valeur du titre Altice et une sous-évaluation potentielle de 15% du titre SFR. Bel impact sur la parité!

à écrit le 15/10/2016 à 15:12
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2/3% par an vers pays bas ... =>evasion fiscale (sachant que la boite va faire moins 2/3% par an mini)

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