Bouygues Telecom choisit Ericsson pour doper sa 5G et servir les industriels

L’opérateur français a sélectionné l’équipementier suédois pour se doter d’un cœur de réseau 5G. Grâce à cette évolution, il pourra proposer aux entreprises de nouvelles solutions technologiques pour améliorer leurs processus de production.
Pierre Manière

3 mn

Les opérateurs et le gouvernement se mobilisent pour faire de la 5G industrielle une réalité.
Les opérateurs et le gouvernement se mobilisent pour faire de la 5G industrielle une réalité. (Crédits : Reuters)

Aujourd'hui, la 5G qui est disponible en France n'offre réellement qu'un avantage par rapport à la 4G : davantage de débit. En clair, elle permet de télécharger des données plus rapidement sur son smartphone. Et c'est à peu près tout. Mais il ne s'agit, ici, que d'une première version de la 5G. Dans le jargon des télécoms, on l'appelle la 5G « non stand alone » (5G NSA). Sa particularité est de fonctionner sur un cœur de réseau 4G, la précédente génération de technologie mobile.

Mais la prochaine version de la 5G, dite « stand alone » (5G SA), qui fonctionne avec un cœur de réseau 5G, offre bien plus de possibilités. Elle se caractérise notamment par une latence - la réactivité du réseau lorsqu'on le sollicite - extrêmement faible, de l'ordre de 10 millisecondes. Cette propriété s'avère utile, par exemple, pour piloter un véhicule à distance en quasi temps réel. Autre caractéristique, la 5G SA permet de « découper » le réseau en tranches, qu'on peut allouer à des usages bien précis. Ce « network slicing », comme les professionnels l'appellent, constitue une fonction essentielle pour certaines applications critiques qui ne peuvent jamais souffrir d'un manque de bande passante. L'exemple typique est celui des véhicules autonomes.

La 5G, catalyseur de l'« industrie 4.0 »

C'est précisément pour passer à la 5G SA que Bouygues Telecom vient de s'associer, ce vendredi, à Ericsson, à l'occasion du salon Viva Technology à Paris. Le géant suédois des télécoms fournira à l'opérateur français un cœur de réseau 5G. Celui-ci sera opérationnel dans le courant de l'année prochaine. Cette 5G SA ne changera, dans un premier temps du moins, pas grand-chose pour les particuliers. Bouygues Telecom cible d'abord, et surtout, les professionnels et entreprises désireux de tirer profit de cette technologie.

Avec Ericsson, Bouygues Telecom leur permettra de mener des expérimentations, ou d'évaluer des cas d'usages, au sein de son « Lab 5G », dès le mois de juillet. A partir de 2023, l'opérateur proposera également aux entreprises d'installer des réseaux 5G privés. Ceux-ci sont aujourd'hui particulièrement prisés pour numériser les usines et différents sites de production. Avec eux, il est possible de déployer des robots, des véhicules autonomes ou encore des caméras dopées à l'intelligence artificielle pour détecter les défauts sur les chaînes de montage.

Un enjeu de compétitivité

Ces réseaux privés permettent aussi de conserver les données sur site, ce qui constitue un gage de sécurité. Ils sont perçus comme le nec plus ultra en matière de connectivité pour numériser les processus industriels, et écraser les coûts, dans des domaines aussi variés que l'énergie, les transports, l'automobile ou la santé. Encore peu nombreux en Europe, ces réseaux 5G privés sont beaucoup plus répandus en Chine. L'Empire du Milieu a, sur ce front, un bon coup d'avance.

Les opérateurs français en sont bien conscients. Tous se mobilisent pour faire de la 5G industrielle une réalité. Le gouvernement pousse également en ce sens, convaincu que c'est rien de moins que la compétitivité de la France qui est en jeu. Deux jours avant l'annonce de Bouygues Telecom, Orange a de son côté vanté ses partenariats dans la 5G avec le monde industriel à Viva Technology. L'opérateur historique mise sur son initiative « 5G Lab », consistant à ouvrir des espaces pour que les startups et professionnels testent des cas d'usages utilisant le dernier né des réseaux mobiles. Après les promesses, la 5G, qui nécessite de très lourds investissements, doit maintenant démontrer son utilité auprès des entreprises.

Pierre Manière

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