Twitter invente le concept du PDG à mi-temps bénévole

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Jack Dorsey, le nouveau PDG de Twitter, dirigera aussi son entreprise de paiement Square.
Jack Dorsey, le nouveau PDG de Twitter, dirigera aussi son entreprise de paiement Square. (Crédits : Reuters)
Confronté à la crise la plus profonde de son histoire, Twitter a mis son destin entre les mains de Jack Dorsey, l’emblématique cofondateur du réseau social, évincé en 2008 puis rappelé à la rescousse. Problème : Dorsey restera aussi PDG de la startup Square, qui prépare son introduction en Bourse… De quoi inquiéter les investisseurs. Pour les rassurer, Dorsey a révélé ce mardi une nouvelle fonctionnalité, "Moments", qui ambitionne de révolutionner l’expérience utilisateur.

Etrange, étrange Twitter. Voilà une entreprise qui, décidément, ne fonctionne comme aucune autre. Une société qui, en pleine crise de croissance et de confiance, perd trois mois pour recruter son nouveau PDG, Jack Dorsey. Recruter est d'ailleurs un bien grand mot, puisque le cofondateur du réseau social, évincé en 2008, assurait déjà l'intérim depuis la démission mouvementée du précédent PDG, Dick Costolo, annoncée le 11 juin pour un départ le 30. L'incapacité du réseau social à trouver un nouveau PDG en externe est d'ailleurs un sacré paradoxe pour une société valorisée 17,7 milliards de dollars et qui reste l'un des fleurons de la Silicon Valley.

Ce n'est pas tout. Ce lundi, l'officialisation de la nomination de Jack Dorsey a été marquée par deux nouvelles bizarreries. La première est que son nouveau patron n'officiera pas à temps plein : Jack Dorsey restera le PDG de Square, la société de paiement qu'il a fondée en 2009 et qui prépare son entrée en Bourse.

La deuxième étrangeté est que Jack Dorsey n'aura pas de salaire, car il détient déjà de nombreuses actions, indique le site spécialisé et très bien informé Re/code. Bref, le réseau social aux 304 millions d'utilisateurs actifs dans le monde va être dirigé par un PDG à mi-temps, bénévole, au moment même où le groupe doit montrer à ses investisseurs qu'il peut rebondir et retrouver le chemin de la croissance. On marche sur la tête ?

Revirement du conseil d'administration

La question de l'implication de Jack Dorsey à plein temps agite Twitter depuis l'été. Parmi les investisseurs, nombreux sont ceux qui estiment, depuis l'éviction de Dick Costolo, que l'auteur du tout premier tweet est l'homme de la situation. Pour l'influent investisseur Chris Sacca comme pour d'autres, l'intérim de Jack Dorsey devait se transformer en temps plein le plus rapidement possible. Dorsey lui-même ne cachait pas son envie de redevenir PDG, après une première expérience qui avait tourné court de 2007 à 2008.

Problème: Dorsey n'a jamais eu l'intention de quitter Square, qu'il considère comme son "bébé" au même titre que Twitter. "Je suis toujours aussi engagé dans le succès continu de Square. Je suis son PDG et cela ne changera pas", avait-il clarifié dans un communiqué, le 16 juin, pour faire taire les rumeurs de son départ de Square. L'annonce n'avait pas ravi le conseil d'administration de Twitter. Si bien qu'il publiait une semaine plus tard une mise au point, réaffirmant qu'être PDG de Twitter est "un job à plein temps". Ce qui semble l'évidence même.

Finalement, il semble que le conseil d'administration ait cédé à la pression de ses investisseurs. "Nous avons auditionné plusieurs candidats, mais le conseil d'administration a été séduit par la nouvelle dynamique insufflée par Jack Dorsey pendant son intérim et les changements fondamentaux qu'il a entrepris", explique Peter Curie, le président du comité de recherche de Twitter.

De son côté, "Super Jack" a assuré se sentir capable de diriger les deux entreprises en même temps. Pour mener à bien sa mission, il compte s'appuyer sur le collectif. "Je dispose des dirigeants les plus intelligents, les plus solides et les plus déterminés au monde dans mes équipes", a-t-il tweeté. L'ambitieux Dorsey se fixe l'objectif de "rendre Twitter facile à comprendre par tout le monde" et  "plus utile pour ceux qui l'utilisent déjà tous les jours".

>> Lire : Jack Dorsey saura-t-il remettre Twitter sur le droit chemin ?

"Moments", la révolution que Twitter attendait ?

Le fait que Dorsey ne s'occupe pas de Twitter à temps plein a jeté un froid mais ne semble pas trop inquiéter les investisseurs. Son officialisation, synonyme de la fin d'une période d'instabilité au plus haut niveau, a permis au titre de gagner 1,41% à la clôture de Wall Street, lundi soir, à 26,68 dollars. Ce mardi, l'action ouvrait en baisse, mais la première annonce majeure de Dorsey pourrait redonner le sourire aux investisseurs.

Car Twitter pourrait bien avoir trouvé comment se rendre attractif à nouveau. "Moments" est une nouvelle fonctionnalité, développée en interne en tant que « projet Lightning » depuis plusieurs mois. Elle a pour ambition d'attirer ceux qui ne comprennent pas l'intérêt de la plateforme et qui la trouvent trop brouillonne. Ils sont nombreux : 1 milliard d'individus se sont inscrits puis ont déserté le service depuis sa création.

Lancé ce mardi uniquement aux Etats-Unis - pour l'instant -, Moments est un onglet d'actualités, situé en haut de page et symbolisé par un éclair. Lorsque l'utilisateur clique, il accède à un nouvel espace où apparaissent des tweets, photos et vidéos sélectionnées par des équipes éditoriales du réseau social dans cinq rubriques distinctes : actualité, sport, divertissement, humour et une dernière catégorie générale. Comme dans un magazine.

L'utilisateur peut partager le contenu, le citer dans un tweet ou l'importer sur une autre plateforme. En cliquant sur un contenu en particulier, il peut accéder à d'autres informations sur le même sujet. S'il a envie de suivre un "moment", la Coupe du monde de rugby par exemple, il s'abonne instantanément à tous les comptes impliqués sur l'événement en question (les équipes, journalistes et commentateurs dans ce cas).

Bientôt une réponse à "Instant Article" de Facebook ?

Pour fournir ce service, Twitter, comme Facebook avant lui, a conclu des partenariats avec de nombreux médias, comme Mashable, le Washington Post, Buzzfeed et même la NASA. Et ce n'est probablement pas fini : en septembre, le site Re/code révélait que Twitter et Google préparaient en secret une réponse à Instant Article, de Facebook.

C'est-à-dire un partenariat avec des médias pour afficher directement leurs contenus sur l'application Google ou Twitter. L'occasion d'engranger de considérables rentrées publicitaires, l'audience et le marché de la pub se déplaçant progressivement des supports fixes vers le mobile.

Twitter semble avoir compris que c'est en misant sur davantage de contenus, de meilleure qualité et facilement identifiables, qu'il va élargir sa base d'utilisateurs et mieux monétiser ses publicités. La guerre avec Facebook peut recommencer.

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