Comment l'Etat tente de préserver ses intérêts souverains face à Huawei

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Huawei est devenu, en quelques années, le principal fournisseur mondial d'équipements télécoms.
Huawei est devenu, en quelques années, le principal fournisseur mondial d'équipements télécoms. (Crédits : Hannibal Hanschke)
Aux Etats-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande ou en Grande-Bretagne, le géant chinois des équipements télécoms est banni ou exclu de certains marchés d'infrastructures mobiles, sur fond de soupçons d'espionnage pour le compte de Pékin. La France, elle, refuse pour l'heure de claquer officiellement la porte à l'industriel. Mais l'exécutif se montre très vigilant, tout évitant de froisser la Chine.

Article réactualisé 14h41 (avec citation du ministre de l'Economie, Bruno Le Maire) et à 16h55 (avec mention de la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie, Agnès Pannier-Runacher, qui a rencontré un haut dirigeant de Huawei le mois dernier).

Le dossier est des plus sensibles. Aujourd'hui, Huawei est le premier fournisseur mondial d'équipements de réseaux télécoms. Il est non seulement leader, mais en plus, tous les opérateurs en conviennent, ses produits sont parmi les meilleurs. Le géant chinois, qui affiche un chiffre d'affaires de 92 milliards de dollars (81 milliards d'euros) a, ces dernières années, procédé à un très important lobbying dans le monde. Son objectif? Se tailler la part du lion de l'énorme gâteau des réseaux mobiles, et en particulier de la 5G, que les opérateurs s'apprêtent à déployer à travers le globe.

Problème: Huawei n'est pas le bienvenu partout. Sur le créneau de la 5G, le mastodonte chinois a été banni ou exclu de nombreux marchés, à l'instar des Etats-Unis, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, ou très récemment, de la Grande-Bretagne. Pourquoi? Presque à chaque fois, des motifs liés à la sécurité nationale ont été évoqués. Beaucoup craignent que les équipements de Huawei puissent être détournés de leur simple fonction de communication, et utilisés à des fins d'écoutes et d'espionnage pour le compte de Pékin.

Rencontre tendue entre Le Maire et Drahi

La France, elle, n'a pas, jusqu'à présent, décidé de bannir Huawei de certains marchés dans le mobile et la 5G. Mais l'exécutif se montre, malgré tout, particulièrement vigilant. Un événement, récent, l'illustre. Selon plusieurs sources proches, Bercy s'est rendu compte que SFR envisageait de déployer un grand nombre d'équipements radios fabriqués par Huawei en Ile-de-France et Paris. Une information dont Le Monde s'est d'ailleurs fait écho samedi dernier. Or l'Ile-de-France et Paris sont des territoires particulièrement sensibles, en raison de la présence, notamment, de lieux de pouvoir. Le quotidien du soir a écrit que Bercy "a tenu à rappeler qu'il serait particulièrement vigilant pour tout sujet touchant à la sécurité nationale". Et ce, "sans parler de défiance spécifique à l'égard du constructeur chinois".

Mais d'après deux sources proches du dossier, l'initiative de SFR a suscité un très vif agacement au sein du pouvoir. Bercy est donc monté en première ligne pour sonder le propriétaire de SFR, Patrick Drahi. Et la rencontre discrète, qui remonte à un mois environ, a été particulièrement tendue entre Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie et des Finances, et le chef de file de l'opérateur au carré rouge, selon une de nos sources. Ce dernier aurait souhaité passer en force. "[Patrick Drahi], qui renouvelle ses équipements, a tenté le coup, affirme notre source. Il est probable que la proposition qui lui a été faite par les Chinois était à un prix très concurrentiel. Il avait tout intérêt à tenter le forcing."

L'exécutif flèche les investissements de Huawei

Notre seconde source confirme que le fait que SFR a envisagé, dit-elle, "de mettre du Huawei partout", a suscité l'ire de l'exécutif et de Bercy. "Ils étaient furax, insiste-t-elle. Tous les opérateurs travaillent avec Huawei. Mais là, cela concernait toute l'Ile-de-France..."  Interrogé par La Tribune, SFR ne fait pas de commentaire sur ses discussions avec Huawei, et dément aujourd'hui toute tension particulière avec Bercy. Idem du côté du ministère.

