Naissance d'un nouveau numéro un mondial de la publicité

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Maurice Lévy, président du directoire de Publicis Copyright Reuters
Maurice Lévy, président du directoire de Publicis Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Le groupe français Publicis, numéro trois mondial de la publicité, et son rival américain Omnicom, actuel numéro deux, vont fusionner pour former un nouveau leader du secteur, baptisé Publicis Omnicom Group

Le groupe français Publicis, numéro trois mondial de la publicité, et le numéro deux, l'américain Omnicom, ont dévoilé dimanche un projet d'union qui doit les propulser au premier  rang du secteur, et les renforcer face à la révolution du numérique. "Ce moment s'annonce historique et extrêmement important pour l'histoire des deux groupes et de la publicité", a souligné le patron de Publicis Maurice Lévy, lors d'une conférence de presse à Paris avec John Wren, son homologue d'Omnicom. "Je suis extrêmement heureux de cette opération qui va donner naissance au 1er groupe mondial", a-t-il ajouté.

Les groupes prévoient de fusionner au sein de Publicis Omnicom Group, une maison-mère qui sera cotée à Paris et New York. La direction opérationnelle sera maintenue dans ces deux villes, mais le siège social sera établi aux Pays-Bas. Un choix effectué par souci de neutralité et non pour des motifs fiscaux, ont assuré les deux dirigeants. L'union, que les deux groupes espèrent boucler fin 2013 ou début 2014, devrait bouleverser le podium des groupes de publicité.

Numéro un mondial, devant le britannique WPP

Si elle aboutit, elle créera un nouveau numéro un mondial incontesté du secteur, devant l'actuel chef de file, le britannique WPP, avec un chiffre d'affaires cumulé de 17,7 milliards d'euros et une valeur en Bourse de 26,5 milliards. Reflétant la valeur boursière équivalente de Publicis et d'Omnicom, leurs actionnaires respectifs (dont, côté Publicis, la philosophe Elisabeth Badinter, fille du fondateur Marcel Bleustein-Blanchet) auront chacun 50% du nouvel ensemble.

Maurice Lévy s'effacera dans moins de trois ans

Reflétant cet équilibre à 50/50, Publicis Omnicom Group sera codirigé au départ par Maurice Lévy (71 ans) et John Wren (58 ans). Cependant, au bout de 30 mois, le premier passera les rênes au second, se contentant d'un rôle de président non exécutif. L'opération pourrait permettre aux deux sociétés non seulement de dégager des synergies (évaluées à 377 millions d'euros ou 500 millions de dollars, à un horizon non précisé), mais surtout de mieux s'adapter à la vague du numérique. Celle-ci bouscule le marché publicitaire, l'essor des plateformes en ligne (mobiles, tablettes, applications dédiées) mettant à la peine les canaux traditionnels comme la presse écrite. Quant aux conséquences sur l'emploi, "je pense que si nous faisons bien notre travail, nous serons probablement créateurs d'emplois, même si nous passerons peut-être par une petite phase d'ajustement", a assuré Maurice Lévy.

Mais s'il s'est dit fort du "soutien" des pouvoirs publics français, la CGT a critiqué "une méga-opération financière plutôt qu'une fusion pertinente et complémentaire", et réclamé "une intervention du gouvernement et des autorités de la concurrence pour éviter toute situation de monopole en France et outre Atlantique".

Et les règles de concurrence?

Reste en effet à voir quel sera l'accueil que les gendarmes de la concurrence réserveront à ce projet de nature à accélérer fortement la concentration du secteur. Les deux groupes se disent confiants sur ce point. "Il y a beaucoup de concurrence" dans le secteur, notamment du fait de l'émergence de nouveaux acteurs comme Google et Facebook, a plaidé John Wren. Chacune des deux parties apportera dans la corbeille des réseaux d'agences publicitaires puissants (côté français, Publicis Worldwide, Saatchi & Saatchi, Leo Burnett; côté américain, BBDO, DDB et TBWA), avec les budgets de très grandes marques qui vont avec (Nike, LVMH ou Nestlé pour le groupe des Champs-Elysées; Volkswagen, Unilever ou ExxonMobil, pour son partenaire de Madison Avenue).

Les concurrents critiquent déjà

Dans le secteur, ce mariage a fait grincer des dents. Le patron d'Havas, David Jones, a pourfendu ce qu'il appelle une stratégie de "walmartisation" (course à la taille), face à de nouveaux concurrents hyper-agiles comme Facebook, de taille bien plus réduite. Selon lui, le projet va "détourner l'attention" des employés de leurs clients.

Ce projet, s'il réussit, constituera une consécration éclatante pour Publicis, fondé en 1926 à Paris par Marcel Bleustein-Blanchet, considéré comme l'un des pères de la publicité moderne et des slogans accrocheurs ("Brunswick, le fourreur qui fait fureur", "Dubo, Dubon, Dubonnet" ou encore "André : un chausseur sachant chausser") et des premiers slogans chantés à la radio. Il marquerait aussi un aboutissement personnel pour M. Lévy qui n'a eu de cesse d'internationaliser Publicis. Il a assuré ne pas agir par antagonisme personnel avec Martin Sorrell, patron de l'actuel numéro un mondial, le groupe britannique WPP. "Il n'a jamais été notre bête noire et nous ne nous sommes pas déterminés par rapport à lui", a-t-il dit.

Enfin, ce mariage illustre une fois de plus la puissante dynamique de consolidation à l'oeuvre au sein du secteur publicitaire. Il y a à peine un an, le japonais Dentsu avait annoncé le rachat pour près de 4 milliards d'euros du groupe britannique Aegis, bouclé en mars.

