Sagemcom à l’assaut de l’Internet des objets

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PDG de Sagemcom, Patrick Sevian vise un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros pour l'Internet des objets d'ici à 2018.
PDG de Sagemcom, Patrick Sevian vise un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros pour l'Internet des objets d'ici à 2018. (Crédits : DR)
Le fabricant français de box Internet, de décodeurs, de compteurs intelligents électriques et de gaz a récemment lancé une offre complète de réseau bas débit.

Patrick Sevian ne court pas les projecteurs. « On n'est pas trop connu du grand public, et à vrai dire, on ne cherche pas vraiment à l'être... » Pourtant, à 57 ans, le PDG de Sagemcom, ingénieur de formation passé par les Arts et Métiers, dirige un paquebot de 4.200 personnes, pour un chiffre d'affaires de près de 1,3 milliard d'euros. On trouve ses produits dans beaucoup de foyers français : et pour cause, sorti du groupe Safran en 2008, Sagemcom fabrique des box Internet et des décodeurs pour un grand nombre d'opérateurs à travers le monde. En France, Orange, Numericable-SFR et Bouygues Telecom sont ses principaux clients.

En parallèle, Sagemcom est en pointe sur les compteurs communicants. Dans l'Hexagone, la société fabrique une bonne part des compteurs électriques intelligents Linky. Développés par ERDF, ceux-ci seront mis en service l'année prochaine. Il en va de même pour les compteurs de gaz Gazpar de GrDF. Lors de l'appel d'offre, Sagemcom a raflé la moitié du marché, et va en produire plus de 5 millions d'unités. C'est notamment en travaillant sur ces compteurs intelligents que Sagemcom s'est intéressé à l'Internet des objets. De fait, tous ces appareils sont conçus pour faire remonter leurs informations à la société qui les gère. Pour les Linky, cela ne pose pas de problème particulier, puisqu'il est possible d'utiliser le courant électrique pour faire remonter les informations. En revanche, la situation se complique pour les compteurs à gaz ou à eau, puisqu'ils ne sont pas reliés au réseau cuivré. D'où l'idée de les doter de capteurs sans fil très peu énergivores, et connectés à un réseau bas débit low cost.

Des modules radio bardés de capteurs

En juin dernier, Sagemcom a donc dévoilé une « offre intégrée » entièrement dédiée à l'Internet des objets. Avec cette initiative, la société veut convaincre les entreprises de connecter leurs produits et infrastructures pour tirer profit des informations collectées. Parmi eux, il y a les compteurs à gaz (même si les Gazpar ne sont pas concernés par l'offre et utilisent une technologie propre) dont les relevés peuvent être automatisés. Mais il existe aussi moult applications, liées par exemple à l'amélioration de la logistique dans la grande distribution, en connectant les palettes d'approvisionnement. Ou encore au développement de parkings intelligents, en glissant des capteurs sous la chaussée.

Pour y répondre, l'offre de Sagemcom comprend les antennes, les logiciels de collecte de données, et bien sûr les modules radio. Baptisés « End-points », ils sont personnalisables en fonction de l'usage souhaité. « Ceux qui seront installés sur les bouteilles de gaz comprendront des capteurs ultrasoniques, qui permettent de savoir si la bouteille est vide. D'autres disposent d'accéléromètres, ou de capteurs de température », détaille Patrick Sevian.

Les premiers réseaux attendus en 2016

Alors que la bataille fait rage entre les différentes technologies de réseau bas débit, Sagemcom a choisi le protocole LoRaWan (Long Range Wide-area network, pour « réseau étendu à longue portée ») pour connecter les objets. Il faut dire que Sagemcom est un membre fondateur de l'alliance autour de cette solution dédiée à l'Internet des objets, qui comprend des poids lourds comme les spécialistes en informatique Cisco et IBM, ou les opérateurs Bouygues Telecom et KPN. Pour Patrick Sevian, cette technologie s'avère surtout bien plus efficace que d'autres, comme Qowisio et surtout Sigfox, le pionnier français du secteur :

 « Un module LoRa est capable d'adapter automatiquement sa puissance. Cela nous permet de préserver la batterie, qui peut ainsi durer 10 ou 15 ans. C'est fondamental, car sur un compteur à eau, par exemple, on ne veut pas avoir à la changer tous les ans... De plus, LoRa permet la géolocalisation, et ce sans avoir à y intégrer un capteur GPS qui serait, là encore, trop gourmand en énergie. »

Pour l'heure, Sagemcom affirme être en discussions avec plusieurs opérateurs et gros industriels en France et dans le monde pour déployer leurs réseaux bas débit. Dans l'Hexagone, la société a notamment toqué à la porte de Bouygues Telecom, qui devrait très prochainement lancer le sien. Pour décrocher la timbale et séduire les opérateurs, Sagemcom a même dégainé une offre maison : en complément du déploiement d'antennes pour communiquer avec les objets, la société propose de « densifier » ce réseau en intégrant directement la connectivité LoRa dans les box Internet qu'elle fabrique. Grâce à cela, il devient beaucoup plus facile de capter les signaux émis par certains capteurs, dont possiblement ceux des compteurs à eau, qui se situent souvent dans les caves des immeubles.

Côté calendrier, Sagemcom assure que la construction des premiers réseaux va débuter « entre la fin de l'année et début 2016 », pour une éclosion des premiers services « mi-2016 ». Sur ce créneau de l'Internet des objets - que beaucoup voient comme la prochaine grande révolution économique -, la société espère réaliser un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros d'ici à 2018.

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