Thierry Ehrmann, l'énigmatique
François Sapy
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« Les mots, ce sont les plus belles armes ». Avec cette phrase, Thierry Ehrmann conclut le récit de l'une des multiples anecdotes qui ont, soi-disant, émaillé son existence. Dans les années quatre-vingt, il roule tranquillement dans sa Rolls-Royce sur les quais du Rhône, lorsqu'il se fait braquer par un truand notoire. A force de persuasion et de dialogue, il le convaincra de se rendre. Véritable fait divers, ou produit de sa fertile imagination ? Difficile de savoir. Toujours est-il que cette histoire, à l'instar de nombreuses autres, appartient à la mythologie de Thierry Ehrmann. Comme ces kangourous qui gambadaient dans sa propriété de Charbonnières. Comme cette voiture de luxe bétonnée dans son domaine de Saint-Romain-au-Mont-d' Or pour échapper au fisc. Comme le chéquier domicilié à Bora-Bora qu'il exhibe sans complexe. La moitié de la ville l'admire, l'autre l'abhorre. Lui s'amuse et jour de cette image pour nourrir son mythe d'entrepreneur rebelle. Un mythe qui trouverait ses racines, aux dires de son auteur, dans sa plus tendre enfance. Un père chrétien, polytechnicien, « qui a l'âge d'un grand père ». Les bruits et la fureur du monde s'arrêtent à la porte du vaste appartement du boulevard des Belges : les médias, à l'exception de La Croix, n'y sont pas en odeur de sainteté et un précepteur dominicain se charge de son éducation jusqu'à l'âge de sept ans. Puis c'est l'école. Mal à l'aise dans le système scolaire, il travers dix-sept établissements comme une météorite. L'un de ses anciens camarades du lycée Fénelon se souvient surtout de l'admiration qu'il vouait à Bob Morane. Il passe son bas de philosophie en candidat libre, puis fréquente la faculté de droit de Genève et l'université catholique de Lyon.
L'entrée dans la vie des affaires s'effectue brusquement, lorsqu'il hérite de l'entreprise de son père. Il n'a pas encore vingt ans. C'est ce moment qu'il choisit pour situer l'acte fondateur d'une philosophie qui ne le quittera plus et qui, encore aujourd'hui, sert de base-line à ses messages publicitaires : « rendre transparents les marchés opaques ». En quelque sorte un Robin des bois des TIC... « L'entreprise de mon père produisait du métacrylate de méthyle - du plexiglas, ndlr -. Il existait à l'époque un cartel de la chimie qui organisait des ententes licites sur le prix des matières premières. J'ai demandé aux ouvriers de se mettre derrière des telex et j'ai cassé le tarif européen par mailing. Les sociétés concurrentes ont alors tout fait pour me racheter. justice'ai compris que la valeur de la société résidait non pas dans son outil de production, mais dans sa capacité à produire de l'information » explique t-il. Fantasme ? Vérité ? Les faits, eux, sont têtus. Ainsi, lorsqu'il évoque cette entreprise basée en Allemagne, Thierry Ehrmann oublie de préciser qu'il était également impliqué dans deux sociétés régionales, Plastiques-diffusion et Plastifrance, léguées elles aussi par sa famille, qui ont déposé le bilan après qu'il en ait pris le contrôle. « Je n'avais plus aucune relation avec Plastifrance lorsqu'elle déposa le bilan » se défend-il aujourd'hui.
François Sapy
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