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Commentaires
a écrit le 28/07/2013 à 23:13 :
Philosophe, philosophe...faut pas pousser quand même.
a écrit le 28/07/2013 à 22:24 :
Si on comprend bien, Omnicom va à terme manger Publicis et c'est donc des USA que sera dirigé la politique de com' de notre Président Normal, car c'est Publicis qui a le marché. Omnicom va t-il encourager Normal a critiqué son ennemi juré : la finance et en particulier la finance américaine, à suivre...
a écrit le 28/07/2013 à 22:08 :
Gros Problème "Moi Président, Je", "n'aime pas les riches" dit-il : surtout s'ils sont en France. C'est, précisément en Mars 2012, la rémunération justifiée de Maurice Lévy, au regard des classifications mondiales, qui a conduit "Moi Président, Je" choqué (prétendument) à décider, élu, d' imposer à 75% les rémunérations au delà de 1 million d'euros. Et Aux Anglais, dans la foulée, par la voix de son Chef de Gouvernement, David Cameron, de dérouler opportunément un tapis rouge aux Français voulant réussir au delà de 1million d'euros. L'objectif est atteint, bien en deçà. Car "Moi Président, Je", bien qu'ayant durant toute sa campagne promis que "les classes moyennes, n'avaient absolument rien à craindre en fiscalité" les matraque au maximum, et toujours plus, sans parler des ouvriers, qui ne bénéficient plus de la détaxation intégrale des heures sup : qui permettaient à ces courageux défavorisés, grace aux engagements 2007 de Sarkozy, de travailler plus, pour gagner plus : 15 à 20% de plus par an. Et à leur entreprise d'etre, sous Sarkozy, plus réactive aux grosses commandes ponctuelles ou exceptionnelles avec un personnel motivé et solidement formé, et d'etre beaucoup plus compétitive. Selon les derniers sondages, nos meilleurs cerveaux en grandes écoles visent à leur fin de hautes études, les pays à fiscalité raisonnable, et ne punissant pas et ne diabolisant pas la réussite. Je suppose que Maurice Lévy a tous les moyens inattaquables, pour échapper à la confiscation fiscale du P.S le plus archaique de Toute l'Europe. Et moi qui suit un Français tout juste moyen en revenus, mais patriote : voyant le déclin accéléré de cette France qui veut punir toute réussite, je souhaite à Maurice Lévy, les délocalisations de revenus et de patrimoine, à titre personnel, lui permettant de gagner autant que ses homologues internationaux : nul doute, qu'il s'est blindé juridiquement sur ce plan. Et je le félicite.
a écrit le 28/07/2013 à 20:20 :
Quelqu'un sait quelles sont les banques mandatées pour la fusion?
thanks
a écrit le 28/07/2013 à 19:09 :
On peut être fiers de ces patrons français qui a force de travail, de vision de continuité dans un management d'excellence permettent à leurs équipe de construire en 30 ans un numéro 1 mondial
Espérons que la classe politique française n'utilisera pas son éternel pouvoir de nuisance (cf. Montebourg)
Réponse de le 29/07/2013 à 12:50 :
Non ca n'est pas un numero un mondial francais, mais americano-francais. Au regard du chiffre d'affaire d'omnicom, ca n'est pas vraiment une fusion entre egaux. De plus le nouveau siege sera en Hollande. Et ils veulent reellement nous faire croire que ca n'est pas pour echapper a l'impot!!
Réponse de le 29/07/2013 à 14:37 :
Pas folle la propriétaire ! Elle met son argent aux Pays-Bas et fait du socialisme en France.
a écrit le 28/07/2013 à 19:07 :
Le pari est loin d'etre gagné car la culture de Publicis n'est pas nécessairement compatible avec celle d'Omnicom..............................Le précédent catastrophique de la fusion entre Chrysler et Daimler et qui avait donné lieu à un mammouth dans un secteur disait-on déja inéluctablement programmé pour des concentrations ...devrait faire réfléchir ceux qui voient systématiquement leur salut dans les effets de taille et autres économies d'échelle !.............A suivre .
a écrit le 28/07/2013 à 18:53 :
Excellente com des rois de la com ...mais la réalité de la pérennité d'un siège Publicis à Paris ? et bien sur il faudra que les règles anti trusts s'appliquent ...Alors quelle véritable profitabilité une fois les desinvestissements effectués ?
Réponse de le 28/07/2013 à 20:11 :
C'est malheureusement évident. Une fois M Lévy parti du Groupe ( il a 71 ans...), les américains auront les mains libres.... Quelle entreprise garde 2 sièges opérationnels ?...
Réponse de le 29/07/2013 à 11:09 :
@Olivier044. Vous avez malheureusement raison.
a écrit le 28/07/2013 à 15:32 :
Codirigé par Maurice Lévy et John Wren combien de temps cela tiendra t'il avant qu'ils ne s'entredéchirent et soient étouffés par leurs égos ?
a écrit le 28/07/2013 à 15:04 :
Montebourg s'oppose à la vente de Daylimotion à Yahoo (à grand bruit médiatique) mais en revanche cela ne dérange personne (en pleine torpeur estivale) que dans 18 mois, Publicis devienne une entreprise américaine lorsque John Wren en aura pris la peine et unique direction.
Réponse de le 29/07/2013 à 14:39 :
La propriétaire a ses entrées au PS. ça explique peut-être...

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