Un autre épisode montre la vigilance de l'Etat vis-à-vis des équipements de Huawei. Selon des sources concordantes, un très haut dirigeant de Huawei (vraisemblablement le président) a il y a peu rencontré discrètement un membre du gouvernement. Selon nos informations, il s'agit de la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie, Agnès Pannier-Runacher. Lors de cet échange, qui a eu lieu au mois de novembre, cette dernière aurait fléché les domaines où les investissements de Huawei étaient les bienvenus. Et, surtout, ceux où ils l'étaient moins. "La 5G ne fait pas partie, du tout, des priorités sur lesquelles Huawei a été orienté", affirme notre source. Laquelle souligne qu'au terme de l'entretien, les deux partis se sont mis d'accord et ont trouvé un terrain d'entente pour orienter les futurs investissements de Huawei en France. Ce qui ne signifie pas, pour autant, que Huawei sera absent des déploiements de la 5G en France.

"C'est une entreprise qui a une place importante en France, [...] et dont les investissements sont les bienvenus. Si certains de ces investissements doivent toucher la souveraineté nationale ou des technologies sensibles, c'est à nous, le gouvernement, de fixer certaines limites", a d'ailleurs expliqué vendredi Bruno Le Maire, qui s'exprimait à l'issue d'une matinée de discussions avec le vice-Premier ministre chinois, Hu Chunhua.

La France dit discrètement: "ça, il ne faut pas le faire"

Dans ce dossier, l'exécutif préfère agir en coulisse. Un dirigeant d'un opérateur français confirme à La Tribune que l'Etat ne veut pas, jusqu'à présent, prendre une position aussi tranchée que d'autres pays.

"La France ne prend pas des positions telles qu'on les voit aux Etats-Unis ou en Australie, nous dit-il. Elle ne dit pas: 'non, non, non, cachez-moi ce sein que je ne saurais voir'. Elle dit, discrètement: 'non, ça, il ne faut pas le faire'."

Pourquoi? Parce que selon un haut cadre d'un opérateur, Paris ferait tout pour éviter de se brouiller avec la Chine, dont le marché est synonyme d'importants débouchés pour ses entreprises. "La France veut continuer à lui vendre des centrales nucléaires", cingle-t-il. D'où ce numéro, d'équilibriste, de diplomatie mêlant intérêts économiques et de sécurité.

