Directeur de la Fédération française des télécoms (FFT), Romain Bonenfant lève le voile, dans un entretien à La Tribune, sur la réponse du lobby des opérateurs au livre blanc de la Commission européenne relatif à l’avenir de la régulation. Le dirigeant appelle notamment Bruxelles à « remettre davantage d’équité » entre les fournisseurs d'accès à Internet et les Gafam.LA TRIBUNE - La Commission européenne déplore, dans un livre blanc, des investissements dans les réseaux télécoms insuffisants pour achever la couverture du continent en Internet à très haut débit. Partagez-vous ses préoccupations ?
ROMAIN BONENFANT - Nous partageons le diagnostic de la Commission. Nous avons un problème d'investissement dans les réseaux en Europe. Les opérateurs sont confrontés à un problème de rentabilité de leurs investissements dans la fibre et la 5G. C'est pour cela qu'il faut revoir les relations économiques tout le long de la chaîne de la connectivité, et remettre davantage d'équité entre les acteurs. Aujourd'hui, le sujet, c'est qu'il existe un petit nombre de grands fournisseurs de services numériques qui représentent la plus grande part du trafic Internet.
En France, l'Arcep, le régulateur des télécoms, affirme que les Google, Meta, Apple ou Netflix génèrent plus de 50% du trafic. Et cela monte à 80% en heure de pointe. Les géants du Net obligent ainsi les opérateurs à investir toujours plus dans les réseaux. C'est la raison pour laquelle les opérateurs ont lancé, à Bruxelles, le débat sur le « fair share », pour faire contribuer les grands fournisseurs de services numériques à cet effort. Nos recommandations à ce sujet n'ont pas été retenues intégralement dans le livre blanc.
Mais la Commission évoque une mesure qui nous semble intéressante, et qui pourrait constituer un premier pas pour rééquilibrer les relations entre les géants du Net et les opérateurs. Bruxelles suggère de modifier la réglementation pour sécuriser la résolution des litiges sur la tarification de l'interconnexion. Les opérateurs auraient, concrètement, la possibilité de faire un règlement de différend lorsqu'un grand fournisseur de services utilise un réseau privé pour s'interconnecter aux réseaux télécoms, c'est-à-dire de traiter ces questions dans un délai raisonnable et sous le contrôle des régulateurs télécoms. Cela pourrait aboutir à un paiement évalué en fonction du trafic émis.