Télécoms : et maintenant, une nouvelle guerre des prix ?

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En mars dernier, Xavier Niel aurait déjà envisagé de diviser son principal forfait mobile par deux.
En mars dernier, Xavier Niel aurait déjà envisagé de diviser son principal forfait mobile par deux. (Crédits : Reuters)
Bouygues Telecom ayant rejeté l’offre à 10 milliards d’euros d’Altice, le marché français compte toujours quatre acteurs. Dans un climat extrêmement concurrentiel, l’hypothèse d’une nouvelle guerre des prix est plus que jamais d’actualité. Samedi dernier, Xavier Niel avait d’ailleurs prévenu que dans le mobile, Free pourrait annoncer prochainement « des choses plus agressives ».

La consolidation n'est pas pour tout de suite. Mardi soir, le conseil d'administration de Bouygues a rejeté à l'unanimité l'offre pourtant très généreuse de 10 milliards d'euros de Patrick Drahi pour sa filiale Bouygues Telecom. Le passage d'un marché de quatre à trois acteurs n'est, semble-t-il, plus d'actualité. Du moins pour l'instant, puisque mercredi matin, plusieurs analystes considèrent ce matin la volonté de Bouygues Telecom de faire cavalier seul comme une stratégie de négociation. Selon l'agence Dow Jones Newswires, c'est notamment l'avis de Kepler Cheuvreux, pour qui le manque de garanties liées aux contraintes réglementaires (permettant d'avoir un feu vert de l'Autorité de la concurrence), devrait pouvoir être surmonté.

En attendant, le marché français des télécoms demeure donc un champ de bataille entre quatre opérateurs : Orange, Numericable-SFR, Bouygues Telecom et Free. Mais si dans l'hypothèse d'un retour à trois, beaucoup pariaient a minima sur une stabilisation des tarifs, l'absence de chambardement de l'écosystème pourrait-il déboucher sur une nouvelle guerre des prix ? D'après plusieurs analystes sondés par La Tribune, ce scénario apparaît plausible. Une offensive de Free, n'est à ce sujet, pas à écarter. Samedi 20 juin, Xavier Niel, a estimé que sur le mobile, « on peut faire des choses plus agressives » après l'été, même si aucune date fixe n'a été évoquée.

Vers une baisse du forfait à 19,99 euros de Free ?

Cette annonce est prise très au sérieux. Pourquoi ? Parce qu'elle a été faite lors d'une rencontre avec les associations de consommateurs de l'opérateur. Or il n'est pas dans l'ADN de Free et de Xavier Niel de faire des promesses en l'air auprès de ses fans. Lui, qui doit une large part de son succès à la proximité revendiquée avec sa base d'abonnés. Concrètement, le patron du « trublion » pourrait baisser le tarif de son principal forfait à 19,99 euros. Ou bien, y ajouter des services pour une facture inchangée.

Cette offensive est d'ailleurs largement espérée par les abonnés. Le site Universfreebox, un des plus gros sites d'information pour les fidèles de la marque, a mis en place un sondage en ligne. Interrogés sur les annonces de free « durant les prochaines semaines », la majeure partie des votants (26,4%) parient sur « une baisse du forfait Free à 19,99 euros », loin devant « une autre nouveauté » (14,9%) et « les appels illimités sur le forfait 2 euros » (14,6%). En outre, La Tribune avait dévoilé en mars dernier, que Xavier Niel envisageait déjà de diviser le prix de son forfait phare par deux. « Je vais tout péter, tout mettre à 10 euros », aurait-il lâché lors d'une discussion avec un dirigeant concurrent.

L'agressivité de Bouygues Telecom dans le fixe

Une telle attaque, même de moindre ampleur, ne serait toutefois pas sans risque : au premier trimestre, l'opérateur totalisait quelques 10,525 millions d'abonnés Free Mobile. L'impact sur le chiffre d'affaires serait donc important... Mais stratégiquement, elle pourrait lui permettre de siphonner des clients à la concurrence, notamment auprès de son grand rival Bouygues Telecom, qui compte 10,327 millions abonnés.