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Commentaires
a écrit le 10/12/2018 à 12:54 :
C'est le moment pour l'industrie européenne de se placer en Chine si elle veut rester en Europe ! Réciprocité demandée !
a écrit le 09/12/2018 à 12:57 :
Voilà à quoi a mené la destruction d'Alcatel, la première entreprise mondiale technologique (où j'étais ingénieur ...) par des financiers sans scrupules qui ont remplacé les patrons d'industrie à la tête de ce géant. Pas de problème d'espionnage de puissance étrangère à l'époque car nous maîtrisions toutes les filières. Le matériel était de qualité, France Télécom a pu en bénéficier pour construire des réseaux performants. Cette idéologie atlantiste, qui a placé ses pions dans les instances dirigeantes de notre pays, ruine la France !
Alstom n'est pas le dernier a être accaparé, les constructeurs militaires, spatiaux, aéronautiques Français, sont visés actuellement (leurs dirigeants aussi). Pourquoi ces agresseurs sans scrupules, motivés par des intérêts stratégico-financiers puissants, se gêneraient-ils, puisqu'ils n'ont rien devant eux pour les contrer, ni à la tête de la France ni à la tête de l'UE ?
En Europe la France est la principale visée par ses ressources technologiques. J'attends de voir la réaction CONCRETE de la Chine après l'arrestation de la dirigeante de Huawei (comme ce fut le cas avec le patron d'Alstom ou Carlos Ghosn) et la suite de l'affaire Renault - Nissan, notamment les actions que la France prendra (ou pas) !
a écrit le 08/12/2018 à 10:18 :
Bref, le gouvernement français, c'est des prostituées et des couilles-molles devant la Chine. Pour continuer à vendre des centrales nucléaires aux chinois, ils s'étalent. Pitoyable
Réponse de le 09/12/2018 à 22:00 :
les français savaient pas que la Chine est en train d'exporter des centrales nucléaires à 3e génération, MDR acheter le français qui marche toujours pas à Flamenville.
Areva est en Agonie, attendant le preneur chinois
a écrit le 08/12/2018 à 8:15 :
La mondialisation quant ça les arrange... La chine n'est pas pire les USA en matière de protection des données. Non seulement les USA dominent les infrastructures des Télécom en occident, mais en plus les systèmes d'exploitation de nos systèmes informatiques, tant commerciaux que militaires.
a écrit le 07/12/2018 à 20:54 :
Tiens donc ,la Nouvelle Zelande ,l'Australie et l'Angleterre des alliés indefectibles des USA auquel il ne peuvent rien refuser !Le géant chinois qui à pris la place de Apple sur le marché des portables Apple qui se retrouve troisieme mondial et qui a fondu fortement en bourse !En fait tout ceci n'a rien à voir avec de l'espionnage mais est du pur mercantilisme les USA n'arrivent pas à avaler de se faire doubler .....par la Chine !
a écrit le 07/12/2018 à 20:16 :
Drahi est un vendu !
Il a licencié à tour de bras les salariés de SFR lors du rachat.
il n’y a que le fric qui l’interesse.
De là à ce qu’il vende au Chinois son ex pays la France il n’y a qu’un pas ! (Il a rendu sa nationalité française)
Et le gouvernement français qui se fait amuser par les Chinois pour quelques A380 va autoriser le déploiement de ces équipements actifs.
La Chine pourra nous espionner en toute quiétude.
a écrit le 07/12/2018 à 19:00 :
Raffarin 1er Ministre : déplacement en Chine 2003 : " Je leur vendrais plus, mais la désindustrialisation de la France est telle que je suis démuni au delà de trois secteurs ".

La Chine va tellement profiter de la faiblesse de La France pour siphonner ses savoirs.
a écrit le 07/12/2018 à 17:59 :
On a un pouvoir bien trop naïf, notre sécurité nationale dépend de gamins capricieux et immatures, ça ne va pas.
a écrit le 07/12/2018 à 16:21 :
Huawei Technologies dispose de 5 centre de R&D en France. Il emploie près d'un millier de salariés dans notre pays où il a effectué pour 410 millions d'€ d'achats en 2017. STMicroelectronics lui fournit une grande variété de composants électroniques comme des Mems, microcontrôleurs ou circuits radiofréquences.
Parmi ses autres fournisseurs français on trouve Nexans (câbles électriques), Orange (services télécoms et informatiques), Radiall (connecteurs électriques), Cedexis (logiciels d’optimisation de trafic sur réseaux) et Ommic (composants radiofréquences pour émetteurs de réseaux mobiles) ainsi que des pépites comme Chronocam (capteurs d’image à vision artificielle), Secure ID (solutions de sécurité pour systèmes embarqués) et Siradel (logiciels de modélisation 3D pour le déploiement d’infrastructures urbaines).
a écrit le 07/12/2018 à 14:39 :
La Chine se développe conformément à sa sagesse millénaire. Huawei est une branche "renseignement" du pouvoir chinois inscrit depuis l'antiquité dans l'art de la stratégie de Sun Tzu. Il n'y a pas matière s’inquiéter, car la Chine est de nature pacifique, simplement matière à s'adapter et à négocier.
Réponse de le 07/12/2018 à 17:59 :
La Chine est de nature pacifiste, sans rire ?
Allez dire cela aux millions de ouïgours et tibétains qui croupissent dans des camps de concentration.
Réponse de le 09/12/2018 à 21:54 :
pour les kanaks, ils étaient à 100% dans la population de la N. Calédonie, maintenant seulement à 28%, dans 50 ans, ce sera 0%, comme les amérindiens aux Antilles.
a écrit le 07/12/2018 à 14:29 :
Huawei ne risque strictement rien vu que l'Etat communiste Chinois le soutient à coups de centaines de milliards d'Euros.
Il sera N°1 mondial de la 5G et de la FTTH et des cœurs de réseaux ne serait-ce qu'avec le marché Chinois.
C’est pour cette raison que l’impérialisme US fulmine contre Huawei et la Chine communiste.
Par contre les autres équipementiers vont être exclus du marché Chinois en représailles ce qui va les faire sombrer.
La Chine communiste est le seul grand pays à avoir une politique industrielle à long terme.
Mais cela les banques occidentales toutes mafieuses ne peuvent pas le prendre ne voyant que leurs pieds et encore...
a écrit le 07/12/2018 à 14:05 :
Et combien d'étudiants chinois qui ne sont que des espions de Pékin?
Réponse de le 09/12/2018 à 21:56 :
A320 est une copie de B737,
A350 est une copie de B787,
grâce aux stagiaires français à Boeing
Réponse de le 09/12/2018 à 21:57 :
A320 est une copie de B737,
A350 est une copie de B787,
grâce aux stagiaires français à Boeing
a écrit le 07/12/2018 à 13:49 :
Alors que les US et CISCO n'ont jamais au grand jamais même envisager de semer des backdoor...
Réponse de le 09/12/2018 à 13:52 :
Pourquoi croyez vous donc l'Alcatel Submarine Network est une entreprise stratégique ? Parce qu'elle déploie des fibres sous les océans et que le contrôle de cette société par la France permet d'y inserer des dispositifs pemettant de contrôler tout ce qui y transite.

Nous faisons comme les américains, les chinois et les russes.
a écrit le 07/12/2018 à 13:41 :
il faut les autoriser a participer aux marches publics, mais dans le cadre de coentreprises a 49-51 qu'ils creeraient dans chaque entite ( europe, etats unis, australie, etc), ou ils apporteraient l'argent et ou ils ouvrieraient leurs technologies en les transferant......
faut juste appliquer la regle du jeu
Réponse de le 07/12/2018 à 14:35 :
Oh là ! Churchill !
L'aéroport de Toulouse fonctionne selon le schéma que vous appelez de vos voeux et ... c'est le bordel ! Car malheureusement, ils ne respectent pas vraiment la règle du jeu quand celle-ci ne leur est pas favorable.
Le fonctionnement de l'aéroport en soi n'est pas en cause, mais la gouvernance est particulièrement chahutée, car le seul objectif des chinois, c'est de ramasser le plus de pognon possible : ils ont demandé des dividendes exceptionnels au risque de mettre en péril les projets d'investissements en ponctionnant les réserves de la société aéroportuaire et cela a drôlement tangué dans les conseils d'administration.
Au passage, encore merci M. Macron à l'origine de cette situation, un visionnaire à la vue un peu basse à mon goût.
Réponse de le 07/12/2018 à 18:00 :
ok uranus, j'avais bien compris!
evidemment qu'ils ne veulent pas avoir des boites ou ils n'ont pas la majorite et ou ils apportent le pognon et les technos!
seulement c'est la regle qu'ils appliquent depuis 30 ans chez eux, alors bordel ou pas, faut appliquer cette loi....
si ca va pas, on fait comme eux, on leur fout la pression jusqu'a ce qu'ils vendent leur part ' presque gratuit', mais en laissant les technos transferees!
ils sont comme martine aubry, ils veulent changer la regle qu'ils ont vote des lors que ca ne les arrange plus!
tables turned!
trump n'est pas au pouvoir pour rien!
les chinois vont devoir jouer avec les regles ( stupides ) qu'ils ont creees, that's life
cheers

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