De quoi mettre une sacrée pression sur l'opérateur, dont Free espérait récupérer une partie du réseau et des fréquences dans la perspective d'un deal avec SFR. En outre, si ce rapprochement avait été validé, beaucoup d'experts jugeaient que l'agressivité de Bouygues Telecom dans le fixe allait à disparaître, jugeant cette stratégie peu compatible avec le positionnement de SFR. Tel ne sera pas cas. Mercredi matin au micro de RTL, Martin Bouygues a donné le ton, s'est félicité de son offre Triple-Play ADSL au prix cassé de 19,99 euros (contre environ 30 chez les autres opérateurs), « qui [il le reconnaît] déstabilise [ses] concurrent ». Une situation qui, à coup sûr, doit agacer Xavier Niel. Lui qui aime tant « forcer ou contraindre le marché à venir [lui] » avec les plus meilleures dégriffes, comme il l'expliquait au printemps 2014 aux étudiants de l'Ecole polytechnique.

Quid des investissements ?

Si ce scénario se confirmait, il serait l'exact contrepied des projections établies ces jours derniers, lorsque planait la possibilité d'une concentration. Pour beaucoup, dans ce cas, la perspective d'une stabilisation ou d'une hausse des prix auraient permis de relancer l'investissement dans le secteur. Or de nouvelles passes d'armes tarifaires - monnaie courante depuis l'arrivée de Free Mobile en 2012 -, auraient très probablement l'effet inverse. Une possibilité qui, à coup sûr, suscitera l'ire de Stéphane Richard. « Arrêtons de croire que l'on va continuer la guerre des prix, a-t-il une nouvelle fusillé fois sur France Inter en avril dernier. Regardez les résultats des opérateurs et les investissements qu'ils doivent faire. Dire que les prix vont continuer à baisser dans les années qui viennent, c'est une folie. » Mais pas une utopie dans un univers si concurrentiel.

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a écrit le 26/06/2015 à 17:16 :
Le deal ne s'est pas fait car la somme n'était pas assez élevée et surtout il n'y avait pas, à ma connaissance, de front-up payment pour accéder aux données de Bouygues (data room). Orange se plaint de l'argent nécessaire pour faire des investissements car sa dette est gigantesque puisque Orange a été payé à un prix supersonique et cash par FT (merci au gouvernement d'alors).....
Quant aux prix, espérons que Free va encore les faire encore baisser. 30% de ses clients sont passés du forfait de 20 € illimité à 2 € (2 heures): il doit exister un point d'équilibre.
Cordialement
a écrit le 26/06/2015 à 9:41 :
Pas sûr que Free pâtisse beaucoup d'une réduction de son forfait. Nombre de ses clients ont un abonnement à 2 (ou 0), aux caractéristiques limitées, lié à leur contrat ligne fixe. A 10EUR, mais avec beaucoup d'avantages, beaucoup sauteront le pas. Après tout, l'abonnement le moins cher chez Orange est à 7EUR, et jusqu'à il y a peu, n'offrait rien gratuit. Il pourrait donc y avoir un phénomène de vases communiquants; reste à Free à trouver la bonne combinaison qui lui permette d'en tirer bénéfice.
a écrit le 25/06/2015 à 12:14 :
Bla Bla Bla...Quand Drahi propose de racheter SFR, le gouvernement soutient une solution où Bouygues rachète SFR (donc réduction à 3 opérateurs)...Et quand Drahi propose de racheter Bouygues Telecom, le gouvernement nous explique que c'est pas possible de passer à 3 opérateurs et Bouygues que c'est pas une bonne idée...euh...euh...euh, chercher l'erreur!!! Délit de sale gueule??? Drahi est pas assez français?
Le rachat va avoir lieu après que Altice aura rajouter 2 ou 3 milliards d'euros.
Et le passage à 3 opérateurs avec Free à 7% de part de marché ne devrait pas augmenter les prix aux consommateurs...
Réponse de le 25/06/2015 à 23:00 :
Si le Gouvernement ne soutien pas les offres Drahi et est constant sur ce point c'est que ses montages financiers reposent sur de l'endettement et des paradis fiscaux. Pour l'achat de SFR sur les 13 Mds Altice a mis au pot même pas 3 Mds et le reste s'est SFR qui par effet de levier sur le groupe potentiellement constitué par la fusion a gagé ses actifs pour lever les sommes à son propre rachat. Ces montages financiers viennent réduire la capacité d'investissement de l'entreprise rachetée qui n'a que seul objectif assurer les remboursements de la dette. Dans ces conditions le gouvernement qui veut protéger l'emploi et donc l'investissement n'a pas intérêt à soutenir ces montages financiers. Qui ne sont viables que si le groupe continue à grossir sans cesse pour avoir toujours plus d'actifs à gager... Jusqu'au crash final qui interviendra dès que les taux remonteront